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11 janvier 2013

Intervention militaire française au Mali

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Amadou Toumani Touré

La progression des forces islamistes sur une partie grandissante du territoire malien incite la France à intervenir militairement. Son appui permet à l'armée du Mali de reprendre en quelques semaines la plupart des villes importantes du pays.

Le Mali vit dans l'instabilité depuis que les Touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad ont proclamé l'indépendance de cette région du nord en avril 2012. C'est dans ce contexte que le président Amadou Toumani Touré est renversé en mars par des militaires mécontents. Les Touaregs sont à leur tour menacés par leurs anciens alliés de l'Ansar Dine qui, avec d'autres groupes islamistes, veulent établir la charia (loi islamique) en Azawad et l'étendre au reste du pays. Leur succès inquiète à l'extérieur du Mali, entraînant une résolution des Nations unies (20 décembre) prévoyant la création d'une force internationale de soutien sous conduite africaine. Après s'être rendus maîtres des villes du Nord, les islamistes progressent vers la capitale Bamako. La prise de Konna, le 10 janvier, incite la France à déclencher l'opération Serval visant à les stopper et les repousser. Des frappes aériennes appuient les troupes maliennes qui reprennent l'initiative avec l'aide des Français, de soldats d'autres pays africains, des Touaregs, devenus leurs alliés, et du support logistique de l'Occident. Face à eux, les islamistes abandonnent plusieurs villes occupées au cours des derniers mois. À la mi-janvier, certains d'entre eux se rendent en Algérie et procèdent à une prise d'otages, impliquant plusieurs étrangers, qui se termine dramatiquement. La progression des Maliens et des Français, qui reprennent Tombouctou le 27 janvier, se poursuit néanmoins. Ces succès sont salués par un accueil chaleureux de la population et la présence, le 2 février, du président François Hollande. Des interrogations subsistent tout de même quant à la fragilité politique du Mali et à l'impact que risque d'avoir un déplacement des forces islamistes hors de ses frontières.

Pour en savoir plus: Discours du président français à la suite de l'intervention au Mali

Dans les médias...


Jean-Louis Arcand, « Ce qui attend la France au Mali, après les frappes »

«...Si l'accueil réservé aux troupes terrestres françaises au Mali est pour le moment chaleureux, qu'en sera-t-il d'ici à quelques mois, lorsque les premières « bavures », terrestres ou aériennes, se seront forcément produites? Certes, la feuille de figuier offerte par l'entrée sur le terrain des troupes ouest-africaines fournit une légitimité sous-régionale, même si leur efficacité militaire reste à démontrer. Il en est de même, du côté international, pour la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Mais nous sommes, je le répète, en Françafrique, et la présence de soldats français sur le sol sablonneux du Mali n'est pas une mince affaire: le symbole est fort, et potentiellement explosif. La question fondamentale qui se pose à tout observateur, comme moi, qui aime et le Mali et la France est la suivante: l'Elysée et, accessoirement, le Quai d'Orsay ont-ils d'ores et déjà établi une stratégie de sortie? Après l'expérience américaine en Irak et en Afghanistan, c'est la question qu'il faut se poser, et il n'est pas sûr que le tandem Hollande-Fabius ait une réponse. Dans le bourbier potentiel pour la France qu'est le Mali, une règle simple s'impose, celle des trois « D »: Dialogue, Démobilisation, Décentralisation, avec une emphase sur le premier des trois. »

Le Temps (Suisse), 22 janvier 2013.

Jean-Yves Moisseron, « La France au Mali, les ambiguïtés d'une intervention »

«...Les dernières années indiquent un affaiblissement inquiétant des structures étatiques maliennes. Il est illusoire de penser qu'une force extérieure, notamment celle de la France pourra aider ce processus. La France est la puissance coloniale qui a construit les frontières maliennes. Elle est la moins bien placée pour défendre l'héritage des frontières remis en cause aujourd'hui. C'est à se demander si le Soudan et sa partition ne seraient pas un exemple à suivre pour l'ancien Soudan français ? Autre ambiguïté : quel État et quel gouvernement la France soutient-elle au Mali ? Faut-il rappeler que l'actuel gouvernement malien résulte d'un arrangement après le coup d'État orchestré en mars 2012 et que sa légitimité est des plus fragiles ? Là encore, aucune puissance étrangère ne peut se substituer à la faiblesse des structures étatiques du Mali. Tous ces éléments ne visent pas à condamner l'intervention de la France pour arrêter la colonne des forces du Nord-Mali qui auraient pu aller jusqu'à Bamako. Cette intervention était à ce moment nécessaire. Mais protéger le Sud-Mali est une chose. Intervenir dans le Nord en est une autre. La plus grande prudence s'impose pour que les ambiguïtés ici évoquées ne se transforment pas en piège aux conséquences désastreuses. »

Libération (France), 15 janvier 2013, p. 22.

