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2 juin 2014

Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Juan Carlos

Après presque 39 ans sur le trône d'Espagne, le roi Juan Carlos 1er annonce lors d'une allocution télévisée qu'il abdiquera de son poste. C'est son fils Felipe, le prince des Asturies, qui lui succédera.

Juan Carlos voit le jour en 1938 en Italie où vit son grand-père, l'ex-souverain Alphonse XIII. Celui-ci a quitté l'Espagne en 1931, peu après la proclamation de la Seconde république. Avec l'accord du chef de l'État, le leader autoritaire Francisco Franco, Juan Carlos entre en Espagne en 1948. Après une formation militaire, il est désigné en 1969 pour succéder à Franco, ce qui se produit lorsque ce dernier décède en novembre 1975. Le nouveau roi modernise et démocratise le pays. La loi fondamentale de 1976 pave la voie à des élections multipartites, l'année suivante, et à l'adoption d'une nouvelle Constitution, en 1978. L'Espagne devient une monarchie constitutionnelle. Contesté par des nostalgiques de Franco et des anti-monarchistes de gauche, Juan Carlos 1er gagne le respect de ses compatriotes en se dressant devant la tentative de coup d'État de février 1981. L'Espagne joint l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, en 1982, la Communauté économique européenne, en 1986, et connait une période prospère. L'impact de la crise économique de 2008, qui frappe le pays de plein fouet, a des répercussions sur l'humeur des Espagnols. De plus, le roi est touché par un scandale de détournement de fonds - l'affaire Noos - qui impliquerait son gendre et sa fille Cristina. Sa participation à un safari coûteux en 2012, alors que la situation économique est difficile, suscite aussi du mécontentement. L'opposition au régime monarchique, défendue notamment par des partis de gauche, gagne du terrain dans les sondages. Miné par des problèmes de santé, Juan Carlos 1er réagit le 2 juin 2014 en annonçant qu'il abdique au profit de son seul fils Felipe. Âgé de 45 ans, ce sportif, qui a une formation académique et militaire, est plus populaire que son père dans les sondages.

Pour en savoir plus: Discours d'abdication du roi d'Espagne

Dans les médias...


François Musseau, « Juan Carlos 1er, l'embourbement d'un Bourbon »

«...Cette chute historique (de la popularité monarchique) tient à une suite d'événements fâcheux qui ont fortement écorné l'image de la monarchie. Sur le plan symbolique, disent les observateurs, la chasse clandestine en Afrique marquera un «avant» et un «après» : en avril 2012, la presse révèle en effet que le roi se trouve à l'hôpital pour une opération de la hanche due à une mauvaise chute survenue alors qu'il chassait l'éléphant au Bostwana, sur l'invitation de personnalités suspectes. Pour aggraver les choses, le gouvernement Rajoy admet ne pas avoir été informé de ce voyage de plaisance. L'affaire a lieu au pire moment : la crise économique ne cesse de s'accentuer, les statistiques indiquent que plus de la moitié des jeunes Espagnols n'ont pas d'emploi. Or, quelques jours plus tôt, Juan Carlos avait solennellement déclaré à la nation entière qu'il ne pouvait plus «dormir la nuit, à force de penser au drame souffert par [ses] jeunes concitoyens». Son séjour hospitalier fait l'effet d'une bombe : il a donc menti au pays, sa supposée empathie à l'égard des Espagnols est feinte, alors même que cette réputation avait jusque-là alimenté sa considérable popularité. «La majorité des Espagnols n'ont jamais été vraiment monarchistes, souligne le politologue Antonio Elorza. Ils ont davantage été juancarlistes. Du coup, cela a été un effondrement, et beaucoup ont pu se dire : et si cet homme bienveillant, père au-dessus de la mélée, se moquait en réalité pas mal de nous ?»»

Libération (France), 3 juin 2014, p. 6-7.

Sandrine Morel, « Juan Carlos abdique pour préserver l'avenir de la monarchie espagnole »

«...Juan Carlos a décidé d'abdiquer après avoir assuré durant des mois qu'il resterait roi jusqu'à sa mort. Le monarque répond ainsi à la perte de confiance des citoyens envers leurs représentants et leur désir de « régénération démocratique ». C'est à eux que le roi s'est adressé lorsqu'il a expliqué sa décision en évoquant la nécessité d'un changement. (...) La date choisie n'est pas anodine. Juan Carlos a attendu une semaine après les élections européennes pour annoncer sa décision. Ce scrutin s'est caractérisé par la chute du bipartisme entre le Parti populaire (PP, droite au pouvoir) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), ses principaux soutiens, et la poussée de partis d'extrême gauche résolument républicains. Il n'est pas sûr que le prochain Parlement, après les législatives de 2015, lui aurait été aussi bienveillant. Le PP détient la majorité absolue et les dirigeants du PSOE maintiennent leur appui à la monarchie. « Don Felipe de Bourbon représente le respect de la Constitution et la stabilité institutionnelle, » a déclaré Alfredo Perez Rubalcaba, le secrétaire général du PSOE, qui va quitter ses fonctions. Une opinion que ne partagent pas les Jeunesses socialistes, qui ont demandé la tenue d'un référendum sur la République, tout comme le courant de la gauche socialiste au sein du PSOE et la majorité de la base électorale du parti. »

Le Monde (France), 4 juin 2014, p. 3.

