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13 février 1960

Explosion d'une première bombe atomique par la France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Bombe atomique française

Avec l'explosion d'une bombe de 70 kilotonnes près de Reggane, dans le désert du Sahara, la France devient le quatrième pays à tester avec succès l'arme atomique. Le président français Charles de Gaulle déclare à cette occasion que «Depuis ce matin elle (la France) est plus forte et plus fière».

C'est sous la IVe république (1946-1958), dans le contexte de la Guerre froide, que la France entreprend des recherches visant à développer l'arme atomique. Les travaux aboutissent le 13 mai 1960 avec le test réussi d'une bombe de 70 kilotonnes dans le désert du Sahara. La nouvelle, qui est diffusée dans les minutes qui suivent l'explosion, est saluée avec enthousiasme par le président de Gaulle. Le ministre des Armées, Pierre Messmer, déclare pour sa part : «Nous continuerons à travailler pour doter la France d'une force de frappe disposant à la fois des têtes nucléaires et de moyens nécessaires pour les transporter, donnant ainsi à nos armées la capacité d'accomplir leur mission permanente, qui est de faire respecter en toutes circonstances l'indépendance nationale.» L'entrée d'un quatrième membre dans le «club atomique» est vue de façon plutôt positive par le chancelier allemand Konrad Adenauer. Mais elle suscite aussi des inquiétudes. Anticipant cette percée, l'Assemblée générale des Nations unies (ONU) avait d'ailleurs adopté en novembre 1959 une résolution exprimant «la grave préoccupation que lui cause l'intention du gouvernement français d'effectuer des essais nucléaires». Elle lui demandait même de s'abstenir de procéder à ces tests. En août 1963, la France exprimera une fois de plus son autonomie en refusant, comme la Chine, de signer avec les autres puissances nucléaires -États-Unis, Union soviétique, Royaume-Uni- un traité interdisant les essais dans l'atmosphère, dans l'espace et sous les mers. Les Français procéderont à l'essai de leur première bombe à hydrogène en août 1968.

Dans les médias...


S.A., « Tirer le bien du mal »

«...Voici donc la France dotée de la bombe atomique. Peut-être la nation en tirera-t-elle une fierté accrue, peut-être son prestige sera-t-il grandi aux yeux de l'univers. Se sentira-t-elle mieux protégée ? De cela au moins il est permis de douter. On peut estimer au contraire que la France eût mieux répondu à sa vocation et aurait gagné davantage à s'engager dans une autre voie, à vouer ses ressources et ses efforts aux applications pacifiques de l'énergie atomique, à s'efforcer, inlassablement, de tenir en alerte la conscience du monde et de l'éclairer sur les conséquences de la prodigieuse mutation qui commande désormais son destin. Ce que la France vient de faire d'autres pays voudront le faire aussi, et l'on voit mal quels arguments il serait possible de leur opposer. (...) Mais il serait encore plus souhaitable que, cette satisfaction une fois obtenue, le général de Gaulle mit son immense crédit au service d'un nouvel effort de désarmement plutôt que d'engager la France plus avant dans une course absurde à l'arme absolue. Le communiqué de l'Élysée autorise cet espoir. »

Le Monde (France), 14 et 15 février 1960, p. 1.

Jean Schwoebel, « Vers un « concert mondial » des grandes puissances »

«...Une politique périmée de grandeur politique et militaire qui ne correspond plus aux moyens limités de notre pays, fait qu'aujourd'hui la France trahit sans en être consciente sa véritable vocation et passe à côté du grand destin que les peuples étaient prêts à lui reconnaître. (...) La bombe atomique française a coûté une somme immense d'efforts et d'argent sans donner à la France davantage de sécurité ni beaucoup plus de poids dans les conseils internationaux. Son effet le plus certain sera de rendre plus difficile et plus aléatoire un accord qui mette définitivement fin dans le monde aux expériences nucléaires. Si la France, au contraire, avait exigé au nom de la conscience mondiale la destruction contrôlée de ces super-armes dont aucune raison ne justifiera jamais l'emploi, elle serait devenue l'espoir du monde, par suite le pays le plus écouté et le plus influent, ralliant irrésistiblement autour de lui la plupart des nations anxieuses de trouver un guide plein d'autorité qui réaffirme et rétablisse la primauté des valeurs spirituelles dans la société internationale. »

Esprit (France), mars 1969, p. 506.

