Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 octobre 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

22 février 2014

Renversement du président ukrainien Viktor Ianoukovytch

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Viktor Ianoukovytch

Un mouvement de protestation engendré en novembre 2013 en Ukraine est à l'origine de manifestations d'envergure dirigées contre le président Viktor Ianoukovytch. Le 22 février 2014, le Parlement adopte sa destitution à l'unanimité, provoquant son départ et l'annonce d'élections pour le mois de mai.

Au pouvoir depuis 2010, le président Viktor Ianoukovytch soulève l'ire d'une partie de ses compatriotes en novembre 2013 lorsqu'il annonce la suspension d'une entente renforçant les liens de l'Ukraine avec l'Union européenne (UE). Des manifestants prennent la rue pour contester cette décision perçue comme une volonté de se rapprocher davantage de la Russie. Fortement appuyés dans Kiev, la capitale, et dans l'ouest du pays, ceux-ci étendent leurs revendications, dénonçant le président, la corruption de son régime et la répression policière. Le 1er décembre, une foule immense envahit le square de l'indépendance (Maidan Nezalezhnosti), la plus importante depuis la révolution orange de 2004. Malgré l'engagement par le président russe Vladimir Poutine d'une aide financière accrue ainsi que d'une entente favorable sur le prix du gaz, l'opposition se poursuit. Des lois anti protestation, adoptées en janvier 2014, ajoutent de l'huile sur le feu. Les confrontations violentes avec les forces de l'ordre, qui font des morts et des blessés, se poursuivent. Le retrait de ces lois, la démission du premier ministre Mykola Azarov et la libération de contestataires emprisonnés visent à calmer le jeu. Mais le 18 février, le conflit s'enflamme et atteint une intensité sans précédent. Le président perd ses appuis et, le 22 février, le Parlement vote sa destitution à l'unanimité. Des élections sont annoncées pour mai et l'ex-première ministre Ioulia Tymochenko, qui était emprisonnée, est libérée. Tenaillé par une situation financière précaire, le pays demeure divisé. Des tensions subsistent entre les partisans d'un rapprochement avec l'UE et ceux, particulièrement dans l'est du pays, qui souhaitent des liens plus étroits avec la Russie. Elles s'accentuent avec une intervention militaire russe en Crimée. Celle-ci proclame son indépendance le 11 mars et son rattachement à la Fédération de Russie. Le 25 mai, Petro Porochenko est élu à la présidence de l'Ukraine.

Dans les médias...


Hélène Carrère d'Encausse, « L'Ukraine, d'une révolution à l'autre : l'histoire se répète-t-elle ? »

«...Les États-Unis sont plus attentifs désormais à la Russie, et moins enclins à peser sur le cours des événements comme ils le firent en 2004. La Russie a certes plus de moyens de réagir que dix années plus tôt, mais son intérêt lui commande aussi la retenue. Sans doute Ianoukovitch a-t-il été pour Moscou un allié assez fidèle, voire docile. Mais les dirigeants russes n'ont pas pour habitude de s'accrocher à un allié dès lors qu'ils le pensent en perdition. Si Ianoukovitch ne représente plus que le passé, Poutine cherchera à identifier le ou les responsables ukrainiens capables d'asseoir leur légitimité et de contenir les extrémistes. Ioulia Timochenko, malgré ses diatribes anti-russes, serait, si elle faisait la preuve de son autorité, aussi acceptable à la Russie que quelque autre dirigeant, car ce que craint la Russie, avant tout, c'est le séparatisme, la dislocation de l'Ukraine qui serait pour elle source d'immenses difficultés. Ce n'est pas un hasard si à aucun moment, ni dans le passé ni durant cette crise, Moscou n'a encouragé les velléités séparatistes des Russes de Crimée, pourtant vivement exprimées. L'avenir de l'Ukraine se joue aujourd'hui entre l'Europe et la Russie. Que l'Europe associe la Russie à son rapprochement avec l'Ukraine, qu'elle tienne la Russie pour un pays européen et non un État étranger à elle devant lequel les élargissements à l'est installeraient un nouveau rideau de fer, et l'Ukraine pourra pacifiquement se rapprocher de l'Europe. »

Le Figaro (France), 26 février 2014, p. 16.

Gaël de Santis, « L'UE ne promet pas la lune aux manifestants...juste la Grèce »

«...L'Union européenne (UE) s'est voulue proche des manifestants qui réclament un changement en Ukraine. Mais sera-t-elle au rendez-vous dans les mois à venir ? La question est urgente. (...) Sur le long terme, les Européens espèrent profiter de la faiblesse conjoncturelle de l'Ukraine pour lui imposer l'accord d'association que Ianoukovitch a refusé de signer en novembre. (...) Cet accord pourrait pourtant bien accélérer la désintégration de l'Ukraine. Il est essentiellement un traité de libre-échange qui presse Kiev de se « rapprocher de l'acquis communautaire ». Quand l'Ukraine aura adopté les directives européennes, 99 % des droits de douane tomberont. Ce modèle a eu un effet catastrophique pour des pays tels que la Tunisie, avant le printemps arabe. Pour survivre, l'industrie ukrainienne se devrait d'être aussi compétitive que celle de l'UE. Ce qui est loin d'être le cas. Celle-ci est essentiellement située dans l'est russophone du pays et tournée vers Moscou. Depuis 2004, les exportations vers la Russie ont bondi de 58 %, relève l'économiste Jacques Sapir sur son blog. L'Ukraine a besoin de se tourner autant vers l'Ouest que vers l'Est pour se développer. Une donnée que les dirigeants européens ne devraient pas oublier, sinon en prenant le risque de jouer avec le feu. »

L'Humanité (France), 24 février 2014.

Christian Makarian, « Le défi de l'Ukraine »

«...À proprement parler, il (Poutine) vise non pas la restauration de l'URSS du passé, mais le rétablissement de l'influence que connaissait la Russie au temps de l'URSS. En résumé, un bloc politique qui s'affiche uni et insécable face à l'Union européenne et aux Etats-Unis, de manière à négocier dans des conditions plus favorables avec ces deux dernières puissances que si la Russie restait seule, environnée d'ex-satellites tombant les uns après les autres dans l'orbite des Occidentaux. La théorie, due au penseur du nouveau patriotisme, Alexandre Douguine, a séduit tout l'entourage présidentiel moscovite; la Russie pèsera beaucoup plus dans le cadre de l'Eurasie que par son seul poids, en particulier en arrimant à elle les républiques d'Asie centrale face aux appétits insatiables de la Chine. Bref, un système dépassé mais bardé de smartphones, de comptes offshore et d'oligarques. C'est à ce plan gigantesque, à ce Meccano géant que le petit peuple d'Ukraine, avec ses barres de fer, ses fusils de chasse et son grand courage, a soudain porté un coup sérieux. Les manifestants de la place Maïdan exigent maintenant l'inverse d'une société sans opinion publique, celle dont rêve Poutine; ils veulent aller de l'avant, acquérir de nouveaux droits et viennent de se doter d'une page de gloire qui s'ajoute, sans aucune fausse note, au long chemin historique parcouru par l'Ukraine. »

L'Express (France), 26 février 2014, p. 42.

Agnès Gruda, « La menace venue du sud »

«...les signaux les plus inquiétants pour les lendemains révolutionnaires en Ukraine proviennent surtout... de l'extérieur du pays. Plus précisément de Moscou, qui a refusé de reconnaître le nouveau pouvoir et a rappelé son ambassadeur de Kiev. Tandis que le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, évoquait la «menace» qui pèse sur les intérêts de la Russie et sur la vie de ses «concitoyens russes». Voler au secours des minorités menacées: c'est un prétexte qui a servi à alimenter bien des interventions militaires, dans ce coin du monde comme ailleurs. Mais la Russie a-t-elle vraiment intérêt à se lancer corps et âme dans une aventure militaire chez son voisin? Il est possible qu'elle se contente de faire pression par des mesures économiques - dans un pays qui est au bord de la faillite, c'est assez pour lui faire mal. Moscou peut aussi tenter de tourner la nouvelle démocratie ukrainienne à son profit, en cherchant à manipuler les candidats aux prochaines élections. Bref, le sort de la révolution ukrainienne est loin d'être joué. «L'ordre nouveau» est encore menacé. Mais si Moscou fait preuve de pragmatisme, cette menace pourrait encore se dissiper. Croisons les doigts...»

La Presse (Québec, Canada), 26 février 2014, p. A18.

Ulrich Speck, « What Ukraine needs now »

«...Besides getting through the first days and weeks, there are two great political risks the West must help Ukraine to address. One is the inevitable attempt to undermine an emerging order. The protest movement that began last November, centered in Kiev's Independence Square, has won. But it is quite possible that the forces that supported the former regime, especially in the east and south of the country, are going to contest the new order. And it is questionable whether the Kremlin will accept a loss of influence in Ukraine. Mr. Putin had high hopes of making Ukraine a key ally in his planned Eurasian Union. He may have decided that Mr. Yanukovych was too unreliable an ally, but that does not mean he will accept a revolution against him. (...) The second risk is that the new regime will look like the one installed after the Orange Revolution in 2004: years of painful stalemate, political institutions blocking each other, permanent infighting and no clear separation between political and economic power. It is primarily up to the Ukrainian people to put their still-young country on a new path. Many have demonstrated incredible courage over the last weeks. But a post-Yanukovych Ukraine will still be a fragile state with weak institutions. »

New York Times (États-Unis), 24 février 2014, p. A18.

Gouvernance et gouvernement [ 22 février 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Ukraine
LimitéOleksandr TurchynovOleksandr Turchynov

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2004 - 2016



octobre
2004
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2004
Élection de Viktor Yushchenko à la présidence de l'Ukraine

mars
2006
[Résultats] Élections législatives

septembre
2007
[Résultats] Élections législatives

janvier
2010
[Résultats] Élection présidentielle

février
2010
Élection de Viktor Ianoukovytch à la présidence de l'Ukraine

octobre
2012
[Résultats] Élections législatives

février
2014
Renversement du président ukrainien Viktor Ianoukovytch

mai
2014
[Résultats] Élection présidentielle


Dans l'actualité


avril
2018
Le désastre démographique ukrainien

mars
2017
L'extrême droite en Ukraine : gains et recul

novembre
2015
Écrasement du vol MH17 : la guerre de l'information continue

juin
2015
Toujours le même refrain : guerre larvée dans l'est, luttes entre oligarques, endettement colossal, révisionnisme idéologique et, en prime, un raton-laveur venu de Géorgie

mars
2015
La Voïvodine, nouvelle cible de désintégration des Balkans

février
2015
Accords de Minsk II : en attendant la reprise des combats

septembre
2014
Vent de changement en Ukraine lors de la présidentielle

février
2014
Une Ukraine en éruption

février
2014
Des manifestations majeures en Ukraine divisent le pays entre deux camps

novembre
2012
Élections en Ukraine : une démocratie à la dérive


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016