Valérie Demon, « Juan Carlos laisse le trône d'Espagne à Felipe VI »

«...Si son père possède un charisme naturel, un humour sachant mettre à l'aise ses hôtes et une intelligence intuitive, le prince Felipe joue la discrétion. Toujours très prudent dans ses déclarations, ne concédant aucune interview, gardant pour lui ses opinions. Il a une image de modernité, renforcée par son mariage en 2004 avec Letizia Ortiz, roturière, journaliste et divorcée. Du jamais-vu, alors, dans la monarchie espagnole. Le couple a deux fillettes, Leonor, née en 2005, et Sofía, en 2007. Felipe VI devra redorer le blason de la monarchie, la consolider, alors que le scandale de sa soeur et de son beau-frère, mis en examen dans une affaire de malversation de fonds publics et de fraude fiscale, en pleine crise économique, a terni la maison royale. Son propre père, en voyage au Botswana en 2012, pour chasser l'éléphant, avait choqué les Espagnols. Le futur roi devra aussi affronter le défi catalan. La perspective d'un référendum sur l'indépendance en Catalogne fragilise l'Espagne. Enfin, la monarchie espagnole devra surtout donner des gages de rigueur au pays, exaspéré par le train de vie de la famille royale, ces dernières années. »

La Croix (France), 3 juin 2014, p. 8.

Serge Truffault, « L'abdication du roi Juan Carlos - Monarchie affaiblie »

«...Affaibli par une ribambelle d'opérations, fragilisé par les « affaires » de sa fille Cristina et de son gendre, miné par ses propres errements, le roi Juan Carlos a fini par faire ce que les Espagnols attendaient depuis des mois : il a abdiqué au profit de son fils, le prince Felipe. En fait, on se doit de souligner que ce monarque a vraiment tardé à jeter l'éponge, car il n'était plus en mesure d'observer les devoirs de sa fonction depuis longtemps. Cette quasi-impotence, constatée sur plusieurs années, du chef de l'État espagnol qui est également le chef des armées a eu des répercussions lourdes de sens. En effet, ses absences, tant physiques que mentales, ont « produit » un certain affaiblissement de l'État qui, par voie de conséquence, a réveillé les démons qui tiraillent ce vieux pays. Lesquels ? Le nationalisme basque et surtout le nationalisme catalan, aujourd'hui plus aiguisé qu'avant 2009, année au cours de laquelle Juan Carlos a subi la première d'une série de huit opérations. L'autre démon est le fruit de cette division entre élus de droite, qui appellent à un renforcement du pouvoir central, et ceux de gauche, qui militent pour davantage de pouvoirs alloués aux provinces. »

Le Devoir (Québec, Canada), 3 juin 2014, p. A6.

Serge Schmemann, « Monarchies, more useful than you think »

«...The European monarchies all have a small but vociferous chorus calling for the abolition of the institutions, and most countries have steadily opened their rulers to greater public scrutiny. For their part, the rulers, especially the Scandinavians, have dropped their lifestyles almost to street levels. But even they have maintained the minimum royal trappings that generate symbolic value. King Juan Carlos stands out among these living anachronisms. (...) In recent years, however, his standing has declined precipitously, partly because critics believed he lived a bit too grandly at a time of economic tribulation, partly because of allegations of graft against his son-in-law. Having ceased to be a unifying symbol, he is right to step aside. Whether the monarchy can regain its standing depends to a great degree on the crown prince, who will be reign as King Felipe VI. (...) His recent troubles aside, Juan Carlos made a major contribution to his country, and one can only hope that Felipe lives up to that part of his legacy. Though as a nation like America born in rebellion against monarchy cannot fully share the excitement of devout monarchists, it can surely appreciate the power of unifying symbols. And Americans love storybook celebrities as much as anyone. »

New York Times (États-Unis), 4 juin 2014, p. A22.

Gouvernance et gouvernement [ 2 juin 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéJuan Carlos I de BourbónMariano Rajoy Brey

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



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Élection du Parti populaire de Mariano Rajoy en Espagne

novembre
2011
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

novembre
2014
Tenue d'une consultation sur l'auto-détermination de la Catalogne

septembre
2015
Élections régionales au Parlement de Catalogne

décembre
2015
Tenue d'élections législatives en Espagne

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
[Résultats] Élections législatives


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