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12 juin 2009

Tenue d'une élection présidentielle en Iran

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mahmoud Ahmadinejad

Le président Mahmoud Ahmadinejad est réélu à la présidence de l'Iran avec plus de 62% des voix. Cette victoire soulève toutefois un vent de contestation qui révèle un profond mécontentement à l'endroit du processus électoral et de la classe dirigeante.

Plusieurs hypothèses sont évoquées pendant la campagne qui précède cette présidentielle puisque les sondages donnent des résultats qui varient de façon importante. La lutte, qui oppose quatre candidats, se joue en réalité entre Mahmoud Ahmadinejad, le président sortant, et Mir-Hossein Mousavi, un ancien premier ministre (1981-1989) que les observateurs considèrent comme un réformateur sur le plan domestique. Contrairement aux prévisions, Ahmadinejad l'emporte facilement avec 62,6% des suffrages exprimés. L'opposition dénonce ce résultat, attribuable selon elle à une vaste fraude électorale. La protestation s'organise et des manifestations éclatent dans le pays. Il s'agirait de la plus forte contestation en Iran depuis celle qui a mené à la Révolution islamique, 30 ans auparavant. Le gouvernement cherche à la réprimer et des altercations brutales font plusieurs morts et des centaines d'arrestations. Le décès par balle d'une manifestante, Neda Soltani, le 20 juin, devient un symbole de cette résistance que le gouvernement attribue en partie à l'ingérence de la communauté internationale. Celle-ci exprime par différents canaux son inquiétude face à cette situation chaotique. Un recomptage de la Commission électorale iranienne confirme la victoire d'Ahmadinejad. Son dévoilement, ainsi que l'appui accordé au président élu par les membres du Conseil des gardiens de la révolution, ne suffisent toutefois pas à mettre fin au mécontentement qui gronde encore alors que le président est assermenté le 5 août.

Dans les médias...


Bernard Guetta, « L'Iran n'est plus l'Iran »

«...quel que soit le sort que les électeurs iraniens auront réservé à Mahmoud Ahmadinejad, quelle qu'aura été l'honnêteté du vote, « la concordance, comme on dit à Téhéran, entre l'entrée et la sortie des urnes », les journées que l'Iran vient de vivre ont d'ores et déjà changé ce pays. La peur est tombée en Iran, cette peur qui est l'indispensable condition de survie des dictatures, cette source de la résignation populaire au statu quo, cette peur qui avait disparu, depuis lundi, des rues iraniennes et dont le recul avait préludé, il y a deux décennies, à l'écroulement soviétique. Depuis que les débats télévisés de la campagne électorale avaient montré un président sortant sur la défensive, agressif et vitupérant, confronté aux critiques convergentes de trois rivaux qui l'accusaient à l'unisson d'avoir fait plonger l'économie iranienne dans le rouge, de systématiquement « mentir » sur tout et d'avoir « isolé », « humilié » l'Iran par ses provocations sur la scène internationale, les Iraniens s'étaient repris à croire en la possibilité d'un changement. C'est ce qui explique cette si forte participation au vote et ce qui avait fait descendre tant de gens, des millions de personnes en tout, dans les rues des petites et des grandes villes, rassemblées dans la fraternité d'un espoir retrouvé. »

Le Temps (Suisse), 13 juin 2009.

Pierre Rousselin, « Le double défi d'Ahmadinejad »

«...L'ampleur des protestations, à l'annonce du résultat officiel, témoigne de la gravité de la crise que traverse le pays. La jeunesse de Téhéran et les classes moyennes se sentent dépossédées de leur vote. Face à leur révolte, et pour sauver la légitimité de sa réélection, Ahmadinejad a dû mobiliser ses propres partisans venant des quartiers pauvres de la capitale. Le clivage entre ces deux Iran, celui qui est représenté par une jeunesse moderniste et réformiste et celui des « déshérités » qui soutiennent le régime, a toujours existé. Il s'exprime désormais ouvertement dans les rues de la capitale. Si, au cours des prochains jours, la confrontation prend de l'ampleur, elle risque de dégénérer dans la violence, et l'opposition court le risque d'être étouffée par la répression. Quoi qu'il arrive, un mouvement de contestation comme on n'en avait pas vu depuis une dizaine d'années est né en Iran. »

Le Figaro (France), 15 juin 2009, p. 17.

