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19 mars 2000

Élection d'Abdoulaye Wade à la présidence du Sénégal

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Abdoulaye Wade

Après plusieurs tentatives infructueuses, Abdoulaye Wade, le candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS), est élu à la présidence le 19 mars 2000. Il défait le président sortant, Abdou Diouf, mettant fin à une domination socialiste qui remonte à l'indépendance du pays en 1960.

Lors de son arrivée au pouvoir, en 1981, Abdou Diouf succède à Léopold Sédar Senghor qui présidait le Sénégal depuis 1960. La domination des socialistes se poursuit pendant son règne, même si le pourcentage d'appuis à Diouf baisse à chaque élection présidentielle. Abdoulaye Wade, le principal opposant à Diouf, réalise son meilleur score en 1993 avec 32 %. Ministre d'État à quelques reprises au cours des années 1990, Wade, qui est également arrêté à quelques reprises pour désordre public et menace à la sécurité de l'État, est de nouveau sur les rangs en 2000. Il n'obtient que 31% au premier tour, le 27 février, contre 41,3 % pour Abdou Diouf. Faisant campagne sous le thème Sopi, un mot wolof signifiant changement, il réussit toutefois à réunir l'opposition autour de lui en prévision du deuxième tour, le 19 mars. Il obtient notamment l'appui du troisième candidat dans la course, Moustapha Niasse de l'Alliance des forces de progrès (16,8 %), qu'il s'engage à nommer premier ministre en cas de victoire. Minés par des divisions internes, les socialistes n'arrivent pas à trouver un thème mobilisateur. L'élan de Wade est tel que Diouf perd des voix entre les deux tours, alors que lui en gagne environ 450 000, ce qui lui permet de l'emporter avec 58,5% contre 41,5% à son opposant. La crainte de tensions, voire de violence, est apaisée par le président sortant qui concède la victoire, pavant la voie à une transition pacifique. Cette alternance à la présidence, après 40 ans de règne socialiste, marque un tournant historique au Sénégal. Formé en droit et en économie, le nouveau chef d'État, âgé de 74 ans, doit cependant composer avec une majorité socialiste à l'Assemblée nationale. La coalition Sopi, dont son PDS est la principale formation, remportera cependant une forte majorité aux législatives suivantes, le 29 avril 2001 (la « vague bleue »).

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Brigitte Breuillac, « Le « lièvre » Abdoulaye Wade, ou la ténacité récompensée »

«...Quand Léopold Sédar Senghor met fin au régime de parti unique, en 1974, et instaure un multipartisme limité, il n'autorise que quatre courants politiques : marxiste, socialiste, libéral et conservateur. Le parti du président Senghor était socialiste, Me Wade n'était pas marxiste. Il se reconnaissait plutôt comme travailliste. Faute de pouvoir choisir, Abdoulaye Wade s'inscrivit dans le courant libéral. La chance a voulu que, depuis, le libéralisme devienne une orientation politique en vogue. Par ailleurs, ses convictions libérales ne l'ont pas empêché de s'allier avec des partis situés nettement à gauche de l'échiquier politique pour se lancer dans la course à la présidentielle, cette année. L'on se souvient d'ailleurs, à Dakar, que Senghor avait surnommé Me Wade " Ndiombor ", " lièvre ", en wolof. La comparaison était flatteuse. Le lièvre, dans un conte écrit par le poète-président, apparaissait comme un animal politique remarquable. Intuition politique ou inspiration littéraire ? Toujours est-il que Senghor ne s'est pas trompé sur celui qui vient de devenir le troisième président de la République du Sénégal. »

Le Monde (France) 22 mars 2000, p. 2.

Francis Laloupo, « Cette prévisible victoire de l'alternance »

«...Si nous avions pensé qu'Abdou Diouf, qui n'aura pas été le pire des chefs d'État, choisissait la plus mauvais manière de quitter le pouvoir en se représentant malgré l'usure d'un pouvoir de vingt ans, nous savons désormais qu'il saura méditer sur le vrai pays qu'il a découvert entre les deux tours de cette élection. L'élégance dont il a fait preuve au moment où il a pris acte de sa défaite, et donc de la victoire de son adversaire, saura certainement sauvegarder, au regard de l'Histoire, une certaine part de grandeur chez cet homme. Un homme qui, après avoir été le chantre du multipartisme intégral, aura participé, malgré son résultat, à la réalisation du plus grand désir des Sénégalais au début de ce nouveau millénaire : l'alternance démocratique, et l'un de ses corollaires, à savoir la nécessaire désacralisation du pouvoir. »

Le Nouvel Afrique-Asie (France), avril 2000, p. 10.

