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2 février 2014

Tenue d'élections législatives en Thaïlande

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Yingluck Shinawatra

La contestation à l'endroit du gouvernement incite la première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, à déclencher des élections législatives anticipées le 2 février 2014. Elles se déroulent dans un climat chaotique, particulièrement dans la capitale Bangkok, forçant même la tenue d'un retour aux urnes dans des régions fortement perturbées.

Au pouvoir depuis 2011, la première ministre Yingluck Shinawatra et son parti Pheu Thai soulèvent une polémique en 2013 en déposant un projet de loi amnistiant d'anciens membres du gouvernement accusés d'actions répressives alors qu'ils étaient en fonction. L'un d'eux est le frère de Shinawatra, Thaksin, un ex-premier ministre renversé en 2006 qui vit en exil. L'annonce soulève un tollé, avant que le Sénat ne rejette le projet de loi le 11 novembre 2013. Loin de s'estomper, la colère populaire continue toutefois de s'exprimer dans les rues, particulièrement celles de la capitale - « opération Occupy Bangkok » - , et dans le sud du pays. Elle devient une remise en question plus large de la première ministre et de la démocratie thaïlandaise. Le Parti démocrate, principale formation d'opposition, fait un coup d'éclat le 8 décembre alors que ses 153 députés démissionnent en bloc. En réaction, Shinawatra annonce des élections anticipées pour le 2 février 2014. La violence se poursuit tout de même et, le 21 janvier, l'état d'urgence est décrété pour 60 jours dans Bangkok et les alentours. Un imposant déploiement de sécurité n'empêche pas la perturbation du vote à cet endroit et dans le sud, incitant l'opposition à réclamer l'invalidation des résultats. Le scrutin devra d'ailleurs être repris dans plusieurs régions. En revanche, la popularité du Pheu Thai et de la première ministre demeure élevée dans les autres régions du pays. Bien que toujours active, la contestation perd un peu de son mordant après le vote. Accusée d'avoir ignoré la corruption liée à une controversée politique gouvernementale d'achat de riz à des cultivateurs, Shinawatra n'est cependant pas au bout de ses peines. Destituée par la Cour constitutionnelle le 7 mai, elles est emprisonnée quelques jours plus tard, après la prise du pouvoir par les militaires.

Dans les médias...


Richard Werly, « En Thaïlande, des élections impuissantes face à la crise »

«...Vue de l'extérieur, cette nouvelle crise politique thaïlandaise est particulièrement byzantine. Dans ce pays considéré comme l'un des plus touristiques du monde, où la démocratisation des moeurs politiques est réelle depuis les années 1990, les apparences en ce dimanche électoral sont plus trompeuses que jamais. En surface, tout est plutôt calme, malgré les éruptions de violence isolées à Bangkok qui, si elles se propagent, changeraient évidemment la donne. Les adversaires acharnés de Mme Shinawatra avaient proclamé une tactique officielle de revendication non violente, promettant samedi d'organiser un « pique nique » dominical de protestation, sans empêcher les électeurs d'accéder aux urnes. Ils ont promis ce dimanche soir de fermer à nouveau plusieurs intersections de la capitale et des groupes veulent perturber la centralisation des bulletins de vote. Dans les faits, en revanche, la peur d'un affrontement est patente. D'abord, parce que les divisions sont de plus en plus fortes dans ce pays bouddhiste habitué au consensus, où la figure du révéré Roi Bhumipol a dans le passé toujours servi de rassembleur. Ensuite parce que ni l'un, ni l'autre camp, ne paraissaient à l'orée des élections prêts à la moindre concession. »

Le Temps (Suisse), 2 février 2014.

