Éclosion du Mouvement du 22 mars en France
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde
Le Mouvement du 22 mars 1968 est un symbole de la contestation étudiante qui ébranlera la France au cours du mois de mai. Il est aussi l'expression d'un clivage générationnel qui fait écho à des situations similaires en Europe de l'Est, aux États-Unis, au Mexique et même en Chine.
Un an plus tôt, en mars 1967, des étudiants de Nanterre, une faculté ouverte en 1964 pour répondre à l'arrivée massive des jeunes au niveau universitaire, est marquée par des troubles. Les jeunes hommes, dont le règlement interdit l'accès aux résidences des jeunes femmes, décident d'outrepasser les interdits. Leur échange avec le Conseil de discipline résume bien l'esprit libertaire et anarchiste du mouvement : « Le 22 mars (1967), vous étiez à la faculté ? » demande le président. « Non », répond l'un d'entre eux, Daniel Cohn-Bendit, « je n'étais pas à la faculté. » -« Où étiez-vous ? » - « J'étais chez moi. » - « Et que faisiez-vous chez vous à 3h de l'après-midi ? » - « Je faisais l'amour, M. le président, ça ne vous est surement jamais arrivé. » Le ministre de l'Éducation nationale, Alain Peyrefitte, disait d'ailleurs dès 1967 : « Les campus sont dangereux ». Un an plus tard, le 22 mars 1968, la faculté de Nanterre est occupée par les étudiants, avant d'être fermée par les autorités le 2 mai. Le mouvement prend ensuite de l'ampleur à travers la France. Cohn-Bendit décrira ainsi la nature de la pensée de gauche alors émergente: « Il y a trois thèmes permanents ; la lutte contre la répression étatique, contre l'autoritarisme et la hiérarchie. Étant donné que ces trois phénomènes si on veut, se retrouvent à l'Est et à l'Ouest, mon opposition aux formes organisationnelles des sociétés à l'Est et l'Ouest est totale. » Cette constestation s'inscrit comme une jonction de pressions démographiques et culturelles. Les enfants du baby-boom, nés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, sont en âge de poursuivre leur scolarité au niveau universitaire. Entre 1960 et 1968, le nombre d'étudiants passe de 225 000 à 586 000. Leurs origines sociales sont aussi nettement plus diversifiées. Cette dynamique sociale n'est pas étrangère à la critique à l'endroit de la société moderne -contre-culture américaine, féminisme, opposition à la guerre du Vietnam, mouvements en faveur de la décolonisation- qui a marqué les années 1950 et 1960. Bien qu'essentiellement opposé à la droite, le Mouvement du 22 mars se situe aussi en opposition à la gauche traditionnelle dominée par les partis communistes, d'inspiration léniniste. Malgré son essoufflement rapide, il laissera sa marque dans la culture politique des sociétés occidentales (liberté sexuelle, contestation de l'autorité, etc.). Son passage ne laissera pas intact les savoirs puisqu'une tendance fortement critique traversera les principales disciplines des sciences humaines et sociales. En amont ou en aval du mouvement, on retrouve du reste des intellectuels qui deviendront des figures de proue : Herbert Marcuse (1898-1979), Louis Althusser (1918-1990), Michel Foucault (1926-1984), Pierre Bourdieu (1930-2002) et Gilles Deleuze (1925-1995).
Gouvernance et gouvernement [ 22 mars 1968 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
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![]() | Intermédiaire | Charles de Gaulle | Maurice Couve de Murville |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).