29 août 1949
Explosion d'une première bombe atomique par l'Union soviétiqueTexte rédigé par l'équipe de Perspective monde
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 Première bombe atomique russe |
Quatre ans après l'explosion de la première bombe atomique américaine, l'Union soviétique (URSS) procède à son tour à l'essai d'un engin de 22 kilotonnes sur le territoire du Kazakhstan. Cet événement constitue un nouveau tournant dans la Guerre froide qui oppose les deux superpuissances.
Au cours de l'année 1949, des rumeurs de plus en plus persistantes tendent à indiquer que l'URSS serait le deuxième pays, après les États-Unis, à posséder l'arme atomique. De fait, le 29 août 1949, une bombe de 22 kilotonnes (First Lightning), dont la puissance est à peu près comparable à celle utilisée par les Américains à Nagasaki en août 1945, est testée à Semipalatinsk, au Kazakhstan. La nouvelle reste d'abord secrète. Mais des traces radioactives détectées par les Américains incitent leur président, Harry S. Truman, à annoncer à ses compatriotes le 23 septembre que les Soviétiques ont fait exploser une bombe atomique. Sans commenter l'événement, l'agence soviétique Tass confirme quelques jours plus tard que l'URSS détient bel et bien cette arme. Même si les Américains maintiennent que ce test n'influencera pas les fondements de leur politique, des voix inquiètes se font entendre un peu partout à travers le monde. Le secrétaire général des Nations unies (ONU), Trygve Lie, croit que cette fin du monopole atomique rend son organisation plus indispensable que jamais. Le Vatican, dans les pages de l'Osservatore Romano, invite pour sa part les superpuissances à renoncer à l'utilisation de l'arme atomique. De fait, des rencontres auront lieu avec l'objectif d'établir des mécanismes permettant de contrôler le développement de ces bombes destructrices, notamment par des inspections. Mais les mécanismes proposés ne satisfont pas les parties impliquées. Nouveau chapitre dans la Guerre froide entre les États-Unis et l'URSS, la course à l'armement amènera rapidement le développement de nouvelles armes, comme la bombe à hydrogène, beaucoup plus puissantes que celles testées au cours des années 1940. |
Pour en savoir plus: Annonce aux Américains de l'explosion d'une bombe atomique par l'URSS |
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Raymond Aron, « L'U.R.S.S. possède la bombe atomique »
«...Rien ne permet de penser que, dans l'immédiat, un changement doive intervenir. On continue de penser, à Moscou, que le temps travaille pour la « patrie du socialisme ». Avec plus ou moins de brutalité, la stratégie poursuivra les mêmes objectifs : affaiblir le plus possible de l'intérieur les démocraties occidentales, conquérir par la guerre civile les territoires d'Asie, renforcer l'armature militaire de l'Union soviétique en évitant soigneusement de provoquer la guerre générale. Quelques observateurs de bonne volonté suggèrent que les dirigeants de l'U.R.S.S. souffraient d'un complexe d'infériorité et « surcompensaient » leur crainte en agressivité. Délivrés de la hantise de la bombe atomique, ils présenteraient au monde un visage nouveau. Cette hypothèse ne repose sur rien et appartient à l'ordre de ce que les Anglais appellent prendre ses désirs pour des réalités : wishful thinking. »
Le Figaro (France), 3 octobre 1949.
E.-N. Dzelepy, « Le drame dans la politique américaine »
«...Le président Truman avait beau affirmer, en faisant sa « révélation », que cet événement n'apportait « aucun changement » à la politique américaine : comme le faisait remarquer avec raison M. Walter Lippmann, un événement qui modifiait l'équilibre des forces militaires et stratégiques dans le monde ne pouvait qu'entraîner un changement de la politique américaine. La « politique-fantôme », d'après laquelle l'Union soviétique, stratégiquement encerclée, devait s'effondrer, était à présent « anéantie à cause, d'abord, de son échec total en Extrême-Orient et, ensuite, à cause de la mise au point par les Soviets de la bombe atomique » (...) La fin du monopole atomique des États-Unis ouvrait, en somme, une ère nouvelle dans les rapports entre les deux colosses, ère qui n'était plus celle de la paix et de la sécurité internationales fondées sur la suprématie absolue -
la suprématie atomique - des États-Unis, mais celle d'une entente et d'une collaboration entre deux adversaires égaux; la seule solution - pour parler encore avec M. Walter Lippmann -
étant désormais « la négociation d'un modus vivendi basé sur l'équilibre des puissances et des avantages réciproques ».
Les Temps modernes (France), octobre 1950, p. 632.
Candide, « Les Russes ont la bombe »
«...Si les Russes avaient découvert et utilisé les premiers l'énergie atomique, l'histoire de la morale eût peut-être été changée... Les politiciens de l'Occident, moralistes amateurs, eussent vraisemblablement rangé l'explosion de Hiroshima et celle de Nagasaki parmi les pires attentats contre l'humanité. (...) Mais les États-Unis et leurs satellites ont toujours prétendu justifier la moralité de cet acte. Et M. Truman est allé plus loin. À plusieurs reprises il a affirmé qu'il n'hésiterait pas à lancer de nouveau la bombe atomique si le bien-être des États-Unis et des démocraties l'exigeait. À ce moment-là, M. Truman parlait en monopoleur. Il savait bien que l'U.R.S.S. finirait par découvrir la Bombe, mais dans quelques années peut-être... Et pour l'immédiat, le Seigneur de la Guerre se sentait à la tête du grand Secret. Voici le secret perdu, dit-il. Alors, si les Russes affirment : « Nous n'hésiterons pas à lancer la bombe atomique si le bien-être de la Russie et des démocraties populaires l'exigeait », qu'est-ce que nous trouverons à répliquer ? Le machiavélisme est parfois pris à son piège. »
Le Devoir (Québec, Canada), 27 septembre 1949, p. 4.
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Gouvernance et gouvernement [ 29 août 1949 ]
| Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
 Russie | Faible | Nikolai Chvernik | Joseph Staline |
 États-Unis | Élevé | Harry S. Truman | |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).
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Évolution des composantes du système politique
| Profil | Gouvernants | Démocratie | Partis politiques |
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