Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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27 décembre 2007

Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Benazir Bhutto

La présidente du Parti du peuple du Pakistan (PPP), Benazir Bhutto, est assassinée lors d'un attentat suicide. Celui-ci survient dans un climat politique très tendu, quelques jours avant la tenue des élections législatives pakistanaises.

Fille de Zalfiqar Ali Bhutto, un homme politique progressiste qui dirigea le gouvernement pakistanais dans les années 1970, Mme Bhutto fut première ministre du Pakistan à deux reprises (1988-1990, 1993-1996). Ses deux mandats se terminèrent abruptement par sa destitution, laquelle fut exigée par les présidents de l'époque pour des motifs de corruption. Elle fut innocentée lors du premier procès, mais dû s'exiler lors du second afin d'échapper à la justice. Reconnue coupable, elle fut bannie du Pakistan. En octobre 2007, Mme Bhutto est amnistiée par le général Pervez Musharraf, nouvellement élu à la présidence. Il avait initialement accédé à ce poste grâce à un coup d'État orchestré en octobre 1999. Mme Bhutto rentre alors au pays afin de préparer le PPP, un parti d'opposition laïque fondé par son père, pour les législatives de janvier 2008. Entre temps, face à la contestation, Musharraf quitte son poste de chef de l'armée. Néanmoins, la confiance à son endroit continue de s'effriter. La tension monte dans la population et les manifestations s'intensifient. Le 3 novembre, Musharraf déclare l'état d'urgence, suspend la Constitution et musèle les médias. En réaction, Mme Bhutto appelle la population à manifester, ce qui lui vaut d'être assignée à résidence. L'état d'urgence est levé le 15 décembre et les élections fixées au 8 janvier. Mais le 27 décembre, alors qu'elle quitte une réunion du PPP, Mme Bhutto est assassinée dans un attentat suicide. Le geste est dénoncé mondialement et de violentes émeutes éclatent au Pakistan, ce qui pousse la Commission électorale à reporter les élections au 18 février. Lors des législatives, le PPP arrivera en tête, mais il devra partager le pouvoir avec son ancien rival, la Ligue musulmane pakistanaise (PML-N) de l'ancien premier ministre Nawaz Sharif.

Dans les médias...


Ahmed Rashid, « Musharraf doit partir »

«...Alors que le Pakistan sombre dans une spirale de violence et d'extrémisme islamique déclenchée par l'assassinat de Benazir Bhutto, le président Pervez Musharraf apparaît aujourd'hui clairement comme le principal obstacle à la stabilisation du pays. Jamais la colère populaire et le rejet de Musharraf n'ont atteint un tel niveau. Le gouvernement a perdu le peu de crédibilité dont il disposait encore. Quant aux États-Unis, leur rôle intermédiaire entre l'armée et les partis politiques est sérieusement remis en question par les multiples erreurs du Département d'État. Aujourd'hui, tous les partis pakistanais demandent à Musharraf de démissionner et annoncent leur intention de rompre toute relation avec lui. On comprend que, dans ces conditions, la résolution de la crise politique pakistanaise s'annonce de plus en plus difficile. L'ampleur de la révolte populaire et du discrédit du gouvernement a été révélée par le déchaînement de violences qui a ravagé le pays après l'assassinat de Benazir Bhutto. Pendant trois jours, le Pakistan a été totalement paralysé. »

Le Nouvel Observateur (France), 3 au 9 janvier 2008, p. 30.

Hamed Rashid, « Benazir Bhutto était le dernier rempart contre les talibans pakistanais »

«...La colère de l'opinion publique contre Musharraf ne s'explique pas seulement par le fait que le gouvernement n'a pas réussi à assurer la sécurité de Benazir Bhutto. En réalité, le gouvernement et l'armée n'ont jamais été impartiaux, ils ont tout fait pour truquer les élections aux dépens du PPP de Bhutto. Le plus inquiétant, pour la stabilité du Pakistan, réside dans l'absence de dirigeants ou de parti prêts à faire face aux extrémistes islamiques et plus encore aux talibans pakistanais. Ces dernières semaines, Bhutto avait défié directement les talibans ; ce que Musharraf n'a jamais osé faire faire en huit ans de mandat, malgré ses engagements publics et son amitié avec le président George Bush. Dans un pays où les seuls changements politiques récents sont à mettre au crédit des talibans pakistanais, qui se sont emparés de larges parties du territoire national, ce rôle était aussi nécessaire que téméraire. Benazir Bhutto avait la base politique nécessaire pour mener le combat contre les extrémistes. Elle disposait de la loyauté indéfectible d'un tiers de l'électorat, violemment opposé à la domination de l'armée, et méprisait les extrémistes. »

Libération (France), 29 décembre 2007, p. 8.

