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16 décembre 2012

Élection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Shinzo Abe

Insatisfaits des trois années au pouvoir du Parti démocrate (PD), les Japonais élisent le Parti libéral démocrate (PLD) avec une forte majorité. Cette victoire permettra à l'ex-premier ministre Shinzo Abe, au pouvoir en 2006-2007, de reprendre la tête du gouvernement.

Le PLD, de centre droit, domine la vie politique japonaise des années 1950 jusqu'en 2009. Il subit alors une défaite retentissante qui permet au PD, de centre gauche, de former un gouvernement majoritaire. Peinant à composer avec la crise économique, celui-ci suscite beaucoup de mécontentement. Plaidant le besoin de faire adopter un budget d'urgence, le premier ministre Yoshihiko Noda, en poste depuis septembre 2011, déclenche des élections en novembre 2012. Le PLD prend l'ascendant dans les sondages, mais le nombre élevé d'indécis démontre une méfiance persistante de l'électorat face aux vieux partis. Afin de canaliser cette grogne, de nouvelles formations voient le jour. On retrouve à droite le Parti de la Restauration du Japon (PRJ), dirigé par Shintaro Ishihara, alors que le Parti Futur du Japon, environnementaliste et opposé à l'énergie nucléaire, se positionne à gauche. De retour à la tête du PLD depuis septembre 2012, l'ex-premier ministre Shinzo Abe se dit pour sa part favorable au nucléaire, malgré la catastrophe de Fukushima en 2011. Il s'engage aussi à régler à l'avantage du Japon le litige avec la Chine sur les îles Senkaku. Le jour du scrutin, le 16 décembre, le PD s'effondre avec seulement 22,8% des voix et 57 sièges sur les 480 de la Diète. Le PLD récolte la majorité avec 294 sièges, ce qui lui permettra, avec les 31 de ses alliés du Nouveau Komeito, d'obtenir les deux tiers des sièges nécessaires pour renverser un vote du Sénat. À sa première participation, le PRJ talonne le PD avec 54 sièges. S'appuyant sur le taux de participation de 59,3%, un creux historique, la plupart des analystes s'entendent toutefois pour souligner le peu d'enthousiasme des électeurs pour ce scrutin qui ramènera Shinzo Abe au poste de premier ministre, 5 ans après l'avoir quitté.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Daniel Eskenazi, « Vers un retour de Shinzo Abe »

«...Comment cette figure de la droite nationaliste japonaise décrite comme un faucon parvient-elle à convaincre les électeurs de le réélire? Shinzo Abe, membre d'une puissante dynastie politique, profite de deux facteurs. D'une part, le Japon vit sa troisième récession en trois ans et a besoin de réformes que le PDJ n'a su mener. D'autre part, il connaît des tensions territoriales avec la Chine. Conservateur de droite coutumier des provocations, Shinzo Abe surfe sur le nationalisme anti-chinois pour se remettre en selle. Sur fond de tensions à propos des îles Senkaku (Diaoyu pour les Chinois), le faucon garde l'ambition de redorer le blason du Japon. Sa rhétorique belliqueuse juste après son élection à la tête du PLD en septembre dernier renvoie certes l'Empire du Soleil-Levant à un passé peu glorieux, mais elle plaît à l'électorat vieillissant. «Nous allons récupérer le Japon pour le rendre fort», déclarait-il, tout en recourant au slogan «Enrichir le pays, renforcer l'armée». Dérapage inadmissible pour les voisins chinois et coréens, ce slogan dominait le Japon impérialiste de la seconde moitié du XIXe siècle. Depuis, Shinzo Abe n'a cessé de mettre de l'huile sur le feu. »

Le Temps (Suisse), 13 décembre 2012.

