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6 décembre 2011

Fin d'une crise politique sans précédent en Belgique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Elio di Rupo

À la suite des élections législatives du 22 avril 2010, au cours desquelles la Nouvelle Alliance flamande et le Parti socialiste arrivent en tête, les parlementaires ne peuvent s'entendre sur la composition d'un nouveau gouvernement. Cette impasse perdurera pendant 541 jours, du jamais-vu dans l'histoire européenne.

Des différends avaient également entraîné une crise parlementaire de 194 jours en Belgique à la suite des élections législatives du 10 juin 2007. Malgré la formation, le 20 mars 2008, d'un gouvernement dirigé par Yves Leterme du Parti démocrate chrétien flamand, la situation demeure instable. Elle se détériore de nouveau après les législatives du 22 avril 2010. De profonds différends opposent les deux formations qui arrivent en tête : le Nouvelle Alliance flamande (NAF), un parti de droite souhaitant l'indépendance de la Flandre, et le Parti socialiste (PS), plus populaire dans le sud wallon. Ces résultats mettent en évidence les divisions existant dans le pays sur plusieurs enjeux, comme un débat sur le statut linguistique de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde qui a fait tomber le gouvernement précédent. Des divergences portent aussi sur des réformes institutionnelles à faire, la question des impôts et la rigueur budgétaire. Les négociations achoppant, Yves Leterme dirige un « gouvernement d'affaires courantes ». Le roi Albert II nomme le socialiste Elio di Rupo comme formateur, puis réformateur, avec le mandat de trouver une solution. Devant l'impasse qui persiste, le roi exprime ses inquiétudes lors d'un discours télévisé, le 21 juillet 2011. Des rapprochements entre les partis, auxquels le NAF ne participe pas, sont accélérés par des pressions de l'Union européenne et l'annonce d'une dégradation de la note souveraine à long terme de la Belgique. Six partis s'entendent sur les budgets à adopter et sur un éventuel programme de gouvernement d'une centaine de pages. Le 6 décembre 2011, di Rupo est assermenté au poste de premier ministre, après une crise d'une durée record de 541 jours. Premier Wallon et premier francophone à la tête du gouvernement depuis les années 1970, il forme un cabinet au sein duquel siégeront une douzaine de ministres qui faisaient partie du gouvernement précédent, certains dans les mêmes fonctions.

Dans les médias...


S.A., « Les pièges qui attendent Di Rupo 1er »

«...Elio Di Rupo au 16 rue de la Loi tiendra-t-il plus longtemps que Leburton, lui aussi empêtré dans les soucis communautaires et économiques ? On ne doute plus des capacités de stratège politique d'Elio Di Rupo, mais beaucoup d'observateurs s'inquiètent des difficultés énormes qui se profilent. La crise économique est loin d'être terminée. Des analystes comme Geert Noels estiment que les engagements de l'État belge par rapport à Dexia pourraient faire plonger le pays. La crise communautaire repointera le bout du nez plus vite qu'on ne le croit. Et Di Rupo en est bien conscient. En 2007, voici ce qu'il déclarait déjà au "Soir magazine" : « C'est vrai que dans l'opinion publique francophone, en Wallonie, on sent bien que le fait que les Flamands veulent scinder le pays induit une sorte de tristesse indicible parce que nous aimons notre pays. Mais nous devons faire preuve de lucidité : il arrivera un moment, même si on ne le souhaite pas, où la Flandre voudra voguer de ses propres ailes. » Prémonitoire. Beaucoup d'observateurs doutent de la capacité de Di Rupo à devenir le Premier ministre des Flamands. Son gouvernement ne représente pas la majorité des électeurs flamands et, surtout, Di Rupo ne maîtrise pas assez leur langue. »

Le Soir (Belgique), 7 décembre 2011.

Jean-Pierre Stroobants, « Avec Elio Di Rupo, la Belgique veut croire au conte de fées »

«...Lorsque certains de ses dirigeants ont été éclaboussés par des scandales, le PS d'Elio Di Rupo s'en est tiré en annonçant des réformes internes et en accusant « les dérives ultralibérales ». Et ça marche : en juin 2010, lors des dernières législatives, la gauche francophone et son leader sont apparus comme les meilleurs remparts face aux indépendantistes et extrémistes d'extrême droite flamands, désireux de régler une fois pour toutes leurs comptes avec la « Wallonie paresseuse » et un État belge vu comme un obstacle au développement de la Flandre. Promu « préformateur » puis « formateur » d'un hypothétique gouvernement par le roi Albert II, Elio Di Rupo sera parvenu à désarmer son principal rival, l'indépendantiste flamand Bart de Wever, à jeter les bases d'une vaste réforme institutionnelle et à préserver - pour combien de temps ? - le royaume des foudres des marchés financiers et des agences de notation. Paradoxe : c'est à l'une d'elles pourtant, Standard & Poor's, qu'il doit peut-être d'avoir pu boucler son impossible mission : quand elle a dégradé la note de la dette souveraine belge en la ramenant à « AA », le 25 novembre, le « formateur » a pu capitaliser sur cet électrochoc. « Retrouvant quelques racines italiennes, il a joué le mélodrame pour emporter la mise. Chapeau l'artiste ! » sourit un élu libéral. Fameuse revanche pour celui qu'au sein même de sa formation, certains traitaient de « petit macaroni » au début de sa carrière. »

Le Monde (France), 6 décembre 2001, p. 2.

