21 novembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

19 avril 2015

Naufrage de plus de 800 immigrants clandestins en Méditerranée

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nauffrage d'avril 2015

Une des pires tragédies à survenir sur la Méditerranée au XXIe siècle a lieu le 19 avril 2015 alors que le naufrage d'un navire entraîne dans la mort plus de 800 immigrants clandestins. Ce problème atteint des proportions telles qu'une réunion d'urgence est convoquée afin que les pays européens adoptent des mesures pour y remédier.

Le nombre de migrants d'origine africaine, ou utilisant l'Afrique comme porte d'entrée vers l'Europe, est en croissance au début du XXIe siècle. Plusieurs transitent clandestinement dans des bateaux aux normes de sécurité minimales pour différentes raisons (instabilité politique, pauvreté, persécution, etc.). Des centaines de milliers de personnes auraient tenté de rejoindre l'Europe de cette façon, faisant des milliers de morts. Un naufrage survenu en 2013 à Lampedusa, une île italienne près de la Sicile, avait incité le gouvernement italien à financer un plan de surveillance et d'intervention : Mare Nostrum. Devant l'escalade des coûts, il est remplacé en 2014 par un plan moins important et moins onéreux, l'opération Triton, de l'agence européenne Frontex. Les tragédies se poursuivent. Une des pires sur la Méditerranée survient le 19 avril 2015 lorsqu'un bateau parti de Libye fait naufrage avec plus de 800 passagers, en majorité des Africains, dont beaucoup d'Érythréens. La surcharge du bateau et une fausse manoeuvre, à l'approche d'un cargo venu à la rescousse, seraient à l'origine de la catastrophe selon la vingtaine de témoins survivants. Deux de ceux-ci, considérés comme le capitaine et le passeur, sont arrêtés. Un élan d'indignation s'exprime sur la scène internationale. Une réunion extraordinaire du Conseil européen sur les « pressions migratoires en Méditerranée » a lieu le 23 avril. Les membres adoptent un plan d'action prévoyant notamment de bonifier les finances et les ressources de l'opération Triton. Ces mesures sont cependant considérées comme insuffisantes par certains organismes. Les naufrages ont été nombreux en avril 2015 et d'autres opérations, menées en mai, permettent de sauver des milliers de migrants empruntant la même voie. Le problème reste toutefois entier face à cette situation pour laquelle on réclame une stratégie globale.

Dans les médias...


Ariel F. Dumont, « Méditerranée, cimetière marin »

«...pour Rome, obtenir l'appui des autres pays européens, c'est aussi obliger l'Union européenne à s'impliquer davantage dans la gestion postsauvetage des migrants. Le gouvernement italien ne cesse de rappeler qu'en cette période de crise il est impossible de garantir la survie au quotidien des migrants, ses caisses étant vides et les ressources allouées par l'Union européenne, nettement insuffisantes. De fait, durant les deux dernières semaines, plus de 11 500 migrants ont été récupérés en mer par les gardes-côtes italiens. En une seule journée, trois bateaux transportant au total 300 personnes sont arrivés dans le port de Palerme. Face à cette grande déferlante humaine, l'Italie est à bout de souffle. L'opinion publique est certes bouleversée par les images diffusées en boucle sur les chaînes de télévision qui montrent le regard épouvanté des enfants et les discours entrecoupés de larmes des survivants racontant qu'un cadavre a été jeté en pâture aux requins en pleine mer par les trafiquants de chair humaine. Mais, du côté de la classe politique, la grogne monte. »

Marianne (France), 24 avril 2015, p. 44-47.

Eric Jozsef, « Méditerranée, un naufrage européen »

«...L'accroissement du nombre de débarquements et la multiplication des naufrages sont la conséquence directe de deux phénomènes : d'un côté, les crises régionales, notamment au Moyen-Orient, qui poussent de plus en plus de réfugiés à tenter de fuir les combats et le chaos en Libye qui facilite les départs depuis les côtes africaines. De l'autre, l'abandon de la mission de surveillance et de sauvetage «Mare Nostrum», qui était uniquement à la charge de l'Italie à hauteur de 9 millions d'euros par mois. À la suite de l'émotion provoquée par le naufrage et la mort de 366 personnes en octobre 2013 à proximité de l'île de Lampedusa, le gouvernement d'Enrico Letta avait en effet mis en place ce dispositif permettant aux bâtiments de la marine militaire transalpine d'aller récupérer les embarcations en difficulté pratiquement jusqu'aux côtes libyennes. Sans succès, Rome a, pendant des mois, demandé l'appui de l'UE, les capitales européennes craignant que la poursuite de Mare Nostrum ne crée «un appel d'air». Au final et pour seule réponse, l'Europe a accepté de mettre en place à la fin de l'année dernière une nouvelle mission baptisée «Triton», d'un montant d'environ 3 millions par mois. Avec une différence substantielle : les navires déployés restent dans un périmètre de 55 kilomètres des côtes italiennes et maltaises, laissant les embarcations chargées de migrants à la dérive dans les eaux internationales. Car à la suite de la mise en oeuvre de Triton, le gouvernement de Matteo Renzi a peu à peu mis un terme à Mare Nostrum. »

Libération (France), 20 avril 2015, p. 2-3.

