Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 mars 2014

Tenue d'un référendum en Crimée

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Viktor Ianoukovytch

Deux jours après une proclamation d'indépendance par le Parlement criméen, la population se prononce favorablement pour la réunification à la Russie lors d'un référendum qui a lieu le 16 mars 2014. Plus de 95% des votants approuvent cette proposition qui est toutefois fortement contestée par la communauté internationale.

Le 22 février 2014, le président ukrainien Viktor Ianoukovytch est renversé à la suite d'un mouvement de protestation pro-occidental s'opposant à sa décision de suspendre un accord entre son pays et l'Union européenne. Ce geste est contesté dans la république autonome majoritairement russophone de Crimée et dans Sébastopol, une ville de la péninsule avec un statut particulier où se trouvent la flotte russe de la mer Noire et les quartiers généraux des forces navales ukrainiennes. On y dénonce une loi restrictive adoptée par les nouveaux dirigeants sur les langues autres que l'ukrainien. De plus, les manifestants refusent de reconnaître le successeur de Ianoukovytch, Olexandre Toutchinov, et exigent la tenue d'un référendum sur une éventuelle scission de l'Ukraine par la Crimée en vue d'une réunification à la Fédération de Russie. Des soldats russes, qui ne sont pas identifiés, arrivent dans la région, ajoutant aux tensions. Les troupes ukrainiennes sont neutralisées. Puis, le 11 mars, le Parlement criméen et Sébastopol adoptent une déclaration d'indépendance. Le 16, elle est validée à 95% - avec un taux de participation de 80% - lors d'un référendum boycotté par les opposants et dénoncé par le gouvernement ukrainien ainsi que la presque totalité des pays étrangers. Le lendemain, le Parlement déclare officiellement l'indépendance et l'accession à la Fédération de Russie, une décision que Moscou approuve par décret. La Crimée devient officiellement une nouvelle entité de la Russie, statut qu'elle avait d'ailleurs avant 1954. Plusieurs analystes interprètent ce geste comme une volonté du président Vladimir Poutine de rétablir une zone d'influence russe élargie. Certains envisagent même un retour possible à la guerre froide. Plusieurs pays adoptent des mesures de représailles économiques contre la Russie, mais leur impact est difficile à prévoir.

Pour en savoir plus: Discours du président russe à la suite du référendum en Crimée

Dans les médias...


Veronika Dorman, « En Crimée, Poutine joue et gagne »

«...Quand le Maidan a eu raison de Viktor Ianoukovitch, c'est un pouvoir résolument pro-européen qui s'est installé à Kiev, contrecarrant les ambitions de la Russie de garder l'Ukraine dans son giron. «Au début, Moscou ne comptait pas redéfinir les frontières, mais espérait conserver l'Ukraine dans sa sphère d'influence grâce aux régions de l'Est et du Sud. Mais le sentiment prorusse s'y est avéré plus faible qu'en Crimée. Il a donc fallu se contenter de ce qu'il y avait à prendre», analyse Pavel Salin, directeur du Centre des études politiques de l'université des finances. Du reste, pour garder un point de pression sur Kiev, il n'est pas absolument indispensable que la Crimée devienne russe. Il suffirait qu'elle proclame son indépendance vis-à-vis de l'Ukraine, ce qui inscrirait la péninsule dans la liste des «conflits gelés» - spécialité de la Russie, qui soutient déjà la Transnistrie contre la Moldavie, le Haut-Karabagh entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie contre la Géorgie. Surtout, pour Moscou, la Crimée est aussi symbolique que stratégique. Même si Kiev s'est engagé aujourd'hui à ne pas revoir les accords et à ne pas remettre en cause le statut de Sébastopol (la base de la flotte russe dans la mer Noire), théoriquement, le gouvernement ukrainien pourrait revenir sur cette décision. Poutine a peut-être préféré prévenir, en s'assurant que la Russie ne perdra pas dans le tourbillon révolutionnaire «la ville de la gloire militaire russe».»

Libération (France), 11 mars 2014, p. 8.

Sylvie Kauffman, « Après la Crimée, un monde nouveau »

«...L'Allemagne a perdu ses illusions à l'égard de l'aptitude au dialogue de M. Poutine, qui a renvoyé dans les cordes Angela Merkel, ses multiples coups de téléphone et sa douce idée de groupe de contact. Berlin est en train de dire adieu à l'Ostpolitik chère à son ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Autre tendance notable : ce n'est ni Londres, ni Paris, ni Bruxelles qui ont occupé le devant de la scène dans cette affaire, mais Berlin. Le vote, samedi, sur la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies dénonçant l'illégalité du référendum en Crimée a mis en évidence l'isolement de la Russie. La résolution a été rejetée à cause du veto de la Russie, mais pas un seul des quatorze autres membres n'a soutenu Moscou. La Chine s'est abstenue, révélant son ambivalence face à cette situation : le président Xi Jinping déteste autant que M. Poutine les soulèvements populaires, qu'il juge lui aussi manipulés par l'Occident, mais pour Pékin, le principe de l'intégrité territoriale ne saurait être remis en question. Contrairement au président russe, qui paraît disposé à sacrifier les bénéfices de la mondialisation sur l'autel de la puissance d'État, le pouvoir chinois a joué à fond la carte de la mondialisation et ne souhaite pas déstabiliser le système actuel. »

Le Monde (France), 18 mars 2014, p. 22.

