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26 avril 2012

Verdict de culpabilité par un Tribunal spécial contre l'ex-président libérien Charles Taylor

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Charles Taylor

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) reconnaît l'ex-président libérien Charles Taylor coupable de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. Il devient le premier ex-chef d'État condamné par une cour internationale depuis le procès de Nuremberg contre les nazis, en 1946.

Après avoir été dans la rébellion pendant plusieurs années, Charles Taylor préside le Liberia de façon autoritaire entre 1997 et 2003. Une guerre civile persistante et des pressions d'autres pays entraînent son départ et son exil au Nigeria. Mais l'appui qu'il a accordé au Front révolutionnaire uni (FRU), qui s'est livré à des actions violentes de toutes sortes lors de la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002), n'a pas été oublié. Ce conflit sanglant a fait un demi-million de réfugiés, 2 millions de déplacés, plusieurs dizaines de milliers de morts et attiré sur le Liberia la réprobation internationale. Il aurait été financé, entre autres, par des diamants dont le pays regorge. Arrêté en 2006 à la demande de la nouvelle présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, Taylor doit répondre de ses crimes devant le TSSL. Créé par le Conseil de sécurité des Nations unies, celui-ci siège depuis 2002 afin de juger les responsables des atrocités en Sierre Leone. Pour des raisons de sécurité, ce tribunal établi à Freetown, capitale de la Sierra Leone, est déplacé à La Haye, aux Pays-Bas. Il faut plusieurs années avant que, le 26 avril 2012, l'ex-président libérien soit finalement reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité - aide et complicité de meurtre, de viol, d'esclavage sexuel, de recrutement d'enfants soldats, etc. Dans son témoignage final, Taylor dit qu'il n'a cherché qu'à stabiliser la situation en Sierre Leone et accuse les tribunaux internationaux de s'acharner sur les chefs d'État africains. Le 30 mai, il est condamné à 50 ans de prison. Les organismes humanitaires se réjouissent de ce verdict qui envoie un message aux autres dirigeants politiques. À cet égard, l'attention se tourne ensuite vers l'ex-président ivoirien incarcéré Laurent Gbagbo qui devra aussi se défendre d'accusations de crimes contre l'humanité.

Dans les médias...


Pierre Prier, « Charles Taylor condamné par la justice internationale »

«...La stratégie de la défense était de nier toute liaison entre l'influence de Taylor sur les rebelles sierra-léonais et les crimes de ces derniers. Le tribunal, a expliqué le juge Lussick dans un exposé de plus de deux heures, n'a retenu ni l'entreprise criminelle, ni l'existence d'une chaîne de commandement directe entre Taylor et l'état-major des rebelles. Mais les juges ont quand même estimé que le président libérien avait « aidé et encouragé » le RUF par différents moyens : livraisons d'armes, entraînement, fourniture de matériel radio, d'une base arrière au Liberia, et de combattants. Par « son autorité et ses conseils », il a eu un « un effet substantiel sur les crimes commis par le RUF », a déclaré le juge, qui a cité un message radio de Taylor : l'assaut contre la capitale Freetown devait être « effrayant ». Enfin, l'accusé ne pouvait ignorer les crimes contre l'humanité commis en Sierra Leone, qui étaient du « domaine public ». Le procès de La Haye met fin à la carrière d'un tyran narcissique et sanguinaire. »

Le Figaro (France), 27 avril 2012, p. 8.

Stéphanie Maupas, « Sierra Leone : cinquante ans de prison pour Charles Taylor »

«...C'est l'un des problèmes posés à la justice internationale : si elle a fait tomber la barrière de l'immunité, tous les chefs d'État ne sont pas aujourd'hui comptables devant elle. Reste que la condamnation infligée à Charles Taylor crée un précédent. Des États s'en étaient inquiétés dès sa mise en accusation, en mars 2003. D'autres chefs d'État, comme le Burkinabé Blaise Compaoré et le Libyen Mouammar Kadhafi, étaient dans la ligne de mire du procureur pour leur implication indirecte dans la guerre de Sierra Leone. Mais les pays qui financent le tribunal - notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas - avaient estimé que d'autres poursuites seraient trop coûteuses. Menacé sur ses frontières, Charles Taylor avait quitté le pouvoir de son plein gré, en août 2003, après avoir été mis en accusation. Mais les juges ont refusé d'atténuer pour autant la sentence. « Quelle leçon cela envoie-t-il au président Assad (le président syrien) ? », a lancé l'avocat de Charles Taylor, affirmant que des chefs d'État criminels s'accrochent au pouvoir pour échapper aux poursuites. »

Le Monde (France), 1er juin 2012, p. 4.

Fati Mansour, « La lourde responsabilité de Charles Taylor »

«...Charles Taylor était au courant des méthodes sanglantes de ses alliés. Informations quotidiennes, rapports multiples d'ONG, embargo militaire, depuis 1997 au moins, il ne pouvait ignorer l'existence des massacres et des pillages. La Cour n'a accordé aucun crédit à l'argument selon lequel Charles Taylor s'était rapproché des rebelles dans le seul but de promouvoir la paix. Parfois actif dans certains processus - il a ainsi réussi à faire libérer des Casques bleus retenus en otage en Sierra Leone - , le Libérien jouait, selon les juges, un « double jeu ». « Il appelait publiquement à la paix tout en favorisant secrètement les hostilités. » Analysant le leadership et la chaîne de commandement lors de ce conflit, la Cour parvient à la conclusion que Charles Taylor et les responsables du RUF avaient des aspirations communes mais pas de liens hiérarchiques entre eux. L'accusé avait plutôt un rôle de guide et de conseil mais il ne faisait pas partie de ceux qui donnaient directement les ordres. »

Le Temps (Suisse), 26 avril 2012.

Afua Hirsch, « Charles Taylor Trial : Analysis : the Court was on Trial, here too »

«...Ever since Charles Taylor was extradited to The Hague in 2006, there have been two trials going on. One is the criminal inquiry into 11 counts of war crimes and crimes against humanity relating to his involvement in the decade-long civil war in Sierra Leone. The second is the trial of the system of international criminal justice itself. Many Liberians believe Taylor is innocent and his conviction an injustice. His trial, they say, is the product of an ornate plan designed by the international community to humiliate Liberia and cement its status as a pawn at their mercy. (...) the Taylor trial was never about Liberia. The prosecution case has been about establishing linkage with Sierra Leone's rebels the RUF, and not just simply whether he was involved, but whether his involvement extended to aiding and abetting or the more serious legal standards of command responsibility and joint criminal enterprise. There is no doubt that the verdict is historic. Taylor's conviction goes a long way to answering the lingering questions surrounding responsibility for the complex events of a decade of war. »

The Guardian (Royaume-Uni), 27 avril 2012.

Gouvernance et gouvernement [ 26 avril 2012 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Liberia
IntermédiaireEllen Johnson Sirleaf

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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octobre
2011
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
2011
[Résultats] Élections législatives

avril
2012
Verdict de culpabilité par un Tribunal spécial contre l'ex-président libérien Charles Taylor


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