Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

20 février 2019

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7 décembre 1993

Décès du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Félix Houphouët-Boigny

Le seul président de l'histoire de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, décède le 7 décembre 1993 dans la capitale, Yamoussoukro, des suites d'un cancer. Lors de ses obsèques, le 7 février 1994, 26 chefs d'État, la plupart de pays africains, seront sur place pour rendre hommage à un des personnages les plus marquants de l'époque post-coloniale sur le continent.

Le premier ministre Houphouët-Boigny devient président lorsque la Côte d'Ivoire accède à l'indépendance, le 7 août 1960. Il élimine l'opposition et centralise rapidement les pouvoirs autour de lui et de son Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI), le parti unique. Le président mise sur le libéralisme économique pour développer son pays. Les investissements étrangers sont sollicités et les ressources premières, comme le cacao, le café et le bois, mises à contribution. La Côte-d'Ivoire entretient aussi des liens très étroits avec la France, une constante tout au long du règne d'Houphouët-Boigny. Les forts taux de croissance et les progrès sociaux - scolarisation, espérance de vie - font d'elle un modèle sur le continent. Les élections se déroulent toutefois sans opposition. De plus, la chute des cours des matières premières et d'autres problèmes conjoncturels minent l'économie ivoirienne au cours des années 1980, accentuant les tensions sociales. Celui que l'on surnomme « le vieux » est blâmé pour cette détérioration, mais aussi pour la corruption du régime, des dépenses somptuaires, comme la basilique Notre-Dame de la Paix, et son enrichissement personnel. Des ouvertures démocratiques sont faites et des élections multipartites tenues, en 1990. Le président conserve le pouvoir, mais la grogne se poursuit, notamment chez les étudiants. Atteint d'un cancer, Houphouët-Boigny meurt le 7 décembre 1993 à l'âge de 88 ans. Son règne de 33 ans était l'un des plus longs parmi ses contemporains. Vingt-quatre chefs d'État africains et une imposante délégation française, avec à sa tête le président François Mitterrand, assistent à ses obsèques, le 7 février 1994. Le successeur constitutionnel est le président de l'Assemblée nationale, Henri Konan Bédié. Sa place est cependant contestée par le premier ministre Alassane Ouattara, laissant présager une rupture avec la stabilité politique observée sous Houphouët-Boigny.

Dans les médias...


Frédéric Fritscher, Jean de la Guerivière, Jean-Claude Pomonti, « Les nombreuses vies de Félix Houphouët-Boigny »

«...Il fut surtout un vrai chef à l'africaine, soucieux de son autorité mais aussi de ses intérêts. La sagesse tant vantée du « doyen » de l'Afrique francophone s'accommodait d'une bonne dose de pragmatisme - d'opportunisme, clamaient ses adversaires. Dur quand il l'a jugé utile, le bâtisseur n'a pas hésité à suivre son propre chemin, sans trop sacrifier aux intérêts d'un panafricanisme dont il se méfiait. De Gaulle, dans ses Mémoires d'espoir, l'a dépeint comme un « cerveau politique de premier ordre, de plain-pied avec toutes les questions qui concernent non seulement son pays mais aussi l'Afrique et le monde entier, ayant chez lui une autorité exceptionnelle et, au-dehors, une indiscutable influence, et les employant à servir la cause de la raison ». Ce jugement sans nuance est pourtant sans complaisance : tous ceux qui ont approché Houphouët-Boigny avant la décrépitude du grand âge ont été frappés par son intelligence des hommes, sa capacité à les séduire et à les utiliser et son étonnante volonté qui lui ont permis de devenir, après une carrière bien remplie, à l'approche de la soixantaine, le bâtisseur de la Côte-d'Ivoire moderne. »

Le Monde (France), 9 décembre 1993, p. 1.