Franz-Olivier Giesbert, « Le Mali, l'Europe et la bicyclette »

«...En vertu de ce qu'on appelle les effets pervers, le Mali semblait condamné à devenir une victime collatérale de ce « printemps arabe » qui, en soulevant les couvercles autocratiques, a libéré des forces obscures, celles des rebelles touareg, des trafiquants de drogue, des terroristes d'Al-Qaeda qui circulent désormais entre les frontières poreuses d'Afrique du Nord. Il y a des mots qui ne devraient pas avoir droit de cité dans cette affaire : ainsi néocolonialisme et islamophobie. La France ne s'est rendue coupable ni de l'un ni de l'autre en cherchant à bouter hors du Mali la pègre qui, au nom d'Allah et de la charia, entendait mettre ce pays pacifique sous sa coupe, avec ses couteaux à amputer ou ses pierres à lapider. Fallait-il accepter que le Mali, sous prétexte qu'il était incapable de se défendre, soit rayé de la carte par des djihadistes surarmés ? Ils l'auraient aussitôt transformé en plateforme de combat contre les pays d'Afrique de l'Ouest, où, comme au Nigeria, ils ont de multiples relais. Des pays qui se sentaient directement menacés mais qui, faute de moyens et de munitions pour la plupart, tardaient à s'engager. La France n'a finalement fait que son devoir. La France, oui, mais l'Europe, non. »

Le Point (France), 24 janvier 2013, p. 5.

Bruno Charbonneau, « Guerre au Mali : que cache le consensus ? »

«...En réalité, l'urgence de la situation au 11 janvier dernier cache l'incapacité de l'action internationale à résoudre le conflit malien et à prévenir la guerre en 2012. Tous les experts appelaient à une action urgente, résolue et concertée, mais la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union africaine et les États de la région concernée ont procrastiné pour des raisons politiques (où chaque acteur cherche à se positionner avantageusement) et monétaires. L'ONU et les pays occidentaux, en particulier les membres permanents du Conseil de sécurité, ont ici leur part de responsabilité. Alors que les pays qui possèdent les moyens militaires et diplomatiques les plus efficaces ne voulaient pas intervenir directement, préférant une « solution africaine », les acteurs africains négociaient le prix (politique et monétaire) de prendre la responsabilité d'envoyer des troupes, révélant ainsi les limites de cette division du travail entre les décideurs bailleurs de fonds (occidentaux) et les fournisseurs (africains) de troupes. L'intervention de la France atteste, de fait, l'échec du système international de prévention et de résolution de conflit. »

Le Devoir (Québec, Canada), 17 janvier 2013, p. A9.

Paul Collier, « The West has let negligence in the Sahel turn into a nightmare »

«...Victory for the Islamists was within reach and would have turned Mali into a second Somalia. Realising this, Paris pressed the panic button and sent in troops. Beggaring belief, the US has still not authorised military support, so the French are on their own. This makes their intervention fraught - as Libya showed, Europe lacks the military depth to mount the sophisticated intelligence and logistics required. Yet France had little choice. Had Mali become a second Somalia, the political and economic costs would have been horrendous. Even in narrowly economic terms, Somali piracy costs the global economy about $2bn a year - 30 times the total ransoms paid. For Mali, as the raid in Algeria shows, the Sahara is the Indian Ocean, and the oil and gas facilities are the tankers - the costs could be higher. The west has blundered so badly that it is in no position to condemn Algeria for taking tough action against kidnappers. The western approach in Somalia of surreptitiously paying ransoms turns rats into tigers. »

Financial Time (Royaume-Uni), 21 janvier 2013, p. 9.

Gouvernance et gouvernement [ 11 janvier 2013 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Mali
TransitionDioncounda TraoréDiango Cissoko

France
ÉlevéFrançois HollandeJean-Marc Ayrault

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Intervention militaire française au Mali

juillet
2013
[Résultats] Élection présidentielle


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