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3 juillet 2013

Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohamed Morsi

Un peu plus d'un an après son accession à la présidence de l'Égypte, Mohamed Morsi est renversé à la suite d'un ultimatum provenant des militaires. Ce geste survient après plusieurs journées de manifestations populaires à travers le pays.

L'élection du Parti liberté et Justice, puis celle de Mohamed Morsi à la présidence, en 2012, marquent des étapes importantes dans l'évolution de la démocratie égyptienne. Plusieurs décisions prises par la suite suscitent cependant des protestations. La déclaration constitutionnelle du 22 novembre, le décret du 8 décembre sur les pouvoirs présidentiels et le référendum des 15 et 22 décembre, favorable à une Constitution plus « islamiste », alimentent la méfiance de ceux qui s'inquiètent de l'influence grandissante des Frères musulmans. Une situation économique difficile contribue aussi à la grogne qui mène, en avril 2013, à la mise sur pied du mouvement Tamarod. Souhaitant le départ de Morsi et la tenue d'élections, celui-ci fait circuler une pétition à cet effet qui aurait recueilli des millions de noms. À l'approche du premier anniversaire au pouvoir de Morsi, le 30 juin, la protestation prend de l'ampleur. Des millions d'Égyptiens envahissent les rues et la place Tahrir, lieu de rassemblement du printemps arabe de 2011. Le 1er juillet, l'armée somme Morsi de quitter. Clamant sa légitimité, il rejette cet ultimatum. Le 3 juillet, les militaires annoncent que le président est renversé et arrêté, et que la Constitution est suspendue. Le juge en chef de la Cour suprême, Adli Mansour, assume la présidence par intérim alors que l'ex-directeur général de l'Agence internationale atomique, Mohamed El Baradei, devient vice-président et que l'économiste Hazem El Beblawi est nommé premier ministre. Les pro-Morsi sont dans la mire des militaires qui procèdent à des arrestations, promettant le retour à la stabilité et la tenue éventuelle d'élections. Bien qu'accueilli positivement par les dirigeants occidentaux, ce renversement d'un gouvernement élu laisse toutefois les analystes perplexes quant à l'avenir de la démocratie égyptienne.

Dans les médias...


Bernard Rougier, « L'Égypte frappée d'instabilité structurelle ? »

«...en une seule année, Mohammed Morsi a mécontenté tour à tour les diverses composantes à l'origine de la chute de Moubarak. Par sa « déclaration constitutionnelle » du 22 novembre 2012, il s'est arrogé tous les pouvoirs en immunisant ses décisions contre un recours devant la Haute Cour constitutionnelle. Avec la nomination d'un nouveau procureur général islamiste, il a fini de s'aliéner les libéraux, déjà choqués par l'adoption d'une Constitution instituant un organe religieux de vérification de la conformité des lois à la charia. En interdisant « l'insulte et la résistance aux autorités », il favorisait chez la jeunesse l'idée que le pouvoir avait changé de nom, mais pas de méthodes. Les milieux syndicalistes, soupçonnés d'entraver la production nationale, n'étaient pas mieux lotis. (...) La pétition de Tamarod (rébellion) a catalysé ce mécontentement, sur fond d'aggravation du prix de l'essence et du diesel. L'intransigeance de Morsi face aux demandes populaires, de même que le refus d'un référendum sur la poursuite de son mandat (la proposition émanait du général al-Sissi) a entraîné sa destitution. Ce qui a fait la puissance du mouvement anti-Morsi - une coalition d'intérêts réunis par une hostilité commune à une présidence jugée autoritaire et incompétente - est aussi ce qui en fait sa faiblesse, au regard de la multiplicité des demandes sociales et du heurt des principes de légitimité. Des décennies de pouvoir autoritaire ont ainsi ouvert la voie à une instabilité chronique et structurelle. »

Le Figaro (France), 12 juillet 2013.

Addi Lahouari, « Égypte : entre compromis stérile et régression féconde »

«...Tout ceci renvoie à une phase historique chaotique marquée par des contradictions profondes qui se sont révélées publiquement avec force après la chute des régimes autoritaires. Ces derniers, par la répression, et aussi par des concessions simultanées aux aspirations utopiques des islamistes et aux désirs de modernité des classes moyennes, étaient arrivés à figer les sociétés arabes dans un compromis qui niait les contradictions idéologiques qui les minaient. Le coup d'État du général Abdel Fatah al-Sissi exprime une volonté de revenir à ce compromis mortel qui empêche la société d'affronter sa réalité historique et d'évoluer d'une manière ou d'une autre. Le communiqué déposant Mohamed Morsi a considéré celui-ci comme le représentant d'une sensibilité idéologique de la société égyptienne et non comme le président élu, chef suprême des forces armées. Encouragés par les manifestations de l'autre sensibilité idéologique, les militaires ont préféré revenir au compromis qui fait des concessions aux islamistes et aux libéraux, refusant d'aller au bout de la construction d'un champ politique régulé par l'alternance électorale. Depuis l'élection de Morsi, les islamistes ont déçu une partie de leur électorat, mais est-ce une raison pour opérer un coup d'État ? En démocratie, il y aura toujours deux peuples opposés : celui comptant 51% et celui comptant 49%. Le compte se fait par les urnes et non lors des manifestations, fussent-elles impressionnantes. »

Libération (France), 12 juillet 2013, p. 18.

