Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 décembre 2018

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16 octobre 1964

Explosion d'une première bombe atomique par la Chine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Bombe atomique chinoise

La course aux armements prend une nouvelle dimension avec l'explosion de la première bombe atomique chinoise dans le désert de Xinjiang, situé dans le Nord-Ouest de la Chine. Cinq pays ont maintenant testé avec succès l'arme atomique.

L'entrée de la France dans le «club atomique», en 1960, avait porté le nombre de ses membres à quatre. La Chine continue pour sa part les recherches entreprises au cours des années 1950 avec l'assistance de l'Union soviétique (URSS). La fin des années 1950 et le début des années 1960 sont marqués par un refroidissement entre les deux géants du monde communiste. Les Chinois poursuivent néanmoins leurs recherches qui aboutissent, le 25 octobre 1964, avec l'explosion d'une première bombe atomique. Selon les estimations des scientifiques américains, il s'agit d'un engin d'une puissance d'une vingtaine de kilotonnes. Dans le communiqué qu'ils rendent public peu après cet essai, les dirigeants chinois en profitent pour dénoncer le traité signé l'année précédente sur l'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace et sous les mers. À leurs yeux, celui-ci est une fraude servant à consolider le monopole nucléaire des États-Unis, de l'URSS et du Royaume-Uni (la France n'est pas signataire du traité). Par son test, la Chine affirme vouloir précisément briser ce monopole dans le but d'arriver éventuellement à l'élimination des armes nucléaires. Même si cette percée chinoise ne semble pas constituer une grande surprise, plusieurs pays expriment leurs inquiétudes face à ses conséquences. Les États-Unis sont alors engagés militairement en Asie du Sud-Est et, le 7 août 1964, le président Lyndon B. Johnson a obtenu la permission du Congrès d'intervenir au Viêt-nam du Nord, à proximité de la frontière chinoise. Trois ans plus tard, le 14 juin 1967, la Chine fera à nouveau parler en réussissant, dans des délais très courts, l'explosion d'une bombe à hydrogène.

Dans les médias...


Nicolas Vichney, « Un premier pas »

«...Mais le fait que la Chine ait réussi, nonobstant des conditions économiques difficiles et en l'absence de toute aide étrangère, à faire éclater un engin nucléaire est généralement considéré comme apportant la preuve que l'on avait peut-être quelque peu sous-estimé les possibilités techniques de la Chine. Est-ce à dire que cette dernière a pu, en quelques années de travail, que l'on veut bien croire acharné, effacer le retard qu'elle avait sur les nations industrialisées et effectuer ainsi un extraordinaire bond en avant ? (...) La conclusion s'impose que tout pays, s'il le veut, s'il y consacre des hommes et l'argent nécessaires, peut très bien se donner la gloire de procéder à une explosion atomique. La maîtrise à des fins militaires de l'énergie atomique est accessible, sinon à tous, du moins à ceux qui savent s'atteler durant des années à des tâches techniques précises et bien planifiées, et consentir pour cela d'importants sacrifices. C'est une leçon qui risque d'être méditée par d'autres encore que la Chine. »

Le Monde (France), 18 et 19 octobre 1964, pp. 1 et 3.

Roger Massip, « Les conséquences d'une disgrâce »

«...Il se trouvera sans doute des gens de par le monde pour imaginer quelque lien caché mais solide entre la disgrâce de M. Khrouchtchev et l'explosion d'une bombe atomique en Chine, patrie de Mao Tsé-toung, c'est-à-dire de l'homme qui, pendant de longs mois, ne cessa d'accuser le leader soviétique d'être le fossoyeur de l'unité communiste. Il est à peine besoin de souligner qu'entre l'événement politique du 15 octobre et l'événement technique du lendemain il n'y a de coïncidence que fortuite. (...) L'événement n'a pas été une surprise. Les Américains en avaient récemment annoncé l'imminence. Sa portée pratique est limitée. De l'avis des experts, la Chine, en raison de l'insuffisance de son infrastructure industrielle, ne saurait disposer d'une arme atomique opérationnelle et des véhicules porteurs avant de très nombreuses années. Pour l'instant, Mao Tsé-toung utilise son engin expérimental à des fins de propagande. (...) Il est douteux que cet appel soit écouté et vraisemblable que nous n'entendrons plus de longtemps parler d'explosion atomique chinoise. »

Le Figaro (France), 17-18 octobre 1964, p. 1.

Jean-Marc Léger, « La Chine dans le club atomique : un fait politique, non militaire »

«...Pour Pékin, l'entrée dans le club atomique est un atout politique et diplomatique bien plus que militaire. Quoi que l'on dise, son prestige va s'en trouver incontestablement renforcé aussi bien parmi les peuples asiatiques que, plus généralement, au sein du tiers monde ainsi que dans ses rapports avec l'Union soviétique. L'événement devrait normalement accentuer le désir des nouveaux dirigeants soviétiques de rechercher au moins un modus vivendi avec « l'autre grand » du monde communiste et, peut-être, de ressusciter l'alliance d'antan, une alliance cependant où la Chine n'acceptera plus de jouer les seconds rôles. Il est également possible que cet événement hâte l'admission de Pékin à l'Organisation des Nations unies : les pays neutres y trouveront une raison de plus pour faire cesser la mise en quarantaine de la Chine communiste et pour l'amener ainsi à assumer les responsabilités et les obligations d'une grande puissance, particulièrement en ce qui a trait au désarmement. »

Le Devoir (Québec, Canada), 20 octobre 1964, p. 4.

S.A., « And Now There Are Five »

«...In one gigantic bound, the leader of the world's « have nots » thus joined company with the U.S., Britain, France, and the Soviet Union in possession of the world's mightiest and most dreadful weapons. But when China's big bang came, it was a surprise to practically no one. For years, scientists throughout the world had freely predicted that Communist China inevitably would join the « nuclear club », and just three weeks ago Secretary of State Dean Rusk tried to soften the impact of the Chinese achievement in advance by publicly warning that Peking might stage a nuclear explosion « in the near future » (...) The world had been forewarned. Yet, the instant the Red Chinese device was exploded, the balance of international power subtly shifted. For an economically backward nation, the explosion in Sinkiang was an extraordinary feat, made even more striking because since 1960, Peking has had no technological assistance from Russia. »

Newsweek (États-Unis), 26 octobre 1964, p. 54.

Gouvernance et gouvernement [ 16 octobre 1964 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleLiu ShaoqiZhou Enlai

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1959 - 1969



mars
1959
Soulèvement des Tibétains à Lhassa

octobre
1962
Début d'une offensive militaire chinoise en Inde

juillet
1963
Accroissement des tensions entre la Chine et l'Union des républiques socialistes soviétiques

octobre
1964
Explosion d'une première bombe atomique par la Chine

mai
1966
Déclenchement de la Révolution culturelle en Chine

mars
1969
Incidents frontaliers entre la Chine et l'URSS

avril
1969
Ouverture du IXe Congrès du Parti communiste chinois


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