Sébastien Falletti, « L'opposition thaïe prend les urnes en otage »

«...Dans ce climat de peur, la participation est tombée à un niveau record de moins de 25 % dans la capitale même dans les quartiers fidèles au parti Pheu Thai de Yingluck. « D'habitude, elle est de 70 %. Les électeurs restent chez eux car ils jugent que ce scrutin sera caduc » , explique la chef du bureau 38 de Ban Khun Tien, au sud de la mégalopole. Un succès pour les manifestants qui ont fait campagne contre le vote sous le slogan « La réforme avant les élections ». Et exigent l'établissement d'un comité du peuple non élu afin de mettre en place des réformes. Un discrédit pour Yingluck qui a tenté de mobiliser ses troupes jusqu'à la dernière minute en appelant le matin même les Thaïs à se rendre aux urnes pour « protéger la démocratie ». Pari manqué, puisque la participation s'annonce faible même dans le nord du pays, bastion du clan Shinawatra. Elle avoisinerait les 50 % seulement dans les campagnes de l'Issan, pourtant chasse gardée des « rouges ». Le vote qui devait permettre à Yingluck de sortir de la crise par le haut voit au contraire la Thaïlande s'enfoncer dans l'impasse politique. »

Le Figaro (France), 3 février 2014, p. 5.

Bruno Philip, « Les élections thaïlandaises ne permettent pas de sortir le pays de la crise politique »

«...Le résultat du vote n'est pas en cause : le Pheu Thai (« Pour les Thaïlandais »), parti au pouvoir, est assuré de la victoire non seulement en raison du boycottage du scrutin par le Parti démocrate, qui soutient les manifestants, mais aussi parce que les provinces soutenant « Yingluck » pèsent d'un poids plus lourd sur le plan démographique. Si le Parti démocrate s'était présenté, il était assuré de perdre, lui qui n'a pas réussi à remporter un scrutin depuis une vingtaine d'années. Rien ne permet d'envisager une issue à la crise. D'un côté, les protestataires semblent prêts à ne pas désarmer pour en finir avec le « clan » des Shinawatra, Yingluck et surtout son frère Thaksin, ancien chef de gouvernement aujourd'hui en exil, qui est accusé d'avoir mis en place un système de corruption généralisée, et dont l'actuel gouvernement est l'ultime avatar. De l'autre, un gouvernement certes affaibli, mais qui soutient avoir la légitimité des urnes et le soutien des provinces les plus défavorisées, dont l'ancien premier ministre Thaksin avait contribué à l'élévation du niveau de vie. Pour l'instant, en tout cas, le putsch tant redouté dans ce pays du « coup d'État permanent » n'a pas eu lieu. »

Le Monde (France), 4 février 2014, p. 4.

Kate Hodal, « Opposition demonstrators clash violently with pro-government « red shirts » in Thailand's capital ahead of today's snap election called by the prime minister »

«...Much of the continuing battle has been painted as a simple north versus south, rich versus poor, divide, in which the mainly urban Bangkok elite and southern states are competing for power against the mainly rural north and north-east voters who support Thaksin. But a growing dissatisfaction with the government's handling of various policies, including the rice-subsidy plan, has seen protesters include many groups, with demonstrations taking place even in red shirt strongholds in northern provinces, where farmers' networks have blockaded roads and vowed to boycott the vote in order to voice their dissatisfaction with Yingluck's government. « The government took our rice and never paid us, » said Kittisak Rattanawaraha, who leads the Northern Farmers Network in Pichit, where pro-Thaksin forces have long set politics. « We've been airing our grievances for months, but the government hasn't paid serious attention to our plight - so we will not be voting on Sunday. » Various other groups - including academics, businessmen and politicians - also claim their frustration with the government, claiming that they have been embarrassed by Thaksin's « greed » for money - and, by default, his sister's stance as a so-called puppet in her brother's party, whose slogan reads « Thaksin thinks; Puea Thai does ». »

The Observer (Royaume-Uni), 2 février 2014.

Gouvernance et gouvernement [ 2 février 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Thaïlande
IntermédiaireBhumibol Adulyadej (Rama IX)Yingluck Shinawatra

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



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2011
Inondations destructrices en Thaïlande

juillet
2011
[Résultats] Élections législatives

février
2014
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

octobre
2016
Décès du roi de Thaïlande, Rama IX (Bhumibol Adulyadej)


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