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25 janvier 2015

Élection de la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras en Grèce

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alexis Tsipras

Lors des législatives grecques du 25 janvier 2015, la Coalition de la gauche radicale (CGR) d'Alexis Tsipras arrive en tête pour la première fois de son histoire avec 36,3 % des voix et 149 sièges. Ce résultat marque un tournant, la CGR s'étant engagée à rompre avec les politiques d'austérité adoptées par le gouvernement sortant pour redresser la situation financière du pays.

À la suite de la crise économique de 2008, le taux d'endettement et de chômage explose en Grèce. Il faut deux élections, en mai et juin 2012, avant qu'un gouvernement d'union nationale ne soit formé par Antonio Samaras. Il adopte des politiques d'austérité, dont des congédiements et des coupures dans les services de l'État, afin de répondre aux normes des institutions qui ont fait un prêt important à la Grèce en 2010 (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Commission européenne). Opposée à cette approche, la CGR, une formation d'extrême gauche, termine deuxième avec 26,9 % des voix et 71 sièges. L'incapacité des parlementaires à élire un nouveau président, un rôle essentiellement protocolaire, replonge la Grèce en élection en janvier 2015. Tous les sondages donnent la CGR gagnante. Plusieurs pays d'Europe redoutent cette éventualité, le chef Alexis Tsipras s'engageant à mettre fin aux politiques d'austérité, selon lui néfastes à l'économie, et à renégocier les conditions de remboursement de la dette grecque s'élevant à plus de 300 milliards d'euros. Le 25 janvier, la CGR arrive en tête pour la première fois avec 36,3 % des voix et 149 sièges, deux de moins que la majorité. Nouvelle démocratie (ND), le parti conservateur du premier ministre Samaras, ne récolte que 76 sièges, 53 de moins qu'en juin 2012. Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), un acteur politique majeur en Grèce depuis les années 1980, dégringole pour sa part à 4,7 % des votes et 13 sièges. Quant à l'Aube dorée, un parti d'extrême droite, elle reste stable avec 17 sièges. Toute l'attention est tournée vers Tsipras et la CGR qui auront la majorité grâce à l'appui des Grecs indépendants, un parti conservateur opposé lui aussi aux accords de prêt conclus par le gouvernement précédent. L'hypothèse d'un départ de la zone euro est évoquée par des analystes, mais d'autres pensent qu'un compromis peut encore être négocié avec la Grèce.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Maria Malagardis, « Alexis Tsipras, une icône grecque »

«...Alexis Tsipras est depuis longtemps un véritable ovni pour la scène politique grecque. Dans un pays habitué aux politiciens âgés, paternalistes et souvent grandes gueules, il a imposé un style discret, voire modeste, tout en réussissant à incarner à lui tout seul le parti qu'il a conduit aux portes du pouvoir. La frange la plus à gauche de Syriza peut bien lui reprocher d'avoir délibérément élargi ces derniers mois la clientèle du mouvement, en accueillant des transfuges du Pasok socialiste, voire certains venus du parti nationaliste des Grecs indépendants. Mais même ces esprits chagrins qui trouvent le programme du parti trop modéré le reconnaissent: « Au sein de Syriza, tout le monde soutient Tsipras. » Ce n'est pas le moindre mérite du héros du jour que d'avoir réussi à rassembler autour de sa personne toutes les tendances d'un parti qui n'est à l'origine qu'un agrégat de petites formations marginales. Le leader du Pasok a beau l'avoir qualifié de « Harry Potter de la politique grecque » pendant la campagne, selon un blogueur, « Tsipras n'a rien d'un petit garçon. Il a su écarter des concurrents sérieux lors de son ascension, et faire preuve d'audace, comme ce face-à-face inédit et atypique sur Twitter. Tout en faisant les concessions nécessaires sans se trahir pour atteindre son objectif. »»

Le Temps (Suisse), 26 janvier 2015.

Rosa Moussaoui, « Un souffle d'espoir pour tourner la page de l'austérité »

«...Après cette large victoire, pour Syriza et pour Alexis Tsipras, le plus difficile commence aujourd'hui. La gauche s'est engagée à former, qu'elle dispose ou non de la majorité absolue au Parlement, « un gouvernement de tous les Grecs ». Avec une extrême droite tapie en embuscade, Syriza n'a pas le droit à l'erreur. Dans les bureaux de vote d'une école d'Ambelokipi, près du stade de football qu'occupe le Panathinaïkos, les militants d'Aube dorée pariaient déjà, hier, sur l'échec. (...) Guetté à Bruxelles et à Berlin, attendu au tournant par ses adversaires politiques autant que par une partie de l'oligarchie qui redoute ses promesses de justice sociale et fiscale, Alexis Tsipras espère pouvoir compter sur la mobilisation du peuple grec pour imposer la renégociation de la dette et rompre avec des choix néolibéraux destructeurs. C'est sans doute là que réside le plus grand défi pour Syriza, jeune parti au fragile enracinement social et militant. Par-delà les frontières du pays, c'est aussi l'avenir européen d'une gauche capable de se confronter aux forces de l'argent qui se joue sur la scène grecque. Les attentes sont immenses, la tâche est prométhéenne. »

L'Humanité (France), 26 janvier 2015.

