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21 septembre 1979

Renversement de l'empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa 1er

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jean Bedel Bokassa

Deux ans après avoir été couronné empereur de la Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa est évincé du pouvoir à la suite d'une opération orchestrée par la France. David Dacko, qui a déjà présidé le pays entre 1960 et 1966, proclamera la fin du royaume et le rétablissement de la République.

Au pouvoir depuis l'indépendance, en 1960, le président centrafricain David Dacko est renversé le 31 décembre 1965. Celui qui lui succède, le colonel Jean-Bédel Bokassa, règne de façon autoritaire, se proclamant président à vie en mars 1972, avant de se sacrer empereur le 4 décembre 1977. Des accusations de corruption, de manquements graves aux droits de la personne et l'accumulation d'une fortune personnelle considérable, dans un pays aussi pauvre, ternissent sa réputation à l'étranger. Au début de 1979, des protestations étudiantes sont réprimées brutalement, faisant des centaines de morts. Une commission d'enquête, mise sur pied par cinq pays africains, établit en août la presque certitude d'une responsabilité personnelle de Bokassa dans ces massacres. La France, un allié traditionnel de celui-ci, annonce qu'elle cesse son aide à la Centrafrique. Paris s'inquiète également du rapprochement de Bokassa avec la Libye de Mouammar Kadhafi. Le 20 septembre, alors que Bokassa est en Libye, une opération est déclenchée pour le chasser du pouvoir. La capitale, Bangui, tombe rapidement sous le contrôle des troupes françaises (opération Barracuda). David Dacko, un ex-président de la Centrafrique qui a également été conseiller pour Bokassa, annonce la fin du royaume et le rétablissement de la République. Le 1er février, une nouvelle Constitution est approuvée par référendum. Pour sa part, Bokassa se réfugie en Côte d'Ivoire avant de revenir dans son pays en 1986. Il sera jugé, condamné à la prison à vie, puis gracié en 1993. Des diamants donnés au président français Valéry Giscard d'Estaing, alors que ce dernier était au pouvoir, sera au coeur d'une controverse qui aura un grand retentissement en France à partir d'octobre 1979.

Dans les médias...


Christian Hoche, « Bangui : opération Barracuda »

«...« Le chien est parti, mais les chiots sont restés. » Au km 5, dans les quartiers misérables de Bangui, le graffiti s'étale sur un mur. Ici survit l'une des populations les plus pauvres du monde : opprimée par quatorze ans de tyrannie, elle a cru sortir, jeudi 20 septembre, d'un cauchemar. Mais elle manifeste plus de réserve qu'elle ne crie sa joie : l'inscription en dit plus long que ses chuchotements. Certes, l'empire est mort. Et vive la République, donc, la seconde du nom : mais la statue de Bokassa Ier, commandant d'opérette, n'est tombée de son piédestal que sous la poussée des centurions français, et ce sont leurs blindés qui portent la République sur les fonts baptismaux. Dans la chute du tyran, la spontanéité populaire peut se sentir quelque peu frustrée. Au point qu'elle se tournait déjà, jeudi, contre les paras français. En place, David Dacko (...) Nouveau chef d'État, rigolard, bonhomme, débarqué dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 d'un Transall tricolore, et maniant, depuis, un humour déroutant. Au point que des gens sérieux s'interrogent sans malice : la France a-t-elle vraiment fait le bon choix ? »

L'Express (France), 6 octobre 1979, p. 66.

Pierre-Marie Doutrelant, « Les habits neufs du président Dacko »

«...Qui commande à Bangui ? Dès l'aéroport, on le sait, on le reçoit comme un coup à l'estomac. Ils sont au pied de l'avion, nos beaux militaires en tenue camouflée. Bérets rouges, bérets verts, muscles saillants, poignards au ceinturon. Ils filtrent, ils flairent, ils contrôlent du regard. Tout à fait décontractés, en ville aussi. Ils quadrillent la capitale. Le soir, on les retrouve au bar du « Rock-Hôtel », agrippés par des beautés frotteuses. Fin saouls et jurant, sur le coup de deux heures du matin, qu'en Centrafrique c'est autre chose qu'au Tchad : là-bas, on tire à vue, la nuit, sur le para; ici, on le plume mais on le cajole. (...) Retour au bon vieux temps de la coloniale ? Du moins à celui du protectorat. L'ordre règne à Bangui. L'ordre français. Un ordre bon enfant. Applaudi, plébiscité par la population. Le président Dacko a su manoeuvrer pour accroître la popularité des fiers parachutistes. Ceux-ci arrivaient en tombeurs d'une odieuse dictature mais les événements auraient pu dégénérer dès la nuit du coup d'État. Sitôt la nouvelle connue, en effet, les bidonvilles de la capitale furent saisis de folie. Au cri de « République ! », le pillage des magasins commença. Deux milliards anciens de dégâts en une journée. Un cyclone nommé « Liberté ». »

Le Nouvel Observateur (France), 8 octobre 1979, p. 57.

Ginette Cot, « Centrafrique Capitale Paris »

«...Toute honte bue, M. Dacko invite chacun à reprendre calmement son poste de travail. La jeunesse centrafricaine devra « cesser de se mêler de la politique ». La politique, en Centrafrique, n'est-elle pas l'affaire du gouvernement de salut public, formé à la hâte, et où, à quelques exceptions près, on prend les mêmes et on recommence ? N'est-elle pas plutôt, tout simplement, l'affaire de l'Élysée ? Car c'est à Paris que tout est conçu, jusque dans les détails. Ne l'a-t-on pas vu, avec l'affaire Ange Patassé ? La France va même jusqu'à opérer un tri parmi les opposants en lice pour la succession, et décider qui, parmi les citoyens centrafricains, peut ou non regagner son pays ? Il est vrai que les milieux d'affaires n'ont pas la mémoire courte, et n'ont pas oublié que l'ancien Premier ministre de Bokassa avait, en 1974, accordé à société Alusuisse un droit de prospection minière sur tout le sous-sol centrafricain. Avec ce que cela comportait comme risque pour les Français intéressés à une éventuelle exploitation de l'uranium dont les mines de Bakouma regorgent. La rancune est tenace dans ces milieux-là ! (...) Ce qui est sûr, c'est que « Bangui-la-Coquette » n'est plus qu'un faubourg de Paris, devenu la véritable capitale de la République centrafricaine. »

Afrique-Asie (France), 15 octobre 1979, p. 24-25.

Gouvernance et gouvernement [ 21 septembre 1979 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Centrafricaine (rep)
FaibleDavid DackoHenri Maïdou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1969 - 1989



décembre
1977
Couronnement de l'empereur centrafricain Jean-Bédel Bokassa 1er

septembre
1979
Renversement de l'empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa 1er

septembre
1981
Renversement du gouvernement de David Dacko en République centrafricaine


Dans l'actualité


février
2016
Plusieurs missions attendaient le pape en Afrique

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2014
Les renforts arrivent en Centrafrique

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2014
La France divisée quant à l'intervention en Centrafrique

février
2013
La République centrafricaine : impasse dans les négociations

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2009
Un rapport accablant sur la République centrafricaine

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Bokassa : Napoléon 1er de Centrafrique


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