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7 mai 2015

Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

David Cameron

Alors que les sondages laissaient entrevoir un scrutin serré, les électeurs britanniques étonnent en reportant au pouvoir le Parti conservateur de David Cameron de façon majoritaire avec 36,9% des voix et 331 sièges. Pour leur part, leurs principaux rivaux, les travaillistes d'Ed Miliband, déçoivent avec 30,4% des votes et 232 sièges.

Avec 306 sièges sur 650 lors des élections générales du 6 mai 2010, les conservateurs de David Cameron doivent gouverner avec l'appui des libéraux démocrates de Nick Clegg. La lune de miel est de courte durée puisque, dès 2010, les sondages favorisent les travaillistes d'Ed Miliband. Les politiques d'austérité du gouvernement jouent contre lui dans l'opinion publique. L'insatisfaction à son endroit s'exprime aussi lors des élections européennes de mai 2014, alors que le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) arrive en tête avec 26,6% des voix. Cette formation dirigée par Nigel Farage prône la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). Le premier ministre Cameron s'engage à tenir un référendum sur ce thème advenant sa réélection. Le gouvernement est également ébranlé par la performance des indépendantistes écossais qui obtiennent 44,7% lors d'un référendum sur l'auto-détermination tenu le 18 septembre 2014. Les conservateurs retrouvent toutefois un élan en 2015 et sont au coude à coude avec les travaillistes dans les sondages. Alors que les analystes entrevoient un gouvernement minoritaire, ils surprennent le 7 mai 2015 en récoltant une majorité des 650 sièges. Les travaillistes, en chute d'une vingtaine de sièges, et les libéraux démocrates, qui passent de 56 à 6 députés, sont les déceptions de ce scrutin. L'UKIP arrive troisième avec 12,9% des voix, mais n'obtient qu'un seul député. Les grands gagnants, à part les conservateurs, sont les indépendantistes du Parti national écossais. Ils dominent en Écosse, seul endroit où ils ont des candidats, avec 56 des 59 sièges. Cette situation suscite des interrogations, tout comme la tenue éventuelle d'un référendum sur l'UE. Prenant acte de leur échec, Miliband, Clegg et Farage quittent leurs postes de chef, alors que Cameron formera le premier gouvernement conservateur majoritaire depuis celui de John Major (1992-1997).

Pour en savoir plus: Discours victorieux du premier ministre britannique réélu

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Éric Albert, « David Cameron et les Écossais triomphent »

«...L'autre grand phénomène de ces élections législatives concerne l'Écosse. Les résultats représentent une victoire éclatante pour le Scottish National Party (SNP). Le parti de Nicola Sturgeon, révélation de la campagne électorale, remporte presque intégralement les sièges: 56 sur 59. Le Labour, qui dominait depuis des décennies au nord du mur d'Hadrien, ne conserve qu'un seul de ses 41 sièges. Le raz-de-marée indépendantiste sonne comme une nouvelle impulsion en faveur de l'indépendance, après les 45% de oui remportés lors du référendum de septembre dernier. Le parti indépendantiste va disposer d'une imposante tribune à Westminster, qu'il va utiliser pour attaquer les conservateurs, qui sont honnis en Écosse. « C'est le résultat idéal pour le SNP: une vague indépendantiste en Écosse, et un gouvernement conservateur, analyse Patrick Dunleavy, de la London School of Economics. Cela lui permettra de taper sur le gouvernement de Londres et de l'accuser de tous les maux. » L'occasion d'une deuxième consultation sur l'indépendance pourrait arriver plus vite que prévu. Nicola Sturgeon, qui dirige le SNP, n'a pas caché que les Écossais refuseraient d'être entraînés hors de l'Union européenne par les seuls Anglais. En cas de votes divergents entre Écossais et Anglais sur ce point en 2017, il demandera un nouveau référendum sur l'Ecosse. David Cameron peut donc remercier le SNP. D'une part, les indépendantistes ont fortement affaibli les travaillistes, qui risquent de mettre des années à se remettre d'une telle défaite. D'autre part, ils ont servi d'épouvantail parfait: le risque, selon le premier ministre britannique, était d'avoir un gouvernement Labour qui dépend d'une alliance avec le SNP, un parti qui veut « briser le Royaume-Uni ». »

Le Temps (Suisse), 9 mai 2015.

Philippe Bernard, « David Cameron à quitte ou double »

«...L'efficacité avec laquelle il a administré la potion de l'austérité - un mot qu'il remplace systématiquement par l'euphémisme « décisions difficiles » - reflète une certaine audace politique, dont beaucoup d'électeurs le créditent. Le déficit budgétaire, qu'il avait promis de supprimer, a été diminué de moitié. Mais la violence du remède a fait des dégâts dans la société et donc dans l'opinion. Le plafonnement des prestations sociales, les coupes drastiques dans les budgets publics, la soumission des candidats aux allocations-chômage à des évaluations confiées à une société privée peu scrupuleuse, les douceurs fiscales accordées aux riches ont nourri l'accusation de cynisme et de défense des privilégiés. La réussite des Jeux olympiques de 2012 a fait oublier les émeutes urbaines de l'année précédente. Mais la promesse de David Cameron d'un référendum pour 2017 sur la sortie de l'Union européenne, concession au parti xénophobe, le UKIP, et aux tories eurosceptiques, et ses clins d'oeil aux indépendantistes écossais, destinés à affaiblir le Labour, ont donné consistance au portrait d'un dirigeant prêt à hypothéquer l'avenir pour demeurer au pouvoir. Au passage, les promesses de transformation sociale par la base (famille, quartier, associations) incluses dans son idée de « Big Society », vantée en 2010, se sont largement évanouies. Seuls le vote du mariage homosexuel et le maintien du budget de l'aide au développement ont sauvé l'idée de « compassionate conservatism » promue par David Cameron pour tenter d'élargir la base sociale des tories et effacer son image, tenace depuis Margaret Thatcher, de « nasty party » «parti méchant»). »

Le Monde (France), 7 mai 2015, p. 2.