Marie Linton, « Les Japonais s'inquiètent du nucléaire, mais pas seulement »

«...Vingt et un mois après l'accident nucléaire, une large majorité de Japonais (environ 70 %) souhaite que le Japon sorte du nucléaire. Mais c'est là tout le paradoxe de ces élections anticipées : seuls 11 % des électeurs considèrent que l'énergie et le nucléaire représentent l'enjeu le plus important du scrutin, loin derrière l'économie, la sécurité sociale et les retraites, selon un récent sondage de la télévision nationale NHK. L'accident nucléaire de Fukushima affecte toujours durement les deux millions d'habitants de la préfecture, parmi lesquels 160 000 personnes ont été déplacées à cause de la menace radioactive, mais les autres Japonais sont passés à autre chose. En cette période de récession économique et de vieillissement de la population, les Japonais s'inquiètent davantage pour leur emploi et le niveau de leur retraite que pour l'avenir énergétique du pays. L'un des partis les plus pro-nucléaires a même toutes les chances d'être le grand gagnant du scrutin dimanche. Le Parti libéral-démocrate (PLD), ancré à droite, s'apprête en effet à faire un retour en force après trois années de gouvernement de centre gauche. Et les trois partis clairement antinucléaires que sont, outre le Parti de l'avenir, le Parti communiste et le Parti social-démocrate, sont tous crédités de faibles scores, inférieurs à 4 %. »

La Croix (France), 13 décembre 2012, p. 8.

Arnaud de la Grange, « Shinzo Abe, nouvel « homme fort » du Japon »

«...Le « Abe nouveau » sera-t-il différent de l'ancien, celui qui avait déjà gouverné le Japon il y a six ans ? Alors qu'il devrait être le prochain premier ministre japonais, Shinzo Abe est au coeur de toutes les interrogations. Certains estiment que ce « faucon » s'est aiguisé les serres, que son credo nationaliste s'est renforcé. Durant toute sa campagne, cet homme de 58 ans au visage dur a martelé son slogan : « Un Japon fort, un Japon riche, un Japon fier ! » À l'évidence, son discours sur le redressement d'un Japon affaibli sur la scène internationale, avalé par l'ombre chinoise grandissante, a porté au sein d'une opinion japonaise hantée par le déclin. Shinzo Abe veut « en finir avec le régime d'après-guerre ». Dans son programme, son Parti libéral-démocrate (PLD) a prévu de réviser la Constitution pacifiste et de transformer les forces d'autodéfense en armée « normale ». Il veut aussi revoir les livres d'histoire pour que les écoliers puissent regarder fièrement leur passé. Sur le plan économique, le parti victorieux veut enrayer la déflation à l'aide de mesures de relance, comme des grands travaux. Il veut aussi pousser la Banque du Japon à mener une politique monétaire plus accommodante. »

Le Figaro (France), 17 décembre 2012, p. 13.

« DPJ, RIP ? »

«...Japan's electorate must have felt yesterday they were voting for - or against - a different party, this time round. Most of the DPJ's (Parti démocrate) left wing had already bolted, alienated by the party's drift from its 2009 manifesto. Its prime minister, Yoshihiko Noda, has made little progress taming the bureaucracy, now strongly supports the alliance with America and wants to cut welfare spending. He lost a great deal of support by backing the return of nuclear power after the disaster at Fukushima, and then more by working with the LDP to pass a controversial sales tax. His hapless predecessor-bu-one, Yukio Hatoyama, botched the party's big showdown with American and Japanese diplomats over the relocation of an American Marine Corps base in Okinawa prefecture. Many feel Mr Noda handled Japan's bitter territorial dispute with China badly; this clearly drove some voters into the arms of the nationalist right. »

The Economist (Royaume-Uni), 17 décembre 2012.

Gouvernance et gouvernement [ 16 décembre 2012 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Japon
ÉlevéAkihito (Tsugu-no-miya)Yoshihiko Noda

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



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août
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2011
Séisme dévastateur au Japon

décembre
2012
Élection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

décembre
2012
[Résultats] Élections législatives

décembre
2014
Réélection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

décembre
2014
[Résultats] Élections législatives


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