Pierre Prier, « Dakar découvre l'alternance »

«...Chacun redoutait les troubles qui auraient suivi un score serré. Me Wade et ses alliés politiques avaient jusqu'au bout accusé le président sortant de vouloir tricher. Il n'en a rien été, malgré quelques incidents. Comme au premier tour, les reporters des radios privées, armés de téléphones portables, ont donné les résultats de chaque bureau dès la fermeture. La transparence assurée, le résultat a logiquement condamné un président au pouvoir depuis près de 20 ans, à la tête d'un Parti socialiste devenu une machine à prébendes clientélistes. Les électeurs ont donné une victoire nette au challenger, approchant les 60 % selon les estimations effectuées hier après-midi. Un scrutin qui va avoir d'énormes répercussions dans plusieurs fausses démocraties de l'Afrique francophone : c'est la première alternance « normale » des anciennes colonies françaises, le Sénégal n'ayant connu ni « conférence nationale » ni coup d'État. Abdou Diouf a été battu non seulement à Dakar, traditionnellement opposante, mais aussi dans la plupart des fiefs du PS. La victoire d'Abdoulaye Wade a été rendue possible grâce à une prise de conscience des électeurs, qui se sont inscrits en masse, surtout les jeunes, qui pouvaient cette fois voter à 18 ans au lieu de 21. Ces nouveaux électeurs ont été séduits par l'union de l'opposition et le ralliement de cinq candidats du premier tour. »

Le Figaro (France), 21 mars 2000, p. 3.

Zyad Limam, « Un moment d'histoire africaine »

«...C'est à la fois un séisme électoral et un moment d'histoire. Séisme électoral puisque le Parti socialiste (PS), parti-État qui domine la vie politique depuis l'indépendance, est devancé dans tous les grands centres urbains, y compris dans ses fiefs traditionnels. Et dans les campagnes lointaines, Wade fait mieux que se défendre. Symbolique désaveu, le président-candidat Abdou Diouf est battu dans son propre bureau de vote, en plein coeur de la capitale. À l'échelle nationale, le score final est sans appel : 58,5% contre 41,5%... Moment d'histoire aussi. Le Sénégal, première démocratie africaine, vit enfin l'alternance par les urnes, sans coup d'État, sans conférence nationale, sans crise institutionnelle. Malgré les enjeux et la tension, le vote s'est déroulé sans incidents réellement sérieux. Ni émeute ni bouleversement. Tout simplement ou presque, un président réputé inamovible va céder la place à un challenger. Une véritable leçon de démocratie et une onde de choc qui traverse tout le continent. Dans toutes les grandes capitales, la question se pose, non exprimée, mais présente dans toutes les têtes : « Avec un tel exemple, qui sera le prochain président à tomber ? »»

Jeune Afrique/L'intelligent (France), 28 mars au 3 avril 2000, p. 24.

Théophile Kouamouo, « Alternative sans violence au Sénégal »

«...plus que tout, c'est la remarquable maturité politique des Sénégalais qui les a conduits à ce qui apparaît encore comme un rêve dans beaucoup de pays africains. Le clientélisme politique sur lequel des responsables du Parti socialiste prospéraient depuis l'indépendance a été mis en échec. Le vote ethnique est resté très marginal, les différents ndiguël (consignes de vote) lancées par des chefs religieux musulmans, en règle général au profit du Parti socialiste, n'ont pas été observés par un peuple en majorité profondément musulman, et qui vient de montrer son attachement à la laïcité. De plus, à travers le non respect de la consigne de vote du candidat Djibo Kâ, les Sénégalais ont voulu sanctionner un opportunisme assez répandu dans leur classe politique - après s'être prononcé pour l'alternance, Djibo Kâ a spectaculairement retourné sa veste et choisi de soutenir Abdou Diouf. L'alternance tant attendue est donc là. Mais l'état de grâce qu'on peut observer dans le pays sera sans doute de courte durée. La demande sociale est tellement profonde, et la crise économique tellement forte, qu'Abdoulaye Wade et son équipe devront très vite se mettre au travail pour redonner de l'espoir à une jeunesse déboussolée. »

L'Humanité (France), 21 mars 2000, p. 16.

Gouvernance et gouvernement [ 19 mars 2000 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Sénégal
IntermédiaireAbdou DioufMamadou Lamine Loum

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Élection d'Abdoulaye Wade à la présidence du Sénégal

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[Résultats] Élections législatives


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