Sonia Delesalle-Stolper, « La surprise-party des tories à Westminster »

«...Au cours de la campagne, Cameron a martelé un message d'inquiétude et de peur, en rappelant que la reprise économique restait fragile, que la montée du nationalisme écossais menaçait l'équilibre du Royaume, en insistant sur le manque de crédibilité, notamment économique, du travailliste Ed Miliband. Les électeurs britanniques l'ont cru. Ils se sont même déplacés en masse - pour le Royaume-Uni - puisque le taux de participation devrait atteindre entre 66% et 67%, un record depuis dix-huit ans. En face, le Labour «a été du mauvais côté de la barrière dans tous les argumentaires : que ce soit la compétence économique, l'immigration ou la réforme des services publics», a expliqué John Reid, ex-ministre de la Défense de Tony Blair (1997-2007). En dépit d'une performance personnelle jugée moins mauvaise qu'attendue, Ed Miliband n'a pas su convaincre les électeurs qu'une alternative était possible. Son discours d'adieu avait presque des accents pathétiques lorsque le leader travailliste a appelé ses «amis» à «poursuivre le combat» et à mener une campagne «courtoise» pour la direction du parti. Parce que le combat du Labour se situe en son sein. L'échec flagrant du repositionnement à gauche, par rejet de la glissade centriste menée sous Tony Blair, doit lui imposer une profonde réflexion sur le sens de son combat et de ses valeurs. La défaite de 1992 avait conduit le Labour à une vaste refonte, vers le New Labour. »

Libération (France), 9 mai 2015, p. 10 et 12.

Christian Rioux, « Une victoire personnelle pour David Cameron »

«...les organisateurs tories espéraient secrètement susciter un sursaut chez ceux que l'on nomme ici les « conservateurs honteux » («shy tories»). C'est ce qui s'est produit dès qu'ils se sont retrouvés seuls dans l'isoloir, offrant à David Cameron une courte majorité de sièges. Avec 329 députés, pour la première fois le premier ministre britannique pourra donc gouverner sans faire de compromis aux libéraux-démocrates, qui partagent le pouvoir avec lui depuis cinq ans. Difficile de ne pas voir dans cette victoire le triomphe personnel d'un homme qui a longtemps été mal aimé dans son propre parti. Avec raison, le premier ministre dit voir dans ce résultat un blanc-seing à l'égard de son programme économique, qui a ramené une légère croissance en Grande-Bretagne et réduit le chômage (6 %) malgré une baisse du pouvoir d'achat et un déficit budgétaire (5 %) plus important que celui de la France. L'un des slogans conservateurs ne disait-il pas « on ne change pas une équipe qui gagne » ? La peur distillée en fin de campagne de voir les travaillistes minoritaires diriger le pays avec l'appui tacite des indépendantistes du Scottish National Party (SNP) aura probablement aussi porté ses fruits. »

Le Devoir (Québec, Canada), 9 mai 2015, p. B1.

S.A., « After the exit poll, a tsunami raged across the political map »

«...Miliband's team believe that many voters south of the border were simply frightened away. Relentless Tory « lies » claiming a Miliband government would not only wreck the economy but would be in the pocket of the SNP had paid off spectacularly. The « soft » element of the Labour vote - those who liked Miliband but were not entirely convinced - was susceptible, the former leader's inner circle now thinks, to the fears that Crosby's (un stratège conservateur) campaign instilled in them. They also believe that many people were embarrassed to tell pollsters that they were going to vote Tory. « They were bullied by the Tories but they could not admit it, » said a source close to Miliband. « We believed we were doing well, because we could not see this going on. The Tories' tactic worked. » Ukip voters returned to the Tories more than they did to Labour. Murphy (un travailliste écossais) said that north and south of the border Labour was caught in a perfect storm. « We were hit by two nationalisms, » he said. « A Scottish nationalism reassuring people that they could vote SNP and get Labour. And an English nationalism stoked up by Cameron: warning vote Labour and get SNP. » The Lib Dems seem to have been swept away by similar forces as voters bought into the Tory message that it was a choice between the chaos of Labour with the SNP or stability with the Tories. »

The Observer (Royaume-Uni), 9 mai 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 7 mai 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIDavid Cameron

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



mai
2010
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement dirigé par le conservateur David Cameron

mai
2010
[Résultats] Élections législatives

juillet
2012
Ouverture des Jeux olympiques de Londres

septembre
2014
Tenue d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse

mai
2015
Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

mai
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
Tenue d'un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l'Union européenne


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