Daniel Bastien, « Le père du miracle ivoirien »

«...Le fameux « miracle ivoirien » se confond toujours aujourd'hui avec la personnalité du président, que l'on crédite de la fulgurante progression des exportations agricoles qui a fait du pays le premier exportateur mondial de cacao, le premier exportateur africain de café, de coton ou de bananes, sans compter le bois, l'ananas, ou le latex. Dans l'euphorie, les emprunts extérieurs se sont multipliés, l'équipement du pays s'est accéléré, provoquant un enrichissement brutal d'une partie de la population et une corruption régulièrement dénoncée - mais peu sanctionnée - par le président lui-même. En plein boom, le Parti du président (PDCI) a alors régné sans partage sur la politique, l'administration et les affaires, récupérant aisément les révoltes sporadiques des étudiants. Mais la crise économique a créé un profond malaise social, révélé un besoin d'ouverture politique, et finalement remis en question le système Houphouët. En février 1990, l'explosion estudiantine et la pression de la rue - paysans, enseignants, et fonctionnaires réunis - ont contraint le président à instaurer le multipartisme. Après trente ans de « règne », le « Vieux Sage de l'Afrique », qui a milité avec conviction pour la paix (il a été l'un des premiers artisans du rapprochement du continent noir avec l'Afrique du Sud), avait subi, lui aussi, l'usure du pouvoir...»

Les Échos (France), 8 décembre 1993, p. 6.

François Brousseau, « Ni despote, ni démocrate »

«...Président à vie d'un État resté jusqu'en 1990 officiellement monopartite, milliardaire qui avait fait une grande partie de sa fortune avant d'atteindre le sommet du pouvoir, Félix Houphouët-Boigny n'était pas, il s'en faut de beaucoup, le pire des présidents africains. Mais il n'était pas non plus un grand démocrate. N'avait-il pas déclaré un jour, dans l'un de ces aphorismes dont il était friand, «Je préfère une injustice au désordre»? N'avait-il pas, à la suite des émeutes de février 1992, fait emprisonner, sans états d'âme, syndicalistes, journalistes et opposants divers par centaines? Il n'empêche, l'expression «despote» n'allait pas à Félix Houphouët-Boigny comme elle va si naturellement à un Mobutu Sese Seko, le «Léopard» qui sévit toujours au Zaïre. Parce que, malgré tous les travers de ce père de famille autoritaire comme il y en a eu tant à la tête des États africains, la Côte d'Ivoire reste l'un des pays qui s'en sont le moins mal tirés au cours des trois décennies de l'indépendance, plus particulièrement au cours des deux premières, au cours desquelles le taux de croissance aura été de 7,8% en moyenne. En plus d'être l'un de ces multiples héros de l'indépendance africaine au début des années 60, Félix Houphouët-Boigny aura attaché son nom à la lutte pour un «prix juste», sur le marché international, pour les matières premières dont le tiers monde est parfois bien pourvu, mais sans en récolter tous les fruits économiques. »

Le Devoir (Québec, Canada), 8 décembre 1993, p. A5.

Gouvernance et gouvernement [ 7 décembre 1993 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Côte d'Ivoire
FaibleAimé Henri Konan BédiéAlassane Dramane Ouattara

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1983 - 2003



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1990
Inauguration d'une basilique somptueuse en Côte-d'Ivoire

décembre
1993
Décès du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny

novembre
1995
[Résultats] Élections législatives

décembre
1999
Renversement du président Henri Konan Bédié en Côte d'Ivoire

octobre
2000
Assermentation de Laurent Gbagbo à la présidence de la Côte d'Ivoire

octobre
2000
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2000
[Résultats] Élections législatives

septembre
2002
Tentative de coup d'État en Côte d'Ivoire contre le président Laurent Gbagbo


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«Non!», à la libération provisoire de Laurent Gbagbo

février
2011
Côte d'Ivoire : la crise postélectorale persiste

février
2010
La Côte Ivoire plongée dans une nouvelle crise

décembre
2008
Quand Félix Houphouët-Boigny était l'homme de la France

mars
2007
Une Côte d'Ivoire en paix

octobre
2006
Grève des producteurs de cacao en Côte d'Ivoire

septembre
2006
Déversement de déchets toxiques à Abidjan : plus qu'une simple question environnementale


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