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28 mai 2013

Mouvement de contestation populaire en Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Place Taksim

L'éventuelle disparition d'un parc d'Istanbul suscite une mobilisation que les policiers répriment sévèrement. Cette réaction provoque d'importantes manifestations populaires au cours desquelles s'expriment différentes récriminations à l'endroit du gouvernement turc.

En avril 2013, la contestation s'organise en Turquie contre le projet de conversion du parc Taksim Gezi, à Istanbul, qui céderait la place à un bâtiment spacieux comprenant un centre commercial et des appartements. Quelques dizaines de personnes occupent l'endroit lorsque, le 28 mai, les policiers les chassent avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes. Cette intervention musclée suscite de l'indignation, incitant des milliers de personnes à envahir la place Taksim, à proximité du parc qui est occupé de nouveau à partir du 1er juin. Des parallèles sont tracés entre ces rassemblement populaires et ceux qui ont marqué le printemps arabe de 2011. La violence policière est dans la mire des manifestants, parmi lesquels on retrouve des gens de droite et de gauche. Leurs revendications débordent toutefois cet enjeu et touchent une multitude de thèmes politiques - désir d'une plus grande liberté de presse et d'expression, inquiétude face aux liens entre l'État et la religion islamique, etc. Directement interpellé, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en poste depuis 2003, tient un discours ferme et réaffirme sa volonté d'aller de l'avant avec le projet initial. La violence reprend au cours du mois de juin, la contestation faisant tache d'huile à travers le pays où se multiplient grèves et manifestations. Quelques morts sont signalés ainsi que des milliers de blessés et d'arrestations. Il s'agirait de la plus forte mobilisation contre le gouvernement turc depuis plusieurs décennies. Au-delà de la question du parc Taksim Gezi, cette protestation reflète, selon les analystes, les craintes d'une partie de la population face à une baisse des libertés sous Erdogan, la corruption observée sous son régime ainsi que le sentiment que celui-ci a un agenda islamiste camouflé.

Dans les médias...


Marc Semo, « Une révolte cousine des Indignés plutôt que des printemps arabes »

«...Nombre d'intellectuels opposants dénonçaient de longue date la «poutinisation» de l'homme fort de la Turquie, plus encore que l'islamisation rampante des institutions de la République fondée par Mustafa Kemal sur les décombres de l'Empire ottoman. C'est avant tout l'autoritarisme croissant du Premier ministre qui a déclenché la révolte. Fondateur et leader charismatique de l'AKP, au pouvoir depuis novembre 2002, Recep Tayyip Erdogan règne sans partage sur un parti islamo-conservateur qui contrôle tous les leviers du pouvoir après avoir mis l'armée au pas. «Taksim est Tahrir», clamaient hier les manifestants. Au-delà du slogan, il n'y a pourtant guère de point commun. En dix ans de pouvoir AKP, le revenu moyen des Turcs a triplé, et le gouvernement a utilisé l'Europe et l'espoir qu'elle suscitait pour casser les structures autoritaires du vieil État kémaliste. Par trois fois, en outre, améliorant à chaque fois son score, l'AKP a remporté haut la main les élections face à une opposition de gauche laïque manquant autant de vision que de leadership. »

Libération (France), 3 juin 2013, p. 3.

Jacques Attali, « La fragilité du modèle occidental »

«...Plus généralement, c'est le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan qui est contesté, accusé de dérives autoritaires et d'une instrumentalisation de la religion au mépris de la laïcité. La foule se dresse aussi contre le maire d'Ankara, qui demande aux citoyens d'« adopter un comportement conforme aux valeurs morales », et contre les velléités de modification de la Constitution devant permettre à Erdogan de devenir président de la République. On découvre à cette occasion que le miracle turc est bien fragile, que le chômage augmente, que le pays est invivable pour une large partie de la population et que la croissance économique désordonnée crée des frustrations de toute nature. (...) Dans ces deux cas (Suède et Turquie), des pays en apparence exemplaires sont confrontés, dans des situations inverses, au défi de la modernisation de l'islam. Au-delà de ce point commun, les deux vrais problèmes de fond, en Suède comme en Turquie, sont l'urbanisation et l'éducation, de plus en plus inégales. Des villes entières sont des taudis, des zones de non-droit et de chômage. Des classes sociales dans leur globalité n'ont plus un accès minimal à l'école. Ces deux difficultés ne sont pas spécifiques à la Suède et à la Turquie : la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Allemagne et la France, entre autres pays, les affrontent aussi, et feraient bien de s'en préoccuper, avant que des événements du même genre ne viennent les leur rappeler. »

L'Express (France), 5 juin 2013, p. 162.