Jean-Jacques Mével, « L'Europe retient son souffle face à la nouvelle donne »

«...Le candidat Tsipras a mis de l'eau dans son vin. La sortie de l'euro n'est plus dans le programme, pas plus que la dénonciation unilatérale d'une dette intraitable, à 175 % du PIB. Mais portée par l'élan, Syriza confirme sa promesse de gommer des pans entiers des deux plans de redressement noués avec la « troïka » : les coupes claires dans les retraites et dans de nombreux salaires, la fin de l'assurance-maladie universelle et les taxes exceptionnelles imposées depuis 2010 pour rétablir les comptes publics. La facture de cette rupture « anti-austérité » s'élève à 12 milliards d'euros, au moins. Elle ferait plonger dans le rouge un budget dont l'équilibre est à la fois l'objectif et la condition posés par les créanciers, en clair les gouvernements de la zone euro. Ça passe ou ça casse ? Athènes, les autres capitales de la monnaie commune, la BCE et le FMI devraient l'apprendre assez vite. Le premier ministre sortant Antonis Samaras lègue un calendrier de discussion empoisonné à son successeur. C'est au plus tard dans cinq semaines, le 28 février à minuit, qu'arrive à son terme le second programme d'aide internationale. Avec à la clef le déblocage de 5 à 7 milliards d'euros dont Athènes a impérativement besoin pour se financer en 2015. Et la probable option d'un troisième plan d'aide qui permettrait, murmure Bruxelles, de négocier et de desserrer l'étau, pour l'avenir. »

Le Figaro (France), 26 janvier 2015, p. 3.

François Bugingo, « Grèce : la gauche anti-austérité a gagné, mais aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? »

«...Syriza a astucieusement et logiquement exploité la lassitude de Grecs humiliés et écrasés par les mesures d'austérité imposées par les bailleurs étrangers (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International) en échange d'un refinancement de ses caisses publiques. Durant les premiers jours de campagne, le président du parti, Alexis Tsipras, a promis de rejeter le diktat étranger, de renier la dette de la Grèce et de rétablir tous les services abolis par le gouvernement conservateur qui avait consenti à ces mesures draconiennes. Quitte, disait-il à l'époque, à être éjecté de la zone euro et de retrouver la drachme, l'ancienne monnaie grecque. Au fur et à mesure que la campagne progressait et que la réalité de sa victoire s'affirmait, Alexis Tsipras a commencé à opérer un glissement sémantique, à peine perceptible mais qui va prendre tout son sens dans les prochains jours. Il ne parle plus de rejeter d'un bloc les mesures des bailleurs de fonds mais plutôt de les renégocier, de discuter leur amendement. C'est subtil, mais ça ouvre largement la fenêtre à tous les possibles reniements. »

Le Journal de Montréal (Québec, Canada), 26 janvier 2015.

Paul Krugman, « Ending Greece's Nightmare »

«...So now that Mr. Tsipras has won, and won big, European officials would be well advised to skip the lectures calling on him to act responsibly and to go along with their program. The fact is they have no credibility; the program they imposed on Greece never made sense. It had no chance of working. If anything, the problem with Syriza's plans may be that they're not radical enough. Debt relief and an easing of austerity would reduce the economic pain, but it's doubtful whether they are sufficient to produce a strong recovery. On the other hand, it's not clear what more any Greek government can do unless it's prepared to abandon the euro, and the Greek public isn't ready for that. Still, in calling for a major change, Mr. Tsipras is being far more realistic than officials who want the beatings to continue until morale improves. The rest of Europe should give him a chance to end his country's nightmare. »

New York Times (États-Unis), 26 janvier 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 25 janvier 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Grèce
ÉlevéKarolos G. PapouliasAntonis Samaras

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



mai
2012
Tenue d'élections législatives en Grèce

mai
2012
[Résultats] Élections législatives

juin
2012
Tenue d'élections législatives en Grèce

juin
2012
[Résultats] Élections législatives

janvier
2015
Élection de la Coalition de la gauche radicale d'Alexis Tsipras en Grèce

janvier
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
2015
Tenue d'un référendum sur un plan d'aide financière européenne à la Grèce

septembre
2015
Tenue d'élections législatives en Grèce

septembre
2015
[Résultats] Élections législatives


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