Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 avril 2018

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3 septembre 1999

Ouverture du huitième Sommet de la Francophonie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Boutros Boutros-Ghali

La diversité culturelle et la question des droits de l'homme sont au coeur de ce Sommet des pays ayant le français en partage qui se déroule pour la deuxième fois au Canada, soit à Moncton, au Nouveau-Brunswick. La jeunesse en est le thème principal.

Dans la foulée du plan d'action adopté lors du Sommet de Hanoï, en 1997, les représentants de 49 pays souhaitent que la visibilité du secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Boutros Boutros-Ghali, s'accentue. Ils veulent aussi réformer et rendre plus efficaces les agences chargées de mettre en oeuvre la coopération au sein de la Francophonie. La défense de la diversité culturelle, un thème récurrent de ces sommets, est également abordée. Des délégués expriment leur préférence pour que les questions culturelles soient discutées à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), plutôt que lors des rencontres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). On souhaite d'ailleurs une concertation entre les membres afin d'établir une position commune lors du sommet de l'OMC prévu à Seattle plus tard en 1999. L'autre grand thème est celui des droits de l'homme. Français et Canadiens restent divisés quant à la pertinence de sanctionner les pays contrevenant à la démocratie, la France privilégiant la persuasion aux mesures coercitives. Des manquements aux libertés fondamentales sont néanmoins soulignés (Togo, République démocratique du Congo, etc.). Concrètement, les participants s'entendent pour tenir un symposium à Bamako, au Mali, en 2000, afin de faire un « bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone ». L'idée d'un Observatoire des droits de l'homme, déjà avancée à Hanoï deux ans auparavant, est également relancée. Pour sa part, le président français Jacques Chirac réitère sa volonté de voir ratifié le statut de Rome créant une Cour pénale internationale. Enfin, un sommet alternatif se déroule en même temps que celui des pays ayant le français en partage. Il est mis sur pied par des Organisation non gouvernementales.

Dans les médias...


Claire Trean, « La francophonie ne veut plus apparaître comme une « forteresse assiégée » par l'anglais »

«...Le président libanais, Emile Lahoud, a confirmé, dimanche 5 septembre, lors de la clôture du sommet de la francophonie de Moncton (Nouveau-Brunswick), que la prochaine réunion des dirigeants des pays membres de l'Organisation internationale de la francophonie se tiendra à Beyrouth en 2001 sur le thème du « dialogue entre les cultures ». Le choix de ce thème reflète à lui seul un certain renouveau de la francophonie, qui ne veut plus apparaître comme une forteresse assiégée par la langue anglo-américaine mais cherche à se donner une image de dynamisme et d'ouverture. L'heure n'est plus aujourd'hui à la défense dogmatique et exclusive du français mais à un combat qui, celui-là, n'est pas perdu d'avance, pour le plurilinguisme et la diversité culturelle. (...) Cette redéfinition est en cours depuis plusieurs années et inspire déjà, dans l'ordre du concret, des programmes de coopération culturelle dans des régions du monde où le français n'est plus et ne redeviendra pas une langue d'usage courant. Mais c'est une mutation d'une autre nature qui a été amorcée à Moncton. Si elle se confirme, ce qui n'est pas encore certain, c'est elle qui aura raison des scepticismes et qui garantira l'avenir de la francophonie. Il s'agit de démontrer que cette organisation sert aussi au développement de la démocratie et des libertés fondamentales. »

Le Monde (France), 7 septembre 1999, p. 6.

Paul Guilbert, « La « force tranquille » de la francophonie »

«...La querelle théorique sur l'application des droits de l'homme s'est résolue en compromis. Chirac, qui refusait l'idée de sanctions, a néanmoins reconnu que la francophonie était un « club » dont il fallait respecter les « règles ». Sa proposition de créer un « observatoire de la démocratie », dont le Canada et le Québec ne voulaient pas à l'origine, a été adoptée sous le nom plus lénifiant de « missions d'observation » ou de « fonction d'observatoire » : mais la chose y est, avec le sceau légitime de la francophonie. (...) En fin de compte, la défense de la « diversité culturelle » apparaît comme le thème identitaire et mobilisateur de la francophonie. En prévision du prochain sommet de l'Organisation mondiale du commerce, à Seattle, on décide de se hâter : il y aura une concertation francophone pour s'opposer à l'assimilation économique des biens et des services culturels. Voilà la pierre de touche de la francophonie, érigée en groupe de pression politique international : c'est pour cela que le Vietnam la soutient ardemment, que les Africains en ont un besoin vital, que l'Albanie et la Macédoine, la Slovénie, la Lituanie et la République tchèque y entrent comme associés ou observateurs, que la Slovaquie et l'Ukraine veulent y entrer. Les valeurs de la singularité, sans contradiction avec celles de la démocratie, y paraissent les plus urgentes à défendre. »

Le Figaro (France), 6 septembre 1999, p. 4.