Jean-Jacques Mével, « Les défis du nouveau gouvernement belge »

«...Elio Di Rupo s'est frayé le chemin du pouvoir cet été, en faisant sauter l'obstacle sur lequel avaient trébuché les six précédentes tentatives de coalition : un pacte essentiel entre partis flamands et francophones. L'accord a désamorcé la querelle linguistique grâce à une autonomie fiscale accrue des trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles) et à un découpage de l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvoorde, abcès de fixation des nationalistes des deux bords. Pour un peu, Flamands et Francrophones auraient retrouvé foi dans un avenir commun, comme en témoigne le succès inespéré auprès des particuliers d'un emprunt que vient de lancer l'État fédéral. À l'heure où les investisseurs sont plutôt chiches avec les émissions publiques, il a réuni plus de 5 milliards au lieu des 200 millions escomptés. Dans les médias, il est devenu « l'emprunt patriotique ». Mais, pour Elio Di Rupo, l'embellie est tout sauf un état de grâce. Au niveau européen, il arrive sur une scène dominée par les conservateurs, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron. À Bruxelles, il endosse un pouvoir diminué par le transfert accéléré de compétences économiques et sociales vers les régions. En Flandre, moteur économique du royaume, les partis de sa coalition sont en minorité et déjà sous les coups de la NVA, formation nationaliste qui entend bien exploiter le mécontentement. »

Le Figaro (France), 6 décembre 2011, p. 8.

Jean Quatremer, « La Belgique gagne un sursis mais ne perd pas en divisions »

«...La droite est quasiment hégémonique en Flandre (78% des voix) alors que la gauche domine le sud du pays (74%). « Le pays est à droite, mais il y a une minorité de blocage de la gauche francophone », reconnaît Vincent de Coorebyter, directeur du Centre de recherche et d'information socio-politique. Pour conclure un accord de gouvernement, les socialistes ont certes dû faire des concessions mais cela reste insuffisant. Si la N-VA a pu percer en Flandre, c'est en demandant une séparation du pays, arguant de l'impossibilité d'obtenir des réformes économiques (la fin de l'indemnisation du chômage à vie ou un allégement des impôts) à cause du refus des socialistes francophones. Sous la pression des marchés (les agences de notation ont dégradé la Belgique fin novembre), les socialistes ont fait des concessions : « Il s'agit d'un gouvernement de centre droit plus que de centre gauche », analyse Vincent de Coorebyter. Mais cela demeure largement insuffisant aux yeux d'une majorité de Flamands qui continuent à dénoncer le « boulet wallon ». Bref, les éléments qui ont conduit à la crise sont toujours présents et même renforcés. »

Libération (France), 6 décembre 2011, p. 14.

John Lichfield, « Gay, socialist, and born in a squatters' camp - meet the new PM of Belgium »

«...Colleagues and opponents say his political skills, long doubted by the Belgian media, emerged during the 18 months of talks that finally produced a new government this week. It was largely his insistence and eye for a possible compromise that produced an agreement, settling a dispute about political rights for Francophones in the mainly Dutch-speaking suburbs around Brussels. Mr Van de Woestyne says: "Belgians are very grateful for his efforts to resolve the government crisis, which has lasted too long. If he's not quite regarded as the country's saviour, he is seen as the man who ended the crisis." Forming a Belgian government is hard enough; running one at a time of world economic crisis is something else. Mr Di Rupo's Francophone and Flemish coalition has committed itself to budget cuts to stop the country (which has accumulated debt equivalent to 90 per cent of GDP) going the way of Ireland, Portugal and Greece. Even more difficult, perhaps, will be the enactment of reforms to ease the perennial tensions between French and Dutch-speaking communities. For the first time ever, a majority of mostly right-leaning voters in Belgium's Flemish north say they favour greater autonomy up to and possibly including a division of the country. Can they be persuaded to believe in a Belgian future by a gay left-winger of Italian extraction who can scarcely speak Dutch? »

The Independent (Royaume-Uni), 7 décembre 2011.

Gouvernance et gouvernement [ 6 décembre 2011 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Belgique
IntermédiaireAlbert IIYves Leterme

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Fin d'une crise politique sans précédent en Belgique

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[Résultats] Élections législatives

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