23 juillet 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

5 février 2005

Décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Gnassingbé Eyadéma

Le président togolais Gnassingbé Eyadéma, le chef d'État ayant la plus grande longévité en Afrique, meurt après avoir exercé le pouvoir pendant 38 ans. Des officiers supérieurs des Forces armées togolaises, le groupe du 5 février, réagissent en installant son fils, Faure Eyadéma, pour lui succéder.

Alors qu'il est sergent dans l'armée togolaise, Gnassingbé Eyadéma est impliqué directement dans l'assassinat du président Sylvanus Olympio, le 13 janvier 1963. Quatre ans plus tard, il participe au renversement de Nicolas Grunitzky et accède à la présidence. Le pouvoir est assumé de façon autoritaire par Eyadéma et le Rassemblement du peuple togolais, le parti unique fondé en 1969. L'élan démocratique du début des années 1990 souffle sur le Togo où le multipartisme est adopté. Le président, qui entretient des liens étroits avec la France, continue néanmoins de contrôler l'appareil politique, l'opposition boycottant ou contestant les élections de 1993 et 1998. Un amendement constitutionnel permet à Gnassingbé Eyadéma d'être à nouveau candidat en 2003 où il est réélu. Le 5 février 2005, après 38 années de pouvoir, il est emporté par un malaise cardiaque. Le président de l'Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba, doit lui succéder pendant une période transitoire de 60 jours, mais des officiers des Forces armées togolaises (le groupe du 5 février), profitant de son absence temporaire du pays, confient le pouvoir à Faure Gnassingbé, le fils du défunt président. Celui-