S.A., « Francophonie et libertés »

«...Si on faisait du respect des libertés fondamentales un critère d'appartenance à l'Organisation de la francophonie, cette dernière cesserait tout simplement d'exister. Contrairement à un credo tricolore qui promeut la France et, partant, sa langue, en symboles d'universalité, l'appartenance à la francophonie n'est aucunement une garantie de respect des libertés fondamentales. Le pouvoir de coercition de l'Organisation est faible : qu'elle mette trop ostensiblement en cause tel ou tel régime et c'est lui qui menacera de se détourner. Le poids économique de l'Organisation francophone n'est pas déterminant. Son poids politique peut-il l'être davantage ? Sur ce dernier point, une évolution est en cours, en grande partie grâce à la pression des ONG. Le thème des droits de l'homme, si longtemps tabou dans les relations de la France avec son « pré carré », a en effet largement éclipsé à Moncton le thème officiel du sommet, à savoir la jeunesse. M. Boutros-Ghali, qu'on sait timoré sur ce sujet, s'est senti obligé d'y insister. M. Chirac est allé plus loin que jamais, en convenant qu'à terme, les violations des droits de l'homme doivent devenir un motif d'exclusion de l'Organisation de la francophonie. Mais on n'en est pas encore là. »

Le Monde (France), 5 et 6 septembre 1999, p. 11.

Bernard Descôteaux, « Le réveil de la Francophonie »

«...À défaut d'un virage radical, un pas important a toutefois été franchi à Moncton. Pour la première fois de l'histoire de cette organisation, on a débattu ouvertement de la question des droits de la personne. Les chefs d'État et de gouvernement délinquants ont ainsi été forcés d'entendre les reproches et les appels qu'on leur a adressés directement comme l'a fait avec courage Anne-Marie Kabongo en interpellant Laurent-Désiré Kabila et ses semblables. Le silence obscène qu'on observait au sein de la Francophonie à l'endroit de leurs exactions est enfin brisé. Ce premier pas devrait, et c'est ce qui est à retenir, être suivi d'une série d'autres gestes qui, s'ils se concrétisent, pourraient constituer une avancée significative. Des engagements ont été pris et si l'Agence internationale de la Francophonie joue bien ce nouveau rôle d'observatoire de la démocratie des droits humains qu'on lui a confié, il se créera une pression nouvelle sur les dictatures qui sera encore plus grande si la Francophonie appuie activement la Cour pénale internationale. Prenons acte de cette volonté de ne plus « s'accommoder (...) d'atteintes aux droits de l'homme et à la démocratie », dans la mesure où il s'agit véritablement d'une première étape. »

Le Devoir (Québec, Canada), 7 septembre 1999, p. A6.

Michel David, « La farce tranquille »

«...Pour ceux qui croupissent actuellement dans les prisons de Kinshasa ou qui se font massacrer dans la région des grands lacs africains, le sommet de Moncton n'aura strictement rien changé. La Déclaration finale sur laquelle se sont entendus les participants aura surtout permis de mesurer l'impuissance de cet assemblage hétéroclite qu'est la Francophonie, où on déroule le tapis rouge devant un Laurent Désiré Kabila. «L'opinion publique ne comprendrait pas que la Francophonie ne soit pas plus exigeante dans le domaine de la démocratie et des droits de l'homme. Ce sont des impératifs catégoriques», disait son secrétaire général, Boutros Boutros-Ghali. Que doit-on comprendre aujourd'hui? Qu'on s'est payé notre tête? «Nous ne cherchons pas le spectaculaire. La Francophonie, c'est une force tranquille», a réussi à déclarer sans rire le président français, Jacques Chirac. Tranquille, la Francophonie l'est assurément, mais elle tient davantage de la farce que de la force. Voilà, au chapitre des droits de la personne, le sommet de Moncton n'aura finalement été qu'une farce tranquille, une farce plate. Dans son discours d'ouverture, vendredi dernier, le premier ministre Chrétien assurait pourtant que cette question allait constituer «le coeur de notre mission politique». En réalité, peu importe les paroles ronflantes de ses dirigeants, l'impuissance de la Francophonie est inscrite en toutes lettres dans sa charte constitutive. »

Le Devoir (Québec, Canada), 7 septembre 1999, p. A1.

Gouvernance et gouvernement [ 3 septembre 1999 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Canada
ÉlevéRoméo LeblancJean Chrétien

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1994 - 2004



octobre
1995
Tenue d'un référendum sur la souveraineté du Québec

juin
1997
Réélection au Canada du Parti libéral de Jean Chrétien

juin
1997
[Résultats] Élections législatives

septembre
1999
Ouverture du huitième Sommet de la Francophonie

novembre
2000
Réélection au Canada du Parti libéral de Jean Chrétien

novembre
2000
[Résultats] Élections législatives

juin
2004
Élection au Canada du Parti libéral de Paul Martin

juin
2004
[Résultats] Élections législatives


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