R.P. Dubarle, « Sur une détonation, en soi de peu d'importance »

«...Il se peut qu'un armement nucléaire proportionné aux possibilités françaises puisse être un instrument de quelque valeur au service d'une politique nationale sagement et courageusement conduits. En tout cas nul ne saurait à l'avance se faire fort du contraire. Cela a été choisi. Soit : reste à faire la politique et non la rhétorique de ce choix. Or il se trouve que cette décision et son fait accompli posent sur le champ à notre monde entier tout un ensemble d'excellents problèmes, et donnent à la France l'occasion de parler un langage salutaire à tous, de mener un jeu à la fois très conforme à ses intérêts et aux vrais intérêts humains. C'est une chance qui lui est offerte. Seulement il lui faut s'en saisir. Cela demande à notre pays de prendre assez de hauteur vis-à-vis de lui-même et de son monde, afin de juger exactement de ce qu'on est dans le monde qui est. »

Le Monde (France), 14 et 15 février 1960, p. 3.

Jean-Marc Léger, « Les « 4 Grands » désormais sur le même pied »

«...Décidée voici plusieurs années (en fait, dès 1954), attendue depuis plusieurs semaines, l'explosion de la première bombe atomique française n'aura pas été en soi une surprise : elle est néanmoins un événement capital et entraînera des conséquences politiques, scientifiques et diplomatiques de première importance. Satisfaction et fierté en France, contentement ou malaise chez ses alliés, blâme modéré de la part de l'Union soviétique, protestations véhémentes de la part des pays « non engagés », notamment les États africains : telles sont les premières réactions que la nouvelle a suscitées dans le monde. Cela laisse prévoir un débat passionné au cours des prochains mois surtout si Paris, comme il l'a annoncé, poursuit ses expériences afin de se donner une force de frappe atomique distincte et autonome. (...) Ainsi, une quatrième puissance entre dans le club atomique, une puissance occidentale. Face à l'URSS, trois pays occidentaux ont désormais « vocation atomique » : États-Unis, Grande-Bretagne et France. En renforçant la puissance et les moyens de pression de l'Occident, l'entrée de la France dans le « club atomique » représente un atout que des porte-parole de Bonn se sont plu à souligner au cours de la fin de semaine. »

Le Devoir (Québec, Canada), 13 février 1960, p. 1.

S.A., « France : Atomic Member No. 4 »

«...To world scientists the French bomb was simply the 29th to have been exploded in the past 15 years, and a small and fairly primitive one at that. But for Frenchmen the cauliflower cloud in the desert represents another stride forward on the Gaullist road to glory, which had lately been called into question by France's incapacity to govern in Algeria. Official boasts of more tests to come. (...) A communiqué of the Gaullist U.N.R. Party appeared to speak for all of France : "In the world of tomorrow, the real independence of a nation rests essentially on the mastery of atomic energy. Thanks to the explosion at Reggan, we can rejoice that France is a great power in every respect." It might be an oddity of the 20th century, but it is also a fact that a nation's status is measured in such terms. To those who criticized France for so expensive and negative a way of pursuing power, De Gaulle countered by saying he could not understand why France should be singled out for criticism, while three other nations were stockpiling the nuclear capacity to destroy life on earth. »

Time (édition canadienne), 22 février 1960, p. 24.

Gouvernance et gouvernement [ 13 février 1960 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireCharles de GaulleMichel Debré

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1955 - 1965



octobre
1955
Référendum sur le statut de la Sarre

janvier
1956
Tenue d'élections législatives en France

janvier
1956
[Résultats] Élections législatives

mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives

janvier
1960
Début de la semaine des barricades en Algérie

février
1960
Explosion d'une première bombe atomique par la France

octobre
1961
Manifestation du Front de libération nationale à Paris

janvier
1962
Adoption de la politique agricole commune à Bruxelles

août
1962
Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

octobre
1962
Référendum en France sur l'élection du président au suffrage universel

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne

décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle


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