Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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23 janvier 2015

Décès du roi Abdallah Ben Abdelaziz al-Saoud d'Arabie saoudite

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Plusieurs chefs d'État et de gouvernement se rendent en Arabie saoudite pour présenter un dernier hommage au souverain Abdallah Ben Abdelaziz al-Saoud, décédé à l'âge présumé de 90 ans. Celui qui lui succède, son demi-frère Salmane, accède au trône dans un contexte de bouillonnement intense au Moyen-Orient.

Abdallah devient officiellement roi d'Arabie saoudite en 2005, à la mort de son demi-frère Fahd. À cause des graves problèmes de santé de ce dernier, il est cependant le souverain de facto depuis 1995. Sous son règne, cette puissance pétrolière demeure un allié des États-Unis, tout en exprimant certains désaccords avec eux. L'Arabie saoudite est notamment décriée pour ses liens avec des groupes considérés comme terroristes. Sur le plan domestique, quelques mesures sont adoptées sous le roi Abdallah, notamment le droit accordé aux femmes de voter pour les conseils municipaux et des possibilités accrues aux jeunes Saoudiens voulant étudier à l'étranger. Cet État du Moyen-Orient demeure néanmoins critiqué par des organisations internationales qui dénoncent ses piètres performances en matière de droits de l'homme, qualifiant les réformes d'Abdallah de mineures. C'est Salmane, un demi-frère du roi, qui accède au trône. La santé fragile de cet homme de 79 ans incite les analystes à le percevoir comme un roi de transition. Lui-même définit ses positions dans la continuité de celles d'Abdallah. Ce changement au pouvoir survient au moment où le Moyen-Orient est en proie à de nombreux bouleversements : guerre civile en Syrie, apparition de l'État islamique, crise au Yémen, chute du prix du pétrole, etc. Une situation qui ouvre la porte aux spéculations quant à l'attitude qu'adopteront ceux qui suivront éventuellement Salmane sur le trône saoudien. Par ailleurs, l'influence du pays demeure significative, ce dont atteste la présence de nombreux chefs d'État et de gouvernement venus rendre un dernier hommage à Abdallah (le président américain Barack Obama, le premier ministre britannique David Cameron, etc.).

Dans les médias...


Gilles Paris, « La mort d'Abdallah, monarque équilibriste »

«...Il devint régent, puis roi, à un âge où beaucoup de ses contemporains se sont déjà retirés des affaires politiques. Longtemps considéré comme un conservateur pur et dur, réticent à ouvrir son pays aux évolutions du monde, Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, mort vendredi 23 janvier à Riyad des suites d'une pneumonie, fut pourtant tout le contraire. Jusqu'à ce que la vieillesse, conjuguée au choc des «printemps arabes», le ramène à une forme d'orthodoxie. Réformateur comme on peut l'être en terre saoudienne, il tenta d'adapter son royaume aux impératifs des temps. Inlassablement, il s'efforça de limiter les bastions institutionnels concédés aux religieux les plus radicaux par son prédécesseur. Il réagit aux attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des kamikazes, dont une majorité était ses sujets, en formulant une offre de paix globale avec Israël. Il illustra par une visite historique au Vatican une volonté de dialogue interreligieux destinée à éloigner l'islam des sables mouvants d'un rigorisme et d'un retour à la religion des «pieux ancêtres» qu'il jugeait difficilement compatible avec son titre officiel de «Serviteur des lieux saints». L'obsession iranienne l'empêcha cependant de normaliser les relations du royaume avec sa minorité chiite, et les autres cultes pratiqués dans le royaume (notamment par les cohortes d'expatriés) restèrent condamnés à la clandestinité. »

Le Monde (France), 24 janvier 2015, p. 6.

Pierre Prier, « Abdallah, un stratège de l'équilibre et du compromis »

«...Le génie politique d'Abdallah va être de traiter séparément les différents rebelles. Contre les émules de Ben Laden, il lance les services de sécurité, parfois épaulés par des milices tribales. Avec les opposants pacifiques, le souverain emploie le bâton - quelques séjours en prison - puis la carotte. Certains sont apaisés par des avantages divers. Ceux qui réclament surtout une participation au pouvoir religieux, obtiennent satisfaction. Aujourd'hui, l'Arabie saoudite n'a plus un establishment religieux mais deux. À côté des oulémas (savants) traditionnels, soutiens inconditionnels du pouvoir, les ex-contestataires, issus en partie des Frères musulmans, ont leur mot à dire sur bien des sujets, comme la réforme de l'éducation ou le droit des femmes à conduire. S'ils ne revendiquent plus, pour l'instant, le partage du pouvoir politique, leur idéologie reste présente dans la société. Cette nouvelle alliance est l'une des raisons pour lesquelles l'Arabie échappe au «printemps arabe». Les opposants ralliés respectent le pacte en n'appelant pas à renverser le monarque. »

Le Figaro (France), 24 janvier 2015, p. 7.

