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22 mars 2012

Renversement du président malien Amadou Toumani Touré

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Amadou Toumani Touré

Insatisfaits de l'action de leur gouvernement face aux rebelles touaregs et aux djihadistes qui luttent pour l'indépendance de l'Azawad, des militaires renversent le président malien Amadou Toumani Touré. La Constitution est suspendue et la transition assurée par un comité que dirige le capitaine Amadou Haya Sanogo.

En novembre 2011, des Touaregs forment le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), une organisation prônant l'indépendance de cette région du nord du Mali. Profitant du retour de soldats bien équipés, qui ont quitté la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le MNLA passe à l'attaque en janvier 2012. Il livre de durs combats à l'armée malienne et s'empare de plusieurs villes. Ces succès inquiètent d'autant plus Bamako, la capitale, que l'on rapporte aux côtés des rebelles la présence de djihadistes salafistes de l'organisation Ansar Dine. Les liens entre les deux sont toutefois ambigus, les Touaregs se disant en faveur de la démocratie et la laïcité, tandis que l'Ansar Dine veut un État islamiste et l'application de la charia. L'avance des rebelles se précise en mars dans la violence et le pillage, incitant des dizaines de milliers de Maliens à se réfugier dans les pays voisins, comme le Niger et le Burkina Faso. Les protestations s'amplifient devant l'incapacité du gouvernement malien à mater les rebelles et à « donner aux forces armées les moyens nécessaires de défendre l'intégrité » du territoire. Dans la nuit du 21 au 22 mars, le président Amadou Toumani Touré, au pouvoir depuis 2002 et sur le point de quitter ses fonctions, est renversé par des militaires que dirige le capitaine Amadou Haya Sanogo. La Constitution est suspendue, alors qu'un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État (CNRDR) assure le pouvoir qui se veut transitionnel. Cette situation est dénoncée par des partis maliens et par la communauté internationale qui impose des sanctions. Celle-ci refuse également de reconnaître la proclamation d'indépendance faite le 6 avril par le MNLA qui, à ce moment, contrôle une bonne partie de l'Azawad.

Pour en savoir plus: Message du président malien pour le Nouvel An

Dans les médias...


Philippe Bernard avec Jean-Philippe Rémy, « Au Mali, des militaires renversent « ATT »»

«...Le putsch semble être parti d'officiers subalternes révoltés par les détournements de solde et les incessantes difficultés d'approvisionnement en armes, en carburant et en renforts, qui ont souvent fait capoter des offensives et causé de lourdes pertes. L'affectation dans des garnisons du Nord, dont ils sont originaires, de soldats issus d'anciennes rébellions touareg nourrit aussi le mécontentement des soldats, majoritairement originaires du Sud et appelés à combattre très loin de chez eux. L'incapacité du président Toumani Touré à admettre les échecs militaires subis dans le Nord et à en tirer les conséquences semble aussi avoir attisé les braises. Lui-même général, « ATT » est considéré par les Occidentaux comme un maillon faible dans la lutte contre AQMI. En 1991, alors lieutenant-colonel, il avait commandé le putsch qui avait permis de renverser la dictature de Moussa Traoré. Cas rarissime, il avait rendu le pouvoir aux civils lors d'élections démocratiques. Les mutins d'aujourd'hui suivront-ils son exemple ? »

Le Monde (France), 23 mars 2012, p. 10.

S.A., « Mali : un désastre français »,

«...Après un demi-siècle de lutte, les hommes bleus n'ont jamais été aussi proches de réaliser leur rêve : un État entre le Sahel et le Sahara. Au moment où des représentants du MNLA ouvrent un bureau d'information à Nouakchott, d'autres sont reçus à plusieurs reprises au Quai-d'Orsay. Une simultanéité qui ne doit, sans doute, rien au hasard. La Mauritanie, grande alliée de la France dans la région, n'aurait pas prêté main-forte aux indépendantistes touaregs, sans l'aval, même tacite, de son mentor. Et l'intégrité du Mali ? Les dangers de contagion ? À Nouakchott, comme à Paris, une raison justifie une telle prise de risque. Le MNLA, toujours selon la note secrète, s'engagerait à combattre Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Une priorité pour la Mauritanie et la France, qui reprochent au président Touré sa mollesse envers les djihadistes. Dans cet immense territoire en proie à tous les trafics, les rebelles touaregs peuvent réussir là où il a échoué, estime-t-on dans les deux capitales. »

Le Nouvel Observateur (France), 12 avril 2012, p. 38.

Vincent Hugueux et Boris Thio lay, « Les 12 plaies du Mali »

«...Échaudés par les déconvenues antérieures, les leaders du MNLA ont proclamé « solennellement » le 6 avril l'indépendance pleine et entière de l'Asawad. Déclaration unilatérale nulle et non avenue, ont promptement riposté l'Union africaine (UA), la France et les États-Unis. (...) Mortifiée par l'enlèvement de sept de ses diplomates en poste à Gao, dont le consul, le puissant voisin du Nord (l'Algérie) martèle qu'il « n'acceptera jamais » la moindre entorse à « l'intégrité territoriale du Mali ». Reste que la version 2012 d'une révolte centenaire ne se contentera cette fois ni de promesses de « large autonomie » ni de « programmes de développement » sans lendemain. « Il faudra, concède un « africain » de l'Élysée, lui prodiguer de robustes garanties, frappées du sceau de l'ONU, de l'UA, de l'Europe et de Paris. Si ATT (Touré) n'avait pas fait la sourde oreille à nos appels répétés au dialogue, le Mali n'en serait pas là. » Le hic ? Un tel schéma suppose que les hommes bleus supplantent leurs rivaux islamistes. Dénouement pour le moins hypothétique. Vu des bords de la Seine, il n'est pourtant qu'une stratégie à ce stade : enfoncer un coin entre les irrédentistes « canal historique », supposés laïques, et leurs alliés de circonstance djihadistes. La hantise : des attentats terroristes au coeur de Bamako. »

L'Express (France), 11 avril 2012, p. 41.

Adam Nossiter, « Soldiers Ovethrow Mali Government in Setback for Democracy in Africa »

«...It was the latest government to fall as a consequence of the Arab Spring, though in this case it did not come through popular uprisings or protests for democracy. To the contrary, Mali was preparing to hold elections only a month from now, and the president, adhering to the Constitution, was not running again. But the downfall of Col. Muammar el-Qaddafi in Libya sent a flood of weapons into Mali, bolstering a longstanding rebel movement in the country's vast desert north and delivering many defeats to Malian forces. The mutinous soldiers who led the coup, low-ranking officers and enlisted men, said on state television that they had been fed up with the way Mali's government was confronting the rebellion, complaining about being underequipped for the fight. Foreign governments, analysts and some Malians deplored Thursday's coup - in a country that has not had one since 1991 - as a severe setback for democracy in Africa. The huge, mostly desert nation, considered one of the least likely candidates for a coup attempt in all of West Africa, was threatened with immediate foreign aid cutoffs. Analysts cited the coup as an example of how Colonel Qaddafi's overthrow could yield unexpected political mutations, destabilizing parts of the vast Sahara region. »

New York Times (États-Unis), 23 mars 2012, p. A4.

Gouvernance et gouvernement [ 22 mars 2012 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Mali
TransitionAmadou Toumani TouréCissé Mariam Kaïdama Sidibé

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Renversement du président malien Amadou Toumani Touré

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