Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

23 février 2019

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14 décembre 1970

Soulèvements ouvriers dans plusieurs villes polonaises

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Edward Gierek

L'adoption de politiques économiques austères provoque un profond ressentiment dans quelques villes polonaises où des émeutes sont réprimées par une intervention de la police et de l'armée.

Aux prises avec des problèmes économiques persistants, les dirigeants polonais adoptent en mai 1970 un plan instaurant de nouveaux mécanismes de relèvement de la production et de contrôle des salaires. Le 12 décembre, l'annonce de hausses de prix sur des biens essentiels -nourriture, essence, vêtements ,etc.- provoque de vives réactions. Dans les jours qui suivent, des villes du Nord -Gdansk, Gdynia, Szczecin- , sont secouées par une forte contestation. Les autorités tentent de l'apaiser en faisant intervenir l'armée et la police. L'état d'urgence est décrété le 17 décembre et les affrontements font des dizaines de morts et de blessés. Le calme sera rétabli mais le premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), Wladyslaw Gomulka, ainsi que plusieurs de ses plus proches collaborateurs, quitteront leurs fonctions. Edward Gierek, qui succédera à Gomulka, parlera rapidement de revoir les mesures adoptées précédemment, considérant la possibilité de hausser les salaires pour compenser les pertes occasionnées par le relèvement des prix.

Dans les médias...


K.-S. Karol, «La révolte « des cobayes »»

«...l'élimination de quelques boucs émissaires au gouvernement ou à la tête du Parti ne suffirait pas à apaiser les grévistes polonais. Leurs demandes sont précises et ne concernent par seulement leur niveau de vie. Pourtant, il serait vain d'espérer aujourd'hui, de la part des dirigeants polonais, un effort d'ouverture politique comparable à celui qui a marqué, en octobre 1956, le retour au pouvoir de Vladislav Gomulka. C'est au moment où il a le plus besoin de procéder à une profonde révision politique que le régime polonais en est le moins capable. Il ne peut même pas annuler son décret pour satisfaire les revendications les plus immédiates, car une telle concession serait une preuve de faiblesse et encouragerait l'agitation. Il ne peut pas non plus ramener au calme les « agités ». Il est condamné à s'installer dans ce malaise énorme, prolongation du malaise de toute l'Europe de l'Est, et à vivre « à la Tchécoslovaque », de jour en jour, faisant face continuellement à un pays rebelle. »

Le Nouvel Observateur (France), 21 décembre 1970, p. 25.

S.A., « Une population exaspérée »

«...En 1956, aussitôt après son retour au pouvoir, M. Gomulka avait promis de ne jamais cacher la vérité. Dans l'enthousiasme du « printemps » polonais, ses compatriotes étaient prêts à accepter les sacrifices qu'il allait demander. Depuis longtemps, l'euphorie a disparu. Les réformateurs n'ont pas eu, jusqu'à présent, les moyens de mettre en oeuvre leur politique. Les uns après les autres, ils ont été emportés ou paralysés par le vent de l' « anti-révisionnisme ». Pourtant les techniciens n'ont pas renoncé à établir sur des bases saines l'économie nationale, à aligner dans toute la mesure du possible les prix des marchandises sur les cours mondiaux. Ils s'inspirent des réformes qui sont appliquées plus ou moins complètement, dans d'autres pays socialistes. Ils souhaitent que les producteurs aient intérêt à travailler mieux et davantage, que les directeurs d'usines, les ingénieurs, aient une plus grande liberté d'action. Mais ils se sont heurtés jusqu'à présent aux éléments de la vieille garde, qui hésitent, là comme ailleurs, à changer quoi que ce soit de crainte que tout l'édifice ne s'écroule. Les nécessités commandent. Le comité central s'est résigné à rechercher cette vérité des prix que demandaient les réformateurs. Malheureusement, ces décisions apparaissent plus comme une série de mesures d'urgence que comme un programme cohérent. »

Le Monde (France), 17 décembre 1970, p. 1.

Bernard Féron, « M. Gomulka : un héros national qui était redevenu un chef de parti »

«...S'il avait eu le goût du débat, ou l'audace des grandes expérimentations, il aurait peut-être donné son nom à quelque doctrine du socialisme polonais. Mais il n'était pas homme à engendrer le gomulkisme. Il voulait surtout être un arbitre entre les tendances qui s'affrontaient dans le parti. Il freina la progression de ceux qui montaient à l'assaut du pouvoir, mais de plus en plus il s'enfermait dans un conformisme timoré. Sans doute signa-t-il un traité avec ces Allemands de l'Ouest dont il s'était toujours méfié. (On peut d'ailleurs se demander si le rapprochement avec Bonn n'a pas précipité sa chute.) M. Gomulka avait fini par avoir la phobie des innovations. Ne fut-il pas un des premiers à condamner la politique de M. Dubcek, qui détruisait bon nombre d'idées reçues dans le camp socialiste ? En Pologne, il retarda le plus possible l'heure des choix et se laissa gagner de vitesse. Il abandonna le pouvoir parce qu'il était devenu incapable de prendre à temps les décisions nécessaires. C'est une triste fin de carrière pour un homme qui était arrivé au premier plan parce qu'il avait du caractère. »

Le Devoir (Québec, Canada), 28 décembre 1970, p. 5 et 2.

S.A., « We Want Food, We Want Food ! »

«...For ever since the Kremlin brutally squashed the Czechoslovak "reformation" two years ago - and vowed that it would use military force whenever and wherever it deemed it necessary in the Soviet bloc - the rest of the world has largely discarded the notion that Communism will ever be toppled, or even fundamentally altered, in the nations of Eastern Europe by homegrown revolt. Instead, what the turmoil in Poland seemed to demonstrate was that, while Communism may be there to stay, a terribly intense and critical debate still rages over the way in which Marx's preachings should be practiced. Thus, even if the eruption in Poland was quelled in relatively short order, the challenge it posed to Polish party leader Wladyslaw Gomulka was sure to cause a nervous twinge among the other rulers of Eastern Europe. For all of them, it raised an agonizing question of priorities : whether to spur their backward economies into sweeping reforms and further contacts with the West - or to maintain the status quo and combat dissent by plunging back into isolation. »

Newsweek (États-Unis), 28 décembre 1970, p. 21.

Gouvernance et gouvernement [ 14 décembre 1970 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Pologne
FaibleMarian SpychalskiJózef A. Z. Cyrankiewicz

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1965 - 1975



décembre
1970
Soulèvements ouvriers dans plusieurs villes polonaises


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