Nilüger Göle, « Le jardin Gezi occupé voit refleurir la liberté »

«...Il faut chercher le sens de la protestation dans son moment originel. Défendre quelques arbres dans le jardin public Gezi à Istanbul n'est pas qu'un simple prétexte de contestation politique. Le projet de destruction du jardin au profit de la construction d'un centre commercial a éveillé une nouvelle conscience critique. L'occupation de Gezi exprime la résistance à l'égard du mode d'aménagement urbain en cours depuis les dix dernières années. En Turquie, le capitalisme s'incarne dans les centres commerciaux, devenus les symboles concrets de ce capitalisme global et financier qui échappe à l'emprise du citoyen. Le riverain turc, enthousiaste au début de l'essor économique, est aujourd'hui critique face à l'insatiabilité du consumérisme qui détruit l'environnement urbain, le vivre-ensemble et la place publique. Raser, transformer le jardin Gezi en lieu de consommation signifie, aux yeux des habitants, la confiscation de la place publique par le capitalisme privé. Au moment où le tabou sur le génocide arménien tombe, où il est question de faire la paix avec les nationalistes kurdes, où l'armée s'est retirée de la vie politique, ce mouvement annonce la nécessité d'une nouvelle culture publique de reconnaissance et de rassemblement. L'avenir de la démocratie en Turquie réside dans le credo de ce mouvement, qui appelle le pouvoir à tenir sa langue, à contenir sa volonté d'intrusion morale et à bannir la violence. »

Le Monde (France), 7 juin 2013, p. 18.

François Brousseau, « Dérive autoritaire »

«...Faut-il en déduire qu'un « printemps turc » est en marche, que la place Taksim sera bientôt la place Tahrir, et que les jours au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan sont maintenant comptés ? Pas sûr... Après trois mandats comme premier ministre, M. Erdogan ambitionne d'occuper en 2014 une présidence renforcée par le suffrage universel. Hors des grandes villes et des milieux intellectuels, l'homme est toujours très populaire. Sa personnalité cassante, ses manières autocratiques, son islamisme militant qui ne se cache plus, inquiètent à bon droit les tenants de l'État laïque et de la liberté d'expression. Mais il reste sans doute capable de réunir sur son nom la moitié des suffrages. D'où son extraordinaire arrogance des derniers jours. Il n'empêche : si la Turquie, terre d'élections libres, devait évoluer vers une autocratie intolérante et puritaine, où l'on ne peut plus s'afficher athée ou s'embrasser en public, ce serait une nouvelle pierre dans le jardin de ceux qui voulaient croire en un Islam « démocratiquement compatible ». »

Le Devoir (Québec, Canada), 3 juin 2013, p. B1.

S.A., « Turkey's Upheaval : Descent into confrontation »

«...In truth the protesters defy labels. There are greens, gays, anarchists, Kurds, Alevis and lots of women. Nearly all are fed up with Mr Erdogan's efforts to impose his social conservatism on the country, with little regard for the half of the Turkish electorate that has never voted for AK. « They are the first generation to take to the streets for individual liberties rather than collective rights, » comments Aykan Erdemir, a member of parliament for the main opposition secular Republican People's Party (CHP). Mr Erdogan's pugilistic style has served him well in his previous battles against the army and the judiciary. Over the past week he has also cloaked himself in martyrdom with rousing speeches about the persecution of the pious by Turkey's erstwhile secular rulers. Jenny White, an anthropologist at Boston University and an expert on Turkey, argues that « those who think he has lost his cool and is reacting blindly may find that this crackdown is Erdogan's pragmatic strategy to shut down the protests once and for all. » But can it work? One big reason for Mr Erdogan's enduring popularity is his successful management of the economy. His polarising tactics may rally his base, but they appear to be spooking investors at a time when the economic outlook had already darkened. And behind his bravado is a worry about the future. »

The Economist (Royaume-Uni), 15 juin 2013.

Gouvernance et gouvernement [ 28 mai 2013 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
ÉlevéAbdullah Gül Recep Tayyip Erdogan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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