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11 janvier 2015

Manifestations d'envergure en France à la suite d'attentats terroristes

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Manifestation des chefs d'État

Deux attentats meurtriers, dont le dénouement survient le 9 janvier 2015, sont à l'origine d'une journée de manifestations historiques auxquelles participent plus de 3 millions et demi de Français le 11 janvier. En plus des proches des victimes et de nombreuses personnalités politiques françaises, plusieurs dizaines de chefs d'État et de gouvernement étrangers prennent part à l'événement.

Le 7 janvier 2015, deux hommes cagoulés et lourdement armés font irruption dans les bureaux de Charlie Hebdo, un journal satiriste reconnu notamment pour la causticité de ses caricatures, particulièrement à l'endroit des religions. Ils abattent 12 personnes, dont des membres du personnel et des policiers, et crient « Allah akbar («Dieu est le plus grand») avant de prendre la fuite. Pendant que la traque s'organise, un complice des deux hommes tue de son côté une policière et prend des gens en otage dans une épicerie kasher de la porte de Vincennes. Les trois hommes, des islamistes intégristes, sont abattus par des groupes d'intervention le 9 janvier. En tout, 20 personnes ont péri, dont quatre otages retenus dans l'épicerie kasher. L'opinion publique est émue par ces attentats. Après plusieurs rassemblements spontanés, des manifestations sans précédent sont mises sur pied un peu partout à travers la France pour le 11 janvier. On évalue à 3,7 millions le nombre de personnes qui y prennent part, dont plus de 1,5 million à Paris. Le slogan « Je suis Charlie » est le thème rassembleur de ces attroupements au cours desquels on dénonce le terrorisme, l'intégrisme religieux et les atteintes à la liberté d'expression. Des membres des familles des victimes, une pléiade de politiques français et des leaders religieux défilent lors de cette marche républicaine qui est protégée par un déploiement policier spectaculaire. Fait unique : une quarantaine de chefs d'État et de gouvernement entourent à cette occasion le président français François Hollande lors d'une courte marche, sous haute sécurité, visant à démontrer la solidarité internationale à l'endroit de la France. Plusieurs leaders d'Europe de l'Ouest, comme l'Allemande Angela Merkel et le Britannique David Cameron, sont du nombre, tout comme le premier ministre israélien Benyamin Néthanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas. Après cette journée euphorique, plusieurs analystes s'interrogent sur la suite que donnera le gouvernement français aux espoirs formulés par les manifestants. Un nouveau numéro de Charlie Hebdo est publié le 14 janvier 2015. Son tirage record s'élève à 7 millions d'exemplaires.

Pour en savoir plus: Discours du premier ministre français à la suite d'attentats meurtriers

Dans les médias...


Laurent Joffrin, « Tous à République pour la République »

«...La statue de la République, sur la place du même nom, si proche de notre journal, géographiquement et psychologiquement, a été transformée en autel laïque, constellée de bouquets et d'ex-voto. C'est notre statue de la Liberté. Tous ceux qui y croient défileront cet après-midi pour montrer qu'ils sont prêts à la défendre, pour montrer qu'ils n'ont pas peur, dans l'unité et l'amitié retrouvée, pour montrer que le terrorisme a déjà perdu la partie. Mais l'émotion ne chasse pas la lucidité. On sent bien, derrière le bouclier du sentiment démocratique, poindre les ferments de la division. Pourquoi le taire ? Une partie de l'opinion n'aimait pas Charlie. Dans certaines banlieues, on s'abstient, parce que les moqueries adressées à Mahomet insupportent les ignorants de la laïcité. On sait que certains professeurs ont eu du mal à faire respecter la minute de silence à la mémoire des victimes de Charlie. A l'extrême droite aussi, Charlie révulsait par sa liberté. Le sarcasme de Jean-Marie Le Pen - «Je suis Charlie Martel» - résume l'intolérance essentielle de l'homme et les raisonnements sommaires des nationalistes : au lieu de dénoncer le terrorisme, ceux-là le favorisent, en rejetant les musulmans, qu'ils désignent comme des envahisseurs, dans le même opprobre et la même exclusion. C'est le meilleur moyen de faciliter le recrutement islamiste. »

Libération (France), 11 janvier 2015, p. 2.

Benoît Hopquin, Vanessa Schneider, « C'était le 11 janvier »

«...Bien sûr, on est déjà demain. Bien sûr, chacun va reprendre son chemin. Les Français vont retrouver leur quotidien, leurs préoccupations d'avant, leurs mesquineries peut-être. Les polémiques et les querelles vont recommencer. Droite et gauche vont s'écharper. Mais l'espace d'un week-end, la France a vécu une page d'histoire. Depuis la Libération sans doute, jamais autant de monde n'avait défilé dans ce pays, protestant contre les attentats qui ont fait dix-sept morts à Paris entre mercredi 7 et vendredi 9 janvier. (...) Partout, le même silence. Pas vraiment du recueillement, plutôt une détermination froide et muette à l'encontre de ceux qui prétendent faire peur à la France. Pas de slogans, pas de sono, pas de musique, pas de meneurs. Un seul mot d'ordre : « Je suis Charlie ». Pourtant, beaucoup n'avaient jamais lu cet hebdomadaire, comme Juliette Poulain, une collégienne de 3e, qui admettait « n'avoir rien compris » à Charlie Hebdo quand elle l'avait eu sous la main. Mais qu'importe : « On veut rendre hommage aux journalistes », disait-elle. Et surtout défendre à travers eux la liberté d'expression. Alice Ponsot, une jeune lycéenne de Bourg-sur-Gironde, à 30 kilomètres au nord de Bordeaux, avait écrit : « S'exprimer est une nécessité. La liberté un combat. » »

Le Monde (France), 12 janvier 2015.