Marie-France Calle, « Les soupçons s'orientent vers les milieux islamistes, mais aussi vers des cadres de l'armée »

«...à y regarder de plus près, les possibles assassins de l'ex-chef du gouvernement pakistanais sont légion. Et ils débordent largement les rangs de tous ceux qui ne voulaient pas d'elle à la tête du futur gouvernement d'Islamabad. Non seulement Benazir Bhutto n'avait jamais ménagé ses critiques à l'encontre des islamistes, mais elle avait toujours clamé haut et fort, avant même son retour au Pakistan, qu'elle autoriserait les troupes américaines à faire la chasse à al-Qaida en territoire pakistanais si elle accédait au pouvoir. Les déclarations avaient déplu. Non seulement dans les milieux intégristes, mais également auprès de toute une frange de la population pakistanaise, qui ne voit pas d'un très bon oeil la présence des États-Unis dans la région. »

Le Figaro (France), 28 décembre 2007, p. 2.

Jocelyn Coulon, « La talibanisation du Pakistan »

«...Belle, charismatique et s'exprimant parfaitement en anglais, elle s'est construit une image de Madone, plus adorée à l'étranger que dans son pays. Elle est donc apparue comme le « sauveur » d'un pays au bord du gouffre, du moins aux yeux des Occidentaux, les Américains en tête, effrayés à l'idée de voir un pays doté d'armes nucléaires tomber aux mains d'extrémistes islamistes. (...) Face à la déliquescence du pays, Benazir Bhutto n'aurait rien pu faire. Elle serait sans doute devenue première ministre, aurait voulu chasser Musharraf, mais non les militaires, et lutter contre les islamistes. Si le passé est garant de l'avenir, l'échec aurait été inévitable et elle aurait sans doute repris le chemin de l'exil. Son assassinat, par contre, risque d'envenimer les choses. Il y a 30 ans, un dictateur pouvait encore contrôler le pays. Au début de 2008, le Pakistan est un patchwork d'insurrections nationalistes (Baloutchistan), d'émirats islamistes (Waziristan), de fiefs militaires et économiques (Rawalpindi, Islamabad, Karachi). Toutes ces entités travaillent à des objectifs différents. Plus rien de semble les unir, même pas la religion. Benazir Bhutto est morte en martyre, son pays, lui, pourrait connaître le martyre. »

La Presse (Québec, Canada), 28 décembre 2007, p. A27.

Éditorial

«...For now, three consequences seem identifiable. First, the assassination leaves Mr. Musharraf's already precarious government further weakened. Many in Pakistan, especially the opposition, blame him for Mrs. Bhutto's death, while radical Islamist forces seek to capitalize on the confusion to promote further chaos and destabilize the country. Second, the accommodation between anti-Islamist forces in Pakistan which is necessary to build genuine security is now much less likely. With the leading opposition figure, Mrs. Bhutto, out of the picture, the chances of an angry moderate opposition finding common ground with Mr. Musharraf against radical Islamists are significantly diminished. (...) Third, nations with vital interests in Pakistan, including the United States and neighbors Afghanistan and India, now have little alternative but to look to Mr. Musharraf as the most realistic possibility for partnership in Pakistan. For all of Mr. Musharraf's shortcomings, the question of whether there is a Pakistani alternative to Mr. Musharraf and his government is profound. »

The Washington Times (États-Unis), 29 décembre 2007.

Gouvernance et gouvernement [ 27 décembre 2007 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Pakistan
FaiblePervez MusharrafMohammad Mian Soomro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

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Inondations d'envergure au Pakistan

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