Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 janvier 2019

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12 septembre 1974

Déposition de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Haile Selassie

Une sécheresse meurtrière et des difficultés économiques persistantes alimentent le mécontentement contre l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié qui est finalement renversé par un groupe de militaires le 12 septembre 1974.

La contestation à l'endroit de Hailé Sélassié, empereur de l'Éthiopie depuis 1930, s'accentue au début de 1974. Le ressentiment contre la situation économique et une sécheresse qui dévaste le Nord du pays depuis quelques années s'exprime au cours de plusieurs grèves et manifestations. Un Comité de coordination des forces armées s'organise et renverse le Négus au mois de septembre. Le prince héritier Asfa Wossen est proclamé roi, mais il n'exercera aucun pouvoir. La monarchie éthiopienne sera finalement abolie en mars 1975, quelques mois avant la mort de Sélassié en prison (27 août). Entre-temps, le lieutenant général Aman Andom, devenu chef du gouvernement militaire provisoire, est à son tour écarté, puis exécuté, en novembre 1974. Sous son successeur, le général Teferi Benti, l'Éthiopie effectue un virage à gauche, adoptant des réformes sociales et procédant à des nationalisations de terres. L'économie du pays, un des plus pauvres du monde, reste néanmoins préoccupante, tout comme la poursuite des combats qui oppose l'armée aux autonomistes dans la province de l'Érythrée.

Dans les médias...


Paul Bernetel, «L'héritage africain»

«...Les successeurs d'Haïlé Sélassié n'ont pas attendu son arrestation, symbole de sa mort politique, pour porter à la connaissance du peuple éthiopien le contenu de son testament. Il est accablant pour l'ex-empereur comme pour son régime et explique en partie le consensus national que les militaires sont parvenus à obtenir dans leur longue et prudente marche vers le pouvoir. Au cours des dernières semaines, les accusations les plus graves portées contre la personne même d'Haïlé Sélassié s'étaient faites de plus en plus agressives et virulentes. Fait remarquable, elles portaient presque exclusivement sur la gestion intérieure de l'ancien monarque. C'est que, sur le plan diplomatique, le négus lègue à ses successeurs un héritage qu'ils n'ont ni la volonté ni même la possibilité de fouler aux pieds : l'héritage africain. On peut discuter des motivations réelles de la politique africaine du négus. De l'utilisation abusive qui en a été faite sur le plan intérieur. De l'absence totale de participation du peuple éthiopien aux grandes orientations de cette politique. On ne peut nier le rôle personnel joué par Haïlé Sélassié dans la création puis l'animation de l'Organisation de l'unité africaine.»

Jeune Afrique (France), 28 septembre 1974, p. 25.

Christian d'Epenoux, «Éthiopie : le départ du vieux lion»

«...Champion des non-alignés, il était parvenu tant bien que mal à préserver l'unité de son royaume. Contre les convoitises de ses voisins du sud et du nord, le Soudan et la Somalie, qui soufflaient sur ses dissidences. Mais sa prudence, jadis louée, était devenue une tare. La vieillesse et l'usure avaient vaincu l'esprit de réforme. Isolé, mal conseillé, fermant les yeux sur les privilèges et l'injustice, ayant amassé pour sa part une incroyable fortune, le vieux Négus ne voyait plus son pays craquer. La sécheresse, la famine, la mort atroce de 100 000 de ses sujets, tandis qu'il nourrissait ses molosses, ont déclenché la révolte qui devait l'emporter. Les catilinaires d'Addis-Abeba ont gagné la belle. Mais leurs intentions restent floues derrière ce coup d'État «à la portugaise». Le nouvel homme fort est le général Aman Michael Andom, qui cumule tous les pouvoirs. Néguib ou Nasser ? Il est le vrai successeur du Négus, et le monde, ces jours-ci, va guetter chacun de ses gestes. De crainte que l'Éthiopie ne devienne un nouveau foyer de déséquilibre.»

L'Express (France), 16 au 22 septembre 1974, p. 45.

Jean-Claude Leclerc, «Le chef d'un empire pourri»

«...Que le régime en train de tomber soit, en fin de compte, remplacé par un autre de même farine, comme cela arrive souvent dans le tiers monde comme dans les pays industrialisés, ou qu'un changement radical survienne dans l'organisation économique et politique du pays, l'Éthiopie est sortie de l'immobilisme séculaire qu'incarnait le Négus. On n'a pas encore complètement aboli le poste de chef de l'État, mais le départ de celui qui régnait depuis un demi siècle marque une rupture irréversible. Même si par le jeu de la politique ou par la force des armes, le vieil homme ou un autre était rétabli dans la plénitude des anciens pouvoirs, un coup irréparable aura été donné par le renversement d'hier. Cherchant à éviter le chaos et à ménager un régime de transition, les militaires ont fait appel au fils du Négus pour incarner la royauté en attendant la mise en place d'un nouveau régime. Mais un chapitre de l'histoire vient d'être fermé sans appel.»

Le Devoir (Québec, Canada), 13 septembre 1974, p. 4.

Éditorial

«...The military's slogan now is «land to the tiller». This is no socialist takeover. It is a coup by men who have seen the outside world and want to bring their nation out of the medieval ages. They are striking at corruption, and many large landlords and high officials have gone to jail. So far the coup seems popular. The military is being given wide-spread support. The main reason, perhaps, is that it preaches moderation and has avoided bloodshed. This does not mean civil war will not break out, only that because of the military's apparent determination to bring fairness and decency into the system, it has won wide support. No one has seen fit to oppose it. This is not the history of much of Africa in the past two decades. Perhaps, if Ethiopia is lucky, reform can be realized without bloodletting.»

The Philadelphia Inquirer (États-Unis), 21 août 1974.

Gouvernance et gouvernement [ 12 septembre 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Éthiopie
TransitionAman Mikael AndomMikael Imru

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1964 - 1984



mars
1964
Conclusion d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit entre la Somalie et l'Éthiopie

septembre
1974
Déposition de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié

juin
1977
Début de la guerre entre la Somalie et l'Éthiopie

octobre
1984
Diffusion d'un reportage troublant à la BBC sur la famine en Éthiopie


Dans l'actualité


octobre
2018
Abiy Ahmed sonne le glas des conflits en Éthiopie

octobre
2017
Opinions mitigées sur la nomination du directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

janvier
2017
Éthiopie : La répression au service de la stabilité

janvier
2016
Sommet économique éthiopien : audace et ambition au rendez-vous

octobre
2015
2015 : année décisive pour l'atteinte des objectifs mondiaux de développement durable

septembre
2015
Copier-coller de 2010 aux législatives éthiopiennes

novembre
2014
L'ethnie oromo en Éthiopie : d'épicentre historique à groupe rebelle réprimé

septembre
2013
Éthiopie : l'opposition est en marche

février
2010
L'Union africaine : d'un chef à l'autre

janvier
2009
Échec total des troupes éthiopiennes en Somalie


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