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14 décembre 2014

Réélection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Shinzo Abe

La décision du premier ministre japonais Shinzo Abe de déclencher des élections précipitées s'avère profitable au Parti libéral démocrate (PLD) qu'il dirige, puisqu'il obtient 48,1% des voix et 291 des 480 sièges à la Chambre basse de la Diète. Il devance nettement le Parti démocratique (PD) de Banri Kaieda qui se contente de 22,5% des votes et 73 sièges.

La victoire écrasante du PLD d'Abe aux législatives du 16 décembre 2012 avait permis à celui-ci de reprendre le pouvoir des mains du PD qui gouvernait depuis 2009. Abe, qui a été premier ministre en 2006-2007, propose un programme ambitieux surnommé « Abenomics ». Il vise à relancer l'économie en jouant sur trois axes - la politique monétaire, un stimulus fiscal et des réformes structurelles -, tout en maintenant l'inflation sous les 2%. Le Japon enregistre de bonnes performances en 2013. En avril 2014, le gouvernement annonce une hausse de la taxe à la consommation qui passe de 5 à 8%. Il s'était également engagé à élever celle-ci à 10%, mais face à une croissance au ralenti, Abe décide de retarder cette mesure et de déclencher des élections précipitées pour avoir l'aval de la population. D'autres thèmes, comme la politique étrangère du Japon et une éventuelle reprise du nucléaire, sont abordés. C'est toutefois l'économie qui domine les débats. Le 14 décembre 2014, le PLD gagne son pari et est reporté au pouvoir avec une nette majorité. Avec l'appui du parti Komeito, qui a 31 sièges, il obtient une majorité supérieure aux deux tiers de la Chambre basse, ce qui signifie qu'il peut renverser une décision de la Chambre haute. Les analystes sont nombreux à identifier la faiblesse de l'opposition comme un des facteurs expliquant cette victoire du PLD. Le PD, qui n'a que 200 candidats pour combler les 300 sièges à pourvoir par vote direct, n'aura que 73 représentants à la Chambre basse. Le Parti de l'innovation au Japon, né de la fusion entre le Parti de la restauration au Japon et le Parti de l'unité, fait pour sa part élire 54 députés. Plusieurs analystes pointent du doigt la participation anémique, 52,7% des électeurs, un record, pour illustrer le désintérêt croissant de la population à l'endroit de la classe politique.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Claude Leblanc, « Abe, champion électoral dopé par l'abstention »

«...Alors qu'il avait justifié son choix de dissoudre pour rassembler les Japonais derrière son programme politique de relance économique dont les résultats ont jusqu'à présent peu convaincu l'opinion publique, le Premier ministre n'a pas réussi à susciter l'enthousiasme. Il a davantage profité de l'absence d'adversaires pour assurer cette « victoire sans chaleur » comme le notait le Tokyo Shimbun en première page de son édition matinale. Au cours de la soirée électorale, Shinzo Abe n'a pas caché sa satisfaction, mais elle n'était pas aussi vive qu'il y a deux ans quand il était revenu au pouvoir avec des ambitions nouvelles pour le pays. Depuis, les Japonais ont pu mesurer la réalité de sa politique au point qu'une enquête réalisée à la sortie des urnes par la chaîne de télévision TV Tokyo montrait qu'une majorité des sondés souhaitaient que « le nouveau mandat du Premier ministre soit le plus court possible ». Shinzo Abe n'a pas gagné les coeurs et le mandat que les électeurs lui ont accordé ne sera pas aisé à gérer en dépit de la majorité absolue de son parti dans les deux chambres du Parlement. »

L'Opinion (France), 16 décembre 2014, p. 7.

