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12 juin 2011

Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Le Parti justice et développement (PJD) du premier ministre Recep Tayyip Erdogan remporte 326 sièges et obtient la majorité des sièges lors des élections législatives turques. Il s'agit d'une troisième victoire consécutive pour Erdogan et le PJD qui, avec 49,8%, réussit le meilleur score de son histoire.

Lors des élections législatives de 2003 et 2007, Erdogan guide le PJD à deux victoires retentissantes. Au cours de ses deux mandats, il met de l'avant plusieurs réformes importantes, tant sur le plan social qu'économique, et obtient des succès en politique étrangère. Un de ses objectifs demeure une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union européenne. En 2007, le pays est secoué par une crise lorsque les parlementaires tardent à s'entendre sur le choix du président. Des modifications constitutionnelles sont proposées par la suite et soumises à la population par voie de référendum, le 12 septembre 2010. Le PJD fait campagne pour le Oui, option qui rallie le support de 57,9% des électeurs. Ce succès, ainsi que de bonnes performances économiques, malgré la crise de 2008-2009, donnent un élan au PJD dont le principal adversaire, le Parti républicain populaire (PRP), était favorable au Non. Les élections législatives ont lieu l'année suivante, le 12 juin. D'entrée de jeu, les sondages donnent gagnant le parti au pouvoir qui est nettement favori pour l'emporter. La tendance se maintient et, le jour du scrutin, près d'un électeur sur deux se prononce pour le PJD qui rafle 326 sièges sur 550. Pour sa part, le PRP de Kemal Kiliçdaroglu termine deuxième et améliore sa représentation avec 25,9% des voix et 135 sièges, alors que le Parti d'Action nationaliste et les candidats indépendants complètent la Grande Assemblée nationale. Cette troisième victoire d'Erdogan, chaque fois avec un nombre croissant de votes, constitue un précédent. Bien que victorieux, le PJD n,a toutefois pas obtenu la majorité des deux tiers qui lui aurait donné la latitude nécessaire pour procéder à une révision de la Constitution sans recourir à une consultation populaire.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Laure Marchand, « Erdogan le grand vizir »

«...Plus personne, ou presque, ne craint qu'il (Erdogan) manoeuvre en coulisse pour imposer la charia. Les Turcs se sont accommodés de ce premier ministre qui ne boit que du jus d'orange et ne tolère pas une cigarette dans son entourage. Mais ses références à l'islam agacent, sa défense d'une législation restrictive sur l'alcool ulcère les libéraux, ses consignes aux femmes de « faire au minimum trois enfants » mettent les féministes hors d'elles. D'autant qu'il a annoncé une modification du futur gouvernement : un ministère de la Famille et des Politiques sociales remplacera celui de la Femme et de la Famille. À 57 ans, que va faire Erdogan d'un troisième mandat ? « Bien sûr, il rêve d'être autoritaire », explique Rusen Cakir, spécialiste de l'islam politique. Et surtout, il rêve de l'Élysée turc, c'est son obsession. S'entêtera-t-il dans ses ambitions présidentielles ou restera-t-il dans l'histoire comme l'homme d'État qui a doté son pays d'une Constitution démocratique ? « Quand l'imam s'oublie, l'assemblée perd le respect pour lui », met en garde un proverbe turc. »

Le Figaro (France), 13 juin 2011, p. 14.

Marc Semon, « Erdogan, coudées moins franches »

«...Ces dix dernières années, l'atout d'Erdogan fut de ne pas avoir face à lui une alternative politique crédible. La donne est en train de changer avec la popularité croissante de Kemal Kiliçdaroglu, leader depuis l'automne de la principale force de l'opposition de gauche, le CHP, le Parti républicain du peuple. Cette formation est créditée d'environ 30% des voix par les sondages. Longtemps replié sur une intransigeance « laïcarde », souvent ambigu face aux militaires autoproclamés gardiens des valeurs de la République, ce parti incarnant les valeurs de la gauche laïque est désormais en pleine mutation. « Un souffle décontracté pour la Turquie », assure son slogan de campagne. Surnommé Gandhi pour sa silhouette frêle, Kemal Kiliçdaroglu, lui-même kurde et alevi (secte moderniste issue du chiisme), parle « des libertés » et d'une Constitution qui en soit le garant. Il renoue avec le discours social mais séduit aussi les milieux d'affaires et insiste sur l'avenir européen du pays. (...) Erdogan semble avoir compris le danger, multipliant les invectives contre celui qu'il appelle « une machine à mentir sur pattes ». Le CHP rénové semble, en tout cas, redevenir un acteur politique majeur. »

Libération (France), 11 juin 2011, p. 8.

Dr Maria-Ruxandra Stoicescu, « Turquie, un miracle en équilibre »

«...En matière de politique étrangère, le « modèle turc » est considéré comme une voie privilégiée pour les démocraties naissantes du printemps arabe. Le pays se montre particulièrement entreprenant dans ses relations avec Israël, la Syrie, la Russie (avec laquelle les échanges économiques se sont fortement consolidés), l'Egypte, mais aussi avec ses alliés militaires et politiques de longue date, les Etats-Unis et l'Union européenne. La Turquie a réussi à concilier des contrastes, c'est ce qui fait sa force. Pont géopolitique entre Orient et Occident (image qui fut longtemps le cheval de bataille de toutes les administrations turques dans le dialogue avec l'Occident), démocratie islamique qu'on pensait impossible, régimes militaires garants de l'ordre séculaire et des institutions démocratiques de base: ces dix dernières années, le pays a su se projeter globalement, et ce plus particulièrement après le début des négociations à l'intégration européenne en 2005. La Turquie devient ainsi une voix qu'on ne peut ignorer sur la scène internationale. Voilà pourquoi les élections parlementaires du 12 juin, qui pourraient bien ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle fondamentale, s'annoncent d'un très grand intérêt. »

Le Temps (Suisse), 10 juin 2011.

Laura-Julie Perreault, « Victoire écrasante d'Erdogan »

«...La majorité absolue aurait permis au premier ministre de modifier la Constitution du pays sans avoir à se soucier des partis de l'opposition. Héritage du coup d'État militaire de 1980, la Constitution turque fait l'unanimité contre elle. Au cours de la campagne électorale, l'AKP, tout comme son principal rival, le Parti de la république du peuple (CHP), a répété ad nauseam qu'il était temps pour la Turquie de tourner le dos à cette constitution militaire, qui confère beaucoup de pouvoir à l'armée, pour la remplacer par une constitution civile. Cependant, c'est sur le contenu de la nouvelle Constitution que les divers partis ne s'entendent pas. Recep Tayyip Erdogan affirme qu'il veut mettre sur pied un système présidentiel à l'américaine ou à la française et ajoute que les autres amendements à la Constitution se feront de concert avec les partis de l'opposition. Les partis rivaux soutiennent que le premier ministre veut plutôt profiter de la modification constitutionnelle pour s'attaquer à la laïcité turque et tourner le dos à la vision établie par Mustapha Kemal, fondateur de l'État turc. »

La Presse (Québec, Canada), 13 juin 2011, p. a19.

Gouvernance et gouvernement [ 12 juin 2011 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
IntermédiaireAbdullah Gül Recep Tayyip Erdogan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2006 - 2016



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2007
Élection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juillet
2007
[Résultats] Élections législatives

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2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juin
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
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Mouvement de contestation populaire en Turquie

août
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[Résultats] Élection présidentielle

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2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
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[Résultats] Élections législatives

novembre
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[Résultats] Élections législatives

juillet
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