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28 mars 2015

Élection de Muhammadu Buhari à la présidence du Nigeria

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Muhammadu Buhari

Lors de l'élection présidentielle qui se déroule au Nigeria, le président sortant, Goodluck Jonathan, est défait par Muhammadu Buhari, un ex-général qui a dirigé le pays de façon autoritaire entre 1983 et 1985. Cette victoire met fin à la domination du Parti démocratique populaire à la présidence qui remonte à 1999.

En avril 2011, Goodluck Jonathan du Parti démocratique populaire (PDP) est élu à la présidence du Nigeria avec près de 59 % des voix. Il reçoit de forts appuis dans le sud du pays où les catholiques, comme lui, sont majoritaires. Son mandat fait l'objet de fortes critiques. L'inégalité persistante des richesses ainsi que les rumeurs de corruption minent sa crédibilité qui est également affectée par l'impuissance du gouvernement à neutraliser le Boko Haram. Ce groupe d'islamistes radicaux est responsable de nombreux enlèvements et tueries. La Commission électorale évoque même son action dans le nord-est du pays pour reporter l'élection présidentielle de février à mars 2015. Cette mesure est perçue avec méfiance par les adversaires du président. Afin de vaincre Jonathan, quatre partis d'opposition se rallient sous une bannière commune, le All Progressive Congress, et appuient une candidature unique à cette occasion. Il s’agit de l'ex-général Muhammadu Buhari, un ancien président du Nigeria, maintenant âgé de 72 ans, qui s'engage à défaire le Boko Haram et restaurer l'ordre. Des candidats en lice, seuls Jonathan et Buhari sont considérés comme de sérieux aspirants. De fait, ils récoltent respectivement 45 % et 54 % des voix. La victoire de Buhari, favorisée par une domination dans le nord, à majorité musulmane, est considérée légitime par les observateurs suivant le déroulement du vote. Elle met fin au monopole du PDP à la présidence depuis 1999. Le PDP perd aussi la majorité au Sénat. Même si c'est la première fois qu'un président nigérian sortant est défait, la transition se fait sans heurts. Jonathan contribue d'ailleurs à apaiser les tensions potentielles en annonçant qu'il reconnaît la victoire de son adversaire.

Pour en savoir plus: Discours du président du Nigeria lors du jour de l'indépendance

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Véronique Kiesel, « Le camp de Buhari revendique la victoire »

«...À l'échelle du Nigeria mais aussi de l'Afrique, une alternance politique pacifique sortie des urnes serait un signe encourageant de maturité de la démocratie, la preuve qu'un bipartisme est possible dans une région où, dans la plupart des pays, les partis au pouvoir s'accrochent, écrasent ou détruisent leurs concurrents. « Nous allons construire un nouveau Nigeria, comme mon mari l'a promis, a indiqué avec enthousiasme Aisha Buhari. Avant de reconnaître: Ça va être dur. Les attentes sont immenses.» Dans des pays au paysage politique longtemps figé, les citoyens veulent souvent croire que l'alternance politique va résoudre d'un coup tous leurs problèmes. « Les Nigériens attendent que la corruption disparaisse immédiatement, mais la corruption est un problème institutionnel ici, c'est un mode de vie», explique dans le Washington Post Idayat Hassan, directeur du Centre pour la démocratie et le développement, un think tank basé à Abuja. Ses électeurs espèrent que Buhari, qui a pris pour symbole le balai, jette en prison sans tarder de nombreux responsables politiques corrompus, comme il l'avait fait lorsqu'il avait conquis le pouvoir par un coup d'Etat, en 1983. Mais agir de la sorte renforcerait inévitablement les tensions politico-régionales, avec le risque d'explosions de violences que tout le monde redoute. »

Le Soir (Belgique), 1er avril 2015, p. 13.