Yann Rousseau, « Shinzo Abe en passe de remporter une super-majorité »

«...Très affaiblie depuis sa défaite de 2012, la grande formation d'opposition, le Parti démocrate, pourrait encore voir son influence reculer. Elle n'a pas fait son aggiornamento idéologique et n'a pas su remobiliser ses troupes, qui risquent de s'abstenir massivement. Le parti, sans leader véritable, a même peiné à trouver des candidats dans de nombreuses circonscriptions. S'il est assuré de rester au pouvoir avec une majorité confortable, Shinzo Abe n'a toutefois pas pris de risques au fil de sa campagne construite autour d'un slogan : « Il n'y a pas d'autre chemin vers la reprise. » La formule, reprise sur ses affiches et des autocollants qu'il porte sur ses anoraks au fil des meetings, n'est pas accompagnée d'un programme très précis. Sur sa plate-forme, le PLD n'évoque que succinctement les grandes réformes structurelles audacieuses un temps promises par le Premier ministre dans le cadre de ses « Abenomics ». Il est ainsi très discret sur la participation du pays au partenariat transpacifique, un gigantesque accord de libre-échange couvrant la région Asie-Pacifique. Celui-ci doit pourtant servir de catalyseur à nombre de réformes et doit notamment précipiter l'ouverture d'un marché agricole national très protégé. La flexibilisation du marché du travail, très impopulaire chez les conservateurs, n'est pas non plus mise en avant. »

Les Échos (France), 12 décembre 2014, p. 6.

Philippe Mesmer, « Au Japon, les enjeux cachés des législatives »

«...Focalisée sur l'économie, la campagne pour les élections législatives du dimanche 14 décembre au Japon a éludé bien des sujets controversés, qu'il s'agisse de la révision de la Constitution, de la relance du nucléaire, de la politique de défense ou encore de la protection des secrets d'État. Le premier ministre Shinzo Abe a réussi à transformer ce scrutin en référendum sur les « Abenomics » , les mesures de relance adoptées depuis son retour au pouvoir en 2012. Tel fut le message martelé par le chef de gouvernement et ses troupes pendant les deux semaines passées à arpenter l'Archipel. « Pour le redressement économique, il n'y a que cette voie à suivre ». Surpris par l'annonce des élections anticipées, les autres partis ont tenté de suivre, essayant de capitaliser sur les limites des « Abenomics », en particulier sur le pouvoir d'achat. En vain, faute de pouvoir offrir une alternative crédible. Le 12 décembre, les sondages prédisaient une large victoire de M. Abe et de sa formation, le Parti libéral démocrate (PLD), qui pourrait obtenir plus de 300 des 475 sièges en jeu. Un tel succès restaurerait la popularité du premier ministre, affectée par la démission en octobre de deux ministres et par l'annonce en novembre de l'entrée en récession du Japon. »

Le Monde (France), 13 décembre 2014, p. 3.

R. Taggart Murphy, « Why Japanese Voters Feel Hopeless »

«...The Japanese have a term for hopelessness - shikata ga nai, «it can't be helped.» Acceptance of things as they are is deeply embedded in the culture. It also explains why voters are so listless, and even despairing, in the run-up to the national election on Sunday. Japan is in a recession. The popularity of the Liberal Democratic Party, which has been in power for all but four years since 1955, is plummeting. Prime Minister Shinzo Abe called an early election to pre-empt the coalescing of an opposition that could threaten his party's control of Parliament. Mr. Abe says he wants to revive the long-stagnant economy, but his policies have been anything but clear. The government has pumped credit into the economy to raise inflation, weaken the yen and help exporters, but as a result, households have less purchasing power. It has borrowed heavily to finance infrastructure and other stimulus projects, but it has also raised the national sales tax, which sent the economy into a downturn. It wants to make it easier for companies to lay off employees, but it hasn't found a new way to offer them the economic security they have long expected. Voters are so dispirited that turnout could be at a record low. Yet the Liberal Democratic Party is expected to hold on - an unfortunate outcome for Japan. »

New York Times (États-Unis), 13 décembre 2014, p. A19.

Gouvernance et gouvernement [ 14 décembre 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Japon
ÉlevéAkihito (Tsugu-no-miya)Shinzo Abe

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



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août
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Séisme dévastateur au Japon

décembre
2012
Élection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

décembre
2012
[Résultats] Élections législatives

décembre
2014
Réélection au Japon du Parti libéral démocrate de Shinzo Abe

décembre
2014
[Résultats] Élections législatives


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