Jean-Pierre Perrin, « Une lignée de faucons pour succéder au roi Abdallah »

«...Sur un plateau de la balance, on trouve de la lingerie, des frous-frous, des déshabillés en soie, tout ce dont raffolent les Saoudiennes et que, grâce à la magnanimité du défunt roi Abdallah, les femmes sont désormais autorisées à vendre dans des boutiques - un privilège auparavant réservé aux hommes. Sur l'autre plateau, foin de la bagatelle, ce sont les milliards de dollars que le royaume saoudien déverse sur le Sahel, l'Afrique de l'Ouest, l'Asie centrale, la péninsule indienne, le Proche et Moyen-Orient, l'Europe aussi, pour y financer des milliers d'écoles coraniques où l'on y enseigne l'islam le plus sectaire et intolérant. C'est par cette image que l'on pourrait résumer le règne de dix ans du défunt Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud. Et même de vingt ans si l'on prend en compte l'attaque cérébrale dont fut victime en 1995 son demi-frère, le roi Fahd. D'un côté, des réformes cosmétiques, comme l'autorisation donnée aux femmes de vendre de la lingerie ou de se présenter à des conseils municipaux sans grand pouvoir, ou encore la nomination d'une femme comme haut fonctionnaire (à la Formation). De l'autre, une politique résolument hostile à toute vraie réforme : les femmes ne peuvent toujours pas conduire ni voyager sans la présence d'un membre masculin de leur famille; la liberté d'expression est toujours bâillonnée, comme en témoigne la récente condamnation d'un jeune blogueur saoudien à mille coups de fouet et dix ans de prison pour quelques critiques de la police religieuse. »

Libération (France), 24 janvier 2015, p. 8.

Baudouin Loos, « Abdallah, celui qui échoua à réformer »

«...dans le domaine de la politique étrangère, allait-il par ailleurs, lui, le fier panarabiste, marquer l'indépendance de son pays vis-à-vis du «parrain» américain, comme d'aucuns le prédisaient? Eh bien! non. Certes il montrera quelques humeurs maussades de temps à autre envers les pensionnaires de la Maison-Blanche qu'il eut à fréquenter, mais le réalisme l'emportera toujours et son pays restera, sous sa férule, l'obligé de l'Oncle Sam. En avait-il le choix? L'invasion du petit voisin koweïtien par l'ogre irakien en 1990 avait forcé Fahd à appeler les Yankees infidèles à venir défendre le désert saoudien. Abdallah, lui, eut à affronter la crise du 11-Septembre, surtout quand il fut su que quinze des dix-neuf pirates de l'air envoyés par Ben Laden pour attaquer les États-Unis étaient nés saoudiens. Les bons rapports avec les États rétablis - et l'Initiative de paix arabe de 2002 y contribua (voir par ailleurs) - restait à les convaincre que l'Iran incarnait Satan. Car l'Iran chiite, ce rival qui conteste leur hégémonie religieuse, empêche les dirigeants de dormir. S'il faut aller jusqu'à le combattre en Syrie, ils le feront (par islamistes interposés, du moins - pas l'État islamique ou al-Qaïda, qui veulent leur peau, mais d'autres groupes). Effort vain de ce côté-là aussi... Quelles que fussent ses intentions, Abdallah n'aura donc guère réformé. Et il ne faut pas attendre de son successeur qu'il se montre plus audacieux. »

Le Soir (Belgique), 24 janvier 2015, p. 14.

John Bulloch, « King Abdullah of Saudi Arabia »

«...group which provides the Kingdom's top echelons and has within it all the tensions of any other ruling hierarchy. He was the son of a woman virtually taken in battle and then married by his father, Abdul Aziz - the legendary ibn Saud - to cement a new alliance. He had no full brothers, and thus no inner circle which he would feel able to trust absolutely. At the same time he had many advantages: he was, in many ways, the most like his father, the man who founded the Kingdom and kept it intact. And like his father, Abdullah was able to command the respect and affection of the people of the Saudi heartland, the Bedouin who adhered most closely to the austere Wahabi brand of Islam, and whose support was vital. A man with a fierce appearance, he was in fact a gentle character with a slight stammer and yet could speak forcefully. He was unostentatiously devout, sharing the uncompromising religion of the Bedouin among whom he spent his formative years: asked, in a period of dissent, about the lure of socialism, he replied: «Saudi Arabia has a constitution inspired by God and not drawn up by man. True socialism is the Arab socialism laid down in the Koran». »

The Independent (Royaume-Uni), 24 janvier 2015, p. 42.

Gouvernance et gouvernement [ 23 janvier 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Arabie Saoudite
Faible`Abd Allah ibn `Abd al-`Aziz Al Faysal Al Sa`ud`Abd Allah ibn `Abd al-`Aziz Al Faysal Al Sa`ud

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2005 - 2016



août
2005
Décès du roi Fahd d’Arabie saoudite

janvier
2015
Décès du roi Abdallah Ben Abdelaziz al-Saoud d'Arabie saoudite


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