Sélim Nassib, « L'occasion historique d'un « printemps français » ? »

«...Le soir même, pendant le premier grand rassemblement à Paris, il apparaît clairement que quelque chose d'inouï s'est réveillé, comme si notre propre sentiment provoquait un écho insondable. Il arrive ainsi qu'à un moment donné de l'Histoire, un événement éclate dans un contexte particulier et propage sa vibration à une société et bientôt au monde entier. Instantanément, Charlie a cessé d'être seulement un journal satirique français pour devenir autre chose. (...) La question est de savoir si la dynamique du 11 janvier sera assez puissante pour que, traduite en actes et en politique de longue haleine, elle pousse toutes les «communautés» à sauter définitivement le pas de l'intégration et à s'identifier à cette république qui les regarderait comme ses citoyens à part entière. Les quatre jours qui ont changé la France provoqueront-ils enfin un «printemps français» ou l'occasion historique sera-t-elle irrémédiablement ratée? Un bras de fer oppose en France - et peut-être dans le monde - les «Je suis Charlie» aux «Je ne suis pas Charlie». En dépit de sa formulation apparemment triviale, cette confrontation risque de modeler notre avenir. »

Le Temps (Suisse), 13 janvier 2015.

Josée Legault, « La peur n'est pas une option »

«...Aujourd'hui, les médias se disent tous des «Charlie». Certains regrettent sincèrement leur manque passé de courage et publient enfin des caricatures de Charlie Hebdo ou du dessinateur danois. D'autres préfèrent l'oublier. D'autres encore, malgré la tuerie de Paris, refusent même de publier la moindre couverture controversée du Charlie Hebdo. C'est le cas surtout de médias anglophones, américains et britanniques. Bref, n'est pas «Charlie» qui veut, mais qui se gouverne en conséquence. L'incapacité de ces médias à comprendre l'urgence de poser ce geste, même tardif, pour préserver leur propre liberté de pensée, est sidérante. C'est à croire qu'ils en ont déjà fait leur deuil. Pis encore, en refusant ce geste de solidarité envers les morts de Charlie Hebdo, ces médias donnent en fait raison aux intégristes. La peur que ce refus trahit est leur récompense. Elle permet aux leaders intégristes de clamer qu'en Occident, on recule lâchement devant leurs menaces. Le fanatisme alimente la peur, mais il s'en nourrit encore plus. Pour leur combat contre tous les fanatismes, les artisans de Charlie Hebdo ont payé le prix ultime. Ils ont payé pour sauver leur liberté de pensée. Et ce faisant, la nôtre. À l'heure où l'intégrisme et l'extrême droite - son compagnon de route - se nourrissent l'un l'autre de la peur qu'ils sèment à leurs propres fins politiques, la moindre des choses est de tenir tête. Nous aussi. »

Le Journal de Montréal (Québec, Canada), 9 janvier 2015, p. 30.

Matthew Norman, « I'm standing up for free speech from the comfort of my sofa »

«...The journalists whose lives ended after years of ignoring a danger so clear and present that they required police protection may not have been saints, but they had true courage. Frankly, I'm not convinced they were fighting the war they may have imagined. If satire ever is an effective weapon, it is only against vulnerable individuals. Against a deranged mass movement, it is powerless. How can the terminally humourless be weakened by humour? In this long struggle to contain a perverted ideology, the drone may be mightier than the Kalashnikov. The pencil is not. When the post-traumatic exuberance fades, when the next murderous attack takes place, we might morosely reflect that the deaths of Charb and his colleagues were essentially pointless. Yet even if this was a desperately tragic instance of «C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre: c'est de la folie», their cussed defiance was magnificent. We can admire it, venerate it, be humbled by it. What we cannot do is make the false and self-aggrandising pretence that we are Charlie. Weak and feeble sinners such as myself can no less laughably lay claim to the cartoonists's courage than can a viciously satirical journal to the saintly forbearance of Christ. »

The Independent (Royaume-Uni), 14 janvier 2015, p. 19.

Gouvernance et gouvernement [ 11 janvier 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
ÉlevéFrançois HollandeManuel Valls

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York

avril
2012
[Résultats] Élection présidentielle

mai
2012
Élection de François Hollande à la présidence de la République française

juin
2012
Élection d'une majorité de gauche aux législatives en France

juin
2012
[Résultats] Élections législatives

mai
2014
Début des élections législatives au Parlement européen

janvier
2015
Manifestations d'envergure en France à la suite d'attentats terroristes

novembre
2015
Attentats terroristes en France

décembre
2015
Fin de la Conférence de Paris sur le changement climatique


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