Vincent Hugueux, « Frères et faux-frères »

«...Au fond, Morsi l'ingénieur a perdu le pouvoir sans l'avoir jamais vraiment exercé. Coincé entre le marteau de l'adversité et l'enclume de son incompétence, alliage de dogmatisme, d'archaïsme et d'inexpérience. Nul doute que le raïs barbu et les siens ont creusé le piège où leur vieux rêve a basculé. Ils ont voulu croire que la courte victoire électorale de juin 2012, aux dépens du favori de l'establishment militaire, Ahmed Chafik, ancien Premier ministre de Moubarak, valait blanc-seing. Lors d'une ultime adresse à la nation, la veille de son éviction, le président en sursis asséna près de 200 fois le mot « légitimité ». Comme si ce mantra légaliste devait suffire à l'immuniser ad vitam aeternam contre un désaveu populaire dont, au demeurant, ni lui ni ses compagnons n'ont saisi l'ampleur. Les rebelles massés place Tahrir et ailleurs ? Tous des feloul (résidus) nostalgiques de l'ère Hosni Moubarak, ou de jeunes mécréants pervertis par la propagande occidentale, jouets d'un vaste complot contre la vraie foi. Très vite, devant l'obstacle, le masque de la rondeur bonhomme tombe. »

L'Express (France), 10 juillet 2013, p. 52-54.

Jocelyn Coulon, « Retour à la case départ »

«...Dans son éditorial sur la crise en Égypte, le quotidien Le Monde écrit que « ce n'est pas un quarteron de généraux isolés qui a mis fin au mandat de Morsi. Encouragée par la mobilisation populaire, l'armée a agi avec l'appui des principales forces religieuses du pays, d'une bonne partie de l'opposition, y compris salafiste, et de l'institution judiciaire. » C'est juste. Et alors? Cette unanimité n'a rien de rassurant. Au Chili, en 1973, le général Augusto Pinochet, nommé par Salvador Allende, qui le croyait apolitique, le renverse dans un sanglant coup d'État. Les partis de droite, majoritaires dans l'électorat, les forces armées, le cardinal-archevêque, les grands médias, une majorité de la population le félicite pour avoir « sauvé » le Chili du communisme. On connaît la suite. L'Histoire ne se répète pas, et l'Égypte n'est pas le Chili. Pour autant, souligner le caractère « unanime » de l'opposition à Morsi fait fi des vraies questions. La première est que les Frères musulmans ont gagné les scrutins. Ils ont la légitimité pour eux, n'en déplaise aux opposants. La deuxième porte sur le processus de retour à la démocratie. Qui réécrira les règles, et au profit de qui? Morsi pourra-t-il se représenter? Et les Frères musulmans? Deux ans après la révolution, l'Égypte est de retour à la case départ. »

La Presse (Québec, Canada), 5 juillet 2013, p. A13.

Roula Khalaf, « Egypt's unravelling threatens the democratic experiment »

«...Is this the end of the so-called Arab spring? Probably not. Revolutions produce chaos long before stability and new tyranny before democracy. Change in the Arab world, with its tumultuous colonial history and its cultural and ethnic complexities, was never likely to follow a straight path. In this region, since the lid of authoritarianism has been lifted, political struggles have played out not over social or economic programmes but over identity and the role of religion. Battle lines have been drawn, and they have pitted Islamist against liberal in homogeneous societies, and one sect against another in multi-ethnic countries. The new order, albeit more democratic, will remain febrile unless the common goal of building a nation transcends identity allegiances. It is worth remembering, however, that the revolutions erupted against a backdrop of weak, failing economies - and political transitions have received only a trickle of international financial support. The expectations of the young of economic empowerment have been thwarted as unemployment has soared, and living conditions deteriorated. Unlike eastern Europe, Arab countries have not benefited from the political model, the economic anchor or the prospect of integration offered by the EU. »

Financial Times (Royaume-Uni), 12 juillet 2013.

Gouvernance et gouvernement [ 3 juillet 2013 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
TransitionAdli Mansour Hisham Qandil

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juin
2014
[Résultats] Élection présidentielle


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