Jean-Pierre Digard, cité dans « Des résultats décevants mais pas surprenants »

«...je ne comprends pas ceux qui laissaient entendre qu'il pouvait y avoir un résultat autre que celui-là. Notons cependant qu'il y a eu une mobilisation assez extraordinaire des partisans de Moussavi. La surprise de ce résultat réside dans un effet de zoom exagéré, produit par les médias qui, en général, ne parlent pas le persan et font des séjours assez brefs en Iran, et n'ont accès précisément qu'à la frange de la population qui est occidentalisée et qui parle anglais. Ce qui donne un éclairage très particulier qui ne correspond pas à la réalité. Cette étiquette d'ultraconservateur collée sur Ahmadinejad et de réformateur sur les autres est aussi caricaturale. D'un point de vue iranien, Ahmadinejad n'est pas du tout un conservateur, c'est un révolutionnaire. S'il a été élu, c'est parce qu'il incarnait aux yeux de ses électeurs le retour à une certaine pureté - illusoire, d'accord - , à la révolution trahie par ses opposants. De même, il est totalement erroné de présenter Moussavi et les autres candidats comme réformateurs. Ce sont eux aussi des gens du sérail. Moussavi aurait été élu, on n'aurait vu que des différences à la marge, mais sûrement pas un renouvellement complet. On voit la situation intérieure iranienne avec des miroirs déformants, qui font qu'on est surpris de ce résultat. »

L'Humanité (France), 15 juin 2009, p. 14.

Laura-Julie Perreault, « La chape de plomb après l'euphorie ? »

«...Tout ça sentait le printemps de Prague ou la révolution orange ukrainienne. D'ailleurs, la majorité des Iraniens semblait avoir été gagnée par la fièvre électorale. Alors que l'élection présidentielle de 2005 avait été largement boycottée, le scrutin de vendredi a attiré 85% des électeurs. Les bureaux de scrutin, qui ont parfois manqué de bulletins, sont restés ouverts six heures de plus que prévu. Avec une telle participation, le résultat du vote promettait de donner le pouls de la population iranienne: qu'allaient préférer les électeurs entre un président provocateur qui tient tête à l'Occident, défend l'enrichissement de l'uranium, nie l'Holocauste mais promet de redistribuer les richesses du pétrole, et un ancien premier ministre fidèle au souvenir de l'ayatollah Khomeini mais favorable aux libertés individuelles et au dialogue avec l'Ouest? Plusieurs attendaient la réponse sur le bout de leur chaise. Mais il semble maintenant clair qu'ils ne l'obtiendront jamais. »

La Presse (Québec, Canada), 14 juin 2009, p. A2.

Fareed Zakaria, « Theocracy and its Discontents »

«...When the current Supreme Leader, Ayatollah Ali Khamenei, declared the election of Mahmoud Ahmadinejad a « divine assessment, » he was using the key weapon of velayat-e faqih, divine sanction. Millions of Iranians didn't buy it, convinced that their votes - one of the key secular rights allowed them under Iran's religious system - had been stolen. Soon Khamenei was forced to accept the need for an inquiry into the election. The Guardian Council, Iran's supreme constitutional body, promised to investigate, meet with the candidates and recount some votes. Khamenei has realized that the regime's existence is at stake and has now hardened his position, but that cannot put things back together. It has become clear that in Iran today, legitimacy does not flow form divine authority but from popular will. For three decades, the Iranian regime has wielded its power through its religious standing, effectively excommunicating those who defied it. This no longer works - and the mullahs know it. For millions, perhaps the majority of Iranians, the regime has lost its legitimacy. »

Newsweek (États-Unis), 28 juin 2009, p. 32.

Gouvernance et gouvernement [ 12 juin 2009 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Iran
FaibleMahmoud Ahmadinejadposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2004 - 2016



juin
2005
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

juin
2009
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2013
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran


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L'Iran : une population qui sombre dans la drogue

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Signature d'un accord historique sur le nucléaire iranien

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Nucléaire iranien : un accord historique réjouit la communauté internationale

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Enjeux géostratégiques autour de l'or noir : l'Iran lance un combat à tout prix


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