Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

25 septembre 2018

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16 juin 1976

Émeutes à Soweto en Afrique du Sud

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Une polémique sur l'apprentissage des langues dans le système d'éducation est à l'origine d'une manifestation qui se déroule à Soweto, en Afrique du Sud. Elle dégénérera en émeute, provoquant la mort de dizaines de personnes.

La politique de ségrégation raciale (apartheid) pratiquée en Afrique du Sud discrimine contre la majorité noire qui constitue environ les deux tiers de la population du pays. La contestation, portée par des mouvements comme le Congrès national africain (CNA), se développe au cours des années 60 et 70. À l'été 1976, des lycéens se mobilisent pour protester contre la décision des autorités de faire de l'afrikaans, d'origine européenne, une langue obligatoire dans les écoles bantoues. Le 16 juin, des milliers de jeunes participent à une manifestation pacifique à Soweto, une banlieue de Johannesburg. Elle est interrompue par une intervention policière. Des coups de feu sont tirés et une émeute éclate, causant des dizaines de victimes. Les affrontements se multiplieront au cours de l'année -Soweto, Port-Elisabeth, etc.- , entraînant une sévère répression. L'écho de ces tumultes contribuera cependant à sensibiliser la communauté internationale à la situation sud-africaine. Il en résultera des pressions de plus en plus fortes en faveur de l'abolition de l'apartheid.

Dans les médias...


S.A., «Conjonction dangereuse»

«..La plus grande vague d'émeutes qui ait jamais balayé la République sud-africaine, cette «explosion de frustration, de violence et de désespoir», selon l'évêque anglican de Johannesburg, marque, en effet, par son ampleur et surtout du fait de la conjoncture internationale dans laquelle elle s'inscrit, une date plus importante que le massacre de Sharpeville il y a seize ans. À l'époque, dans un pays où l'arrogance du pouvoir blanc se fondait sur des certitudes inébranlables et des frontières intangibles, une révolte de gueux supportant mal la brimade des «pass» à exhiber à tout propos ne prêtait pas à conséquence. En 1976, il n'y a plus guère que les tenants aveugles de l'«apartheid» pour attribuer, comme vient de le faire le ministre des affaires bantoues, les émeutes de Soweto à un «malentendu» (...) Le «consensus unanime» du Conseil de sécurité de l'ONU pour condamner vigoureusement à Pretoria -la réprobation française venant rappeler qu'il ne faut pas confondre la morale et les affaires- traduit l'isolement total du régime.»

Le Monde (France), 22 juin 1976, p. 1.

Paul Bernetel, «Rien ne sera plus comme avant»

«...Les mythes se sont évanouis. Et la réalité que d'aucuns s'évertuaient à ne pas voir par cécité, complicité ou intérêt, est apparue à tous. Vorster qui, tout de suite après, a repris son bâton de pèlerin d'apôtre de l'apartheid pour rencontrer Kissinger en Allemagne, ne pourra plus donner le change. Ni sur la nature de son régime ni sur ses intentions. Ni, ce qui est plus important, sur sa capacité, à lui et à ses amis, de changer «à partir du haut» le système raciste dont ils sont les produits. Plus rien ne sera comme avant. Cette réalité, il aura fallu plus de cent quarante morts et plus d'un millier de blessés pour la rendre tangible. C'est une première leçon (...) L'affaire est donc entendue. Le voeu louable de voir l'Afrique du Sud vivre demain dans la justice et l'égalité de tous ses habitants passe par l'élimination de Vorster et de ses semblables. Il y a dès aujourd'hui une minorité de Sud-Africains blancs qui a le courage de saisir cette vérité et qui manifeste sa solidarité avec les Noirs. Cette minorité n'est pas négligeable puisqu'elle est active au sein de l'intelligentsia, voire dans certains cercles industriels. L'Afrique doit l'aider en organisant l'isolement politique et diplomatique des oppresseurs de Pretoria.»

Jeune Afrique (France), 2 juillet 1976, pp. 20-21.

Georges Vigny, «Tableaux de la colère africaine en Bavière»

«...Le détonateur de la crise meurtrière aura été le refus des collégiens noirs des ghettos ceinturant Johannesburg d'apprendre l'afrikaans, langue assimilée à celle de l'apartheid. C'est la brutalité de la répression, c'est l'ordre donné à la police de faire usage de ses armes, qui ont fait le reste. Prétendre que ces émeutes étaient orchestrées de l'extérieur, que l'embrasement des autres ghettos n'était pas spontané, c'est joindre l'injure à l'insulte. C'est, en fait, vouloir ignorer que le feu couvait depuis longtemps, c'est refuser d'admettre l'iniquité de l'apartheid, c'est contester l'incontestable : la lèpre ronge la face de cette humanité blanche et aucune force au monde ne matera jamais le refus de l'Africain. Et plus implacable est la répression, plus sanglante et plus totale sera la prochaine manifestation du refus du Noir.»

Le Devoir (Québec, Canada), 21 juin 1976, p. 4.

Éditorial

«...All this provides a startling new backdrop for the forthcoming Vorster-Kissinger talks in West Germany. Until Soweto, the spotlight for the meeting had been on the racial problem in Rhodesia, which both men are anxious to see solved. But this latest clash inside South Africa inevitably underscores the severity and urgency of the racial problem there as well. All is not well at home for Mr. Vorster, much as he likes to take that stance. Though it can be argued that Soweto is an internal affair, most of the nations of the world are agreed that the apartheid policy which they condemn is an international concern. Dr. Kissinger condemned it anew during his recent African trip, and now it would be strange if this vexing subject did not arise during the Secretary of State's discussions with the South African Prime Minister. The one good result of the Soweto explosion, meanwhile, would be if it awakens white South Africans and their government to the imperative need for more changes and liberalization, rather than additional tightening up.»

The Christian Science Monitor (États-Unis), 18 juin 1976.

Gouvernance et gouvernement [ 16 juin 1976 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afrique du Sud
IntermédiaireNicolaas Johannes DiederichsBalthazar Johannes Vorster

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1971 - 1981



avril
1974
[Résultats] Élections législatives

juin
1976
Émeutes à Soweto en Afrique du Sud

novembre
1977
[Résultats] Élections législatives

juin
1981
[Résultats] Élections législatives


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