Matthieu Croissandeau, « Un naufrage européen »

«...Il n'y a pas de fatalité, il n'y a que des lâchetés. Le naufrage de plus de 800 hommes, femmes et enfants au large de la Libye dans la nuit de samedi à dimanche n'est pas une catastrophe humanitaire, mais la conséquence macabre d'une chaîne d'irresponsabilités. À qui la faute ? Aux désordres du monde bien sûr qui jettent sur les routes des populations entières fuyant la guerre, les persécutions ou la faim. Aux passeurs ensuite qui exploitent sans vergogne la détresse des migrants. À l'Europe enfin qui se barricade, sous la pression d'opinions publiques recroquevillées sur leur égoïsme et un rejet des étrangers mortifère. (...) Au lendemain de la tragédie de Lampedusa en 2013, le pape François avait condamné avec des mots qu'il convient de rappeler ici l'absence de compassion et de solidarité à l'égard des migrants : « La culture du bien-être qui nous amène à penser à nous-mêmes nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon qui sont belles, mais ne sont rien, qui ne sont que l'illusion du futile, du provisoire, qui conduit à l'indifférence envers les autres, et qui conduit même à une mondialisation de l'indifférence.» Qu'est-ce qui a changé depuis? Rien. La situation a même au contraire empiré. L'abandon du programme de sauvetage italien Mare nostrum pour le dispositif de surveillance européen Triton n'a fait qu'alourdir les bilans. Et l'Europe semble consacrer toujours plus de temps et plus de moyens à négocier la libre circulation des marchandises qu'à se soucier des allées et venues des êtres humains. »

L'Obs (France), 23 avril 2015, p. 7.

Agnès Gruda, « Stopper l'hécatombe »

«...L'année en cours promet de fracasser de nouveaux records. Depuis janvier, ces naufrages ont déjà fait plus de 1700 morts. C'est une hécatombe sans précédent. Dont l'ampleur est probablement sous-estimée: dans cette étendue d'eau de 2,5 millions de kilomètres carrés, combien de naufrages n'ont jamais été remarqués? Combien de victimes n'ont laissé aucune trace avant de sombrer? Le chalutier qui a été englouti dans la nuit de samedi à dimanche transportait plus de 800 passagers. Arrêtez-vous un instant sur ce chiffre: 800 hommes, femmes et enfants, noyés pour avoir voulu une meilleure vie. (...) Il fut une époque où l'on accueillait à bras ouverts d'autres réfugiés, venus d'autres mers. Je pense aux «boat people» qui fuyaient le Viêtnam ou le Cambodge. les réfugiés d'aujourd'hui fuient surtout la guerre civile syrienne et la dictature absurde qui s'abat sur l'Érythrée. En reportage à Lampedusa, en automne 2013, j'avais rencontré plusieurs Érythréens prêts à tout pour échapper à la contrainte d'un service militaire obligatoire jusqu'à l'âge de... 40 ans. Prêts à tout pour l'espoir d'une vie normale. Ils avaient survécu au désert et au sadisme de leurs passeurs. Ils rêvaient d'aller vivre en Suède, en Norvège ou en Allemagne. Rien ne les aurait empêchés de braver les pires dangers pour poursuivre leur rêve. Rien, sauf la perspective, aussi infime soit-elle, de rejoindre l'Europe en toute légalité, munis d'un visa en bonne et due forme. »

La Presse (Québec, Canada), 23 avril 2015, p. A15.

S.A., « The Observer view on the human tragedy in the Mediterranean »

«...Migrants and refugees, the majority young men, are coming to Libya, the closest point to the Italian coast, and other staging points, from all over the Middle East and north and west Africa, driven by a range of factors. These include all-out war, Islamist insurgencies and climate change-related drought and famine. Rapid population growth, exacerbating a chronic lack of jobs and economic opportunity, is another powerful spur. The result has been called the biggest human upheaval since the Second World War. Mostly, these legions of the displaced are heading for Europe. So what is Europe doing about it? The answer, so far, is dismayingly little. Instead of rallying around Italy's admirable Mare Nostrum search and rescue programme, which plucked 100,000 people from the sea in 2014, the EU replaced it with a more limited border security operation run by its Frontex agency. So far this year, Frontex, by comparison, has rescued only 5,000 people. Monthly funding for its Triton programme is less than a third of the Mare Nostrum budget. As the crisis deepens, Brussels's dithering grows lethal. The European commission is due to publish a policy document next month, entitled Agenda on Migration. As its name and timing suggest, they are not in a hurry. Member states will consider a more collectivised approach to asylum and legal migration and the contentious idea of migrant processing centres in north Africa. Given the political sensitivity of the immigration issue in EU countries, and the eurozone pleas of poverty, the prospect of quick, effective action is remote. »

The Observer (Royaume-Uni), 19 avril 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 19 avril 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Libye
Non disponibleNouri BousahmeinAbdullah al-Thanay

Italie
ÉlevéSergio MattarellaMatteo Renzi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2005 - 2016



octobre
2011
Décès de l'ex-président libyen Mouammar Kadhafi

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

avril
2015
Naufrage de plus de 800 immigrants clandestins en Méditerranée


Dans l'actualité


avril
2018
La Libye : terre d'accueil pour l'islamiste extrémiste

septembre
2014
Libye : le général Haftar visé par les groupes terroristes?

avril
2014
La Libye post-Kadhafi : un défi de taille

novembre
2011
Les convoitises autour du pétrole libyen

mars
2011
La Libye : une révolution différente

février
2009
Kadhafi, « le roi des rois traditionnels d'Afrique »

février
2006
Attaque de la Libye de Kadhafi par les États-Unis en 1986 : un point tournant?


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019