Jean-Philippe Rémy, « Au Nigeria, le sacre démocratique de Buhari »

«...La vieille baderne (Buhari), tout à coup, ne semblait plus si vieille (72 ans). Surtout, elle promettait de changer la vie du Nigeria, devenu première économie d'Afrique en 2014, en mettant fin au gâchis des ressources naturelles. C'est peut-être de cela que rêve, à nouveau, le Nigeria : mettre fin à la gabegie. Alors, pourquoi pas avec un père fouettard, adouci peut-être par l'âge? En février, devant une salle pleine à craquer du centre de réflexion Chatham House, à Londres, le candidat avait dénoncé le fait que le Nigeria était désormais coupé en deux, avec « une économie réservée à une petite élite ayant tout, isolée sur son île de prospérité, et une autre, pour le plus grand nombre, dénué de tout dans un vaste océan de misère ». Il avait aussi promis de mettre fin aux « fuites » dans le secteur des hydrocarbures, concernant la production pétrolière, dont 10 % environ des quelque 2 millions de barils produits chaque jour sont détournés. Pendant la campagne, un dessin animé montrait Muhammadu Buhari et son colistier transformés en superhéros. Sur la musique de James Bond, ils faisaient disparaître à coups de balai (l'emblème de la coalition de l'opposition formée en 2013) tous les maux du Nigeria, à commencer par la corruption. Mais le Nigeria n'est pas un dessin animé. Pour remporter l'élection, il a aussi fallu une machine à gagner. »

Le Monde (France), 2 avril 2015, p. 2.

François Brousseau, « Le test du Nigeria »

«...Même si Boko Haram, depuis deux ans, monopolise 90 % de l'attention étrangère sur le Nigeria, cette affaire est loin d'affecter tout le pays, ou de le mobiliser entièrement. Il y a là un « effet de loupe » médiatique un peu trompeur, typique de l'attention myope et distraite des médias occidentaux pour ces lointaines contrées africaines... (...) Entre le chrétien Jonathan et son adversaire de l'opposition nouvellement unifiée du Congrès des progressistes, le musulman Muhammadu Buhari -- ancien ministre, ancien général, ancien putschiste des années 60 et 80, ex-candidat malheureux à la présidence (deux fois dans les années 2000 !) --, la concurrence est féroce. Pourtant, le Nigeria de 2015, c'est bien plus que l'affrontement entre deux candidats présidentiels aux étiquettes confessionnelles, bien plus que le cliché simplificateur du « Nord musulman contre le Sud chrétien », bien plus que la lutte contre une nouvelle mouture du djihad mondial. C'est aussi un géant aux ressources extraordinaires (et pas seulement le pétrole) et à la démocratie balbutiante. Une démocratie qui traverse avec cette élection une épreuve fondatrice qui pourrait soit le faire régresser à nouveau dans la violence, soit le faire décoller pour le XXIe siècle. »

Le Devoir (Québec, Canada), 30 mars 2015, p. B1.

Monika Mark et David Smith, « Nigerian election : opposition leader Muhammadu Buhari sweeps to victory »

«...the result was a personal disaster for Jonathan, 57, earning him an unwanted place in history as Nigeria's first democratically unseated leader. He was dubbed « the accidental president » when greatness was thrust upon him with the death of president Umaru Yar'Adua five years ago. The first paragraph of the fedora-wearing Jonathan's political obituary will surely make reference to his failure to stop a deadly insurgency by the Islamist militants Boko Haram, including his lacklustre response to the kidnapping of 276 schoolgirls from Chibok. His defeat was welcomed by leading Nigerian author and political commentator Wole Soyinka. « It was inevitable, » he said. « The groundswell of discontent was bound to overwhelm the Jonathan group sooner or later. » (...) The outcome is likely to reverberate across the continent, from South Africa - where the seemingly unassailable African National Congress has held power for 21 years - to countries such as Angola, Equatorial Guinea, Ethiopia, Rwanda, Sudan and Zimbabwe, which critics say pay mere lip service to the concept of opposition politics. »

The Guardian (Royaume-Uni), 31 mars 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 28 mars 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Nigeria
LimitéGoodluck Jonathanposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2005 - 2016



avril
2007
[Résultats] Élection présidentielle

avril
2007
[Résultats] Élections législatives

avril
2011
[Résultats] Élection présidentielle

avril
2011
[Résultats] Élections législatives

avril
2014
Enlèvement de lycéennes nigérianes par le Boko Haram

mars
2015
Élection de Muhammadu Buhari à la présidence du Nigeria

mars
2015
[Résultats] Élection présidentielle


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