Olivier Talles, « Poutine ne veut pas d'une Ukraine coupée de Moscou »

«...Dès son premier mandat, Vladimir Poutine a placé l'Ukraine en tête des priorités de sa politique étrangère. Ambassadeur de France à Kiev de 2002 à 2005, Philippe de Suremain parle d'ailleurs de « question existentielle ». « Poutine ne peut accepter l'idée que s'instaure la démocratie à ses frontières, analyse-t-il. Il redoute les effets d'un tel régime en Russie, en Biélorussie ou au Kazakhstan. » Perdre le contrôle de l'Ukraine anéantirait du même coup son grand rêve: l'Union eurasienne. Le projet politique vise à restaurer une aire d'influence sur les ruines de l'Union soviétique. La Russie cherche à rassembler la Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan autour d'une structure très intégrée, non seulement économiquement mais aussi politiquement. « Elle serait l'expression politico-institutionnelle de cette sphère d'influence que la Russie revendique » face à l'Occident, écrit le géographe Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l'Institut Thomas-More. Or, sans l'Ukraine, Vladimir Poutine le sait: sa vision s'effondre. L'annexion de la Crimée lui a cependant assuré une solide compensation pour le renversement de son allié, l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch. »

Le Croix (France), 18 mars 2014, p. 2.

Agnès Gruda, « La Crimée, et après ? »

«...Une campagne référendaire bâclée, conduite dans un climat de peur ne permettant pas la liberté d'expression, a abouti à un vote en grande partie boycotté, conduit hors de tout mécanisme de surveillance: on peut difficilement parler d'un processus démocratique légitime. «Ce n'est pas un référendum, mais une farce», a résumé Yaroslav Baran, qui a fait partie de la mission d'observation canadienne lors d'élections ukrainiennes en 2010 et en 2012. Dans les deux cas, il y avait eu des irrégularités, reconnaît Yaroslav Baran, mais pas assez pour remettre en question les résultats. Conduit carrément sous occupation militaire, le vote d'hier, lui, s'est tenu «sur une planète complètement différente». Une planète où les partisans du statu quo n'avaient aucune possibilité de s'exprimer. Les dés étaient donc pipés à l'avance. Et le référendum n'est qu'un vernis démocratique appliqué à la hâte sur une invasion territoriale, suivie d'une annexion. Dès aujourd'hui, le premier ministre de la Crimée, Sergueï Aksionov, fera sa grande demande à Moscou - qui l'acceptera avec joie. La semaine prochaine, le rouble russe fera son entrée en Crimée, qui prévoit dire adieu à la hryvnia ukrainienne d'ici six mois. Le mariage sera alors consommé, en dépit de toute l'indignation et d'éventuelles sanctions internationales. »

La Presse (Québec, Canada), 17 mars 2014, p. A18 et A19.

Fareed Zakaria, « Looking Back in Anger »

«...There are those who are still trapped by history and geography. Think of Pakistan's generals, still trying to establish « strategic depth » in their backyard while their country collapses. Or think of (Vladimir) Putin, who is, as Secretary of State John Kerry said, playing a 19th century game in the 21st century. He may get Crimea. But what has he achieved ? Ukraine has slipped out of Russia's grasp, its people deeply suspicious of Moscow. Even in Crimea, the 40% who are non-Russian are probably restive and resentful. Moscow's neighbors are alarmed, and once-warming relations with Poland will be set back. Trade and investment with Europe and the U.S. will surely suffer, whether there are sanctions or not. Meanwhile, Russia continues along its path as an oil-dependent state with an increasingly authoritarian regime that has failed to develop its economy or civil society or to foster political pluralism. But no matter - Moscow controls Crimea. In today's world, is that really a victory ? »

Time (États-Unis), 17 mars 2014, p. 20.

Gouvernance et gouvernement [ 16 mars 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
LimitéVladimir PoutineDmitry Medvedev

Ukraine
LimitéOleksandr TurchynovArseni Yatseniouk

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2009 - 2016



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décembre
2011
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2012
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

mars
2012
[Résultats] Élection présidentielle

février
2014
Ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, en Russie

mars
2014
Tenue d'un référendum en Crimée

juillet
2014
Écrasement d'un avion de la Malaysia Airline au-dessus du territoire ukrainien

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Chute importante du prix du baril de pétrole

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Attentat contre un avion de la compagnie russe Metrojet

septembre
2016
Réélection en Russie du parti Russie unie

septembre
2016
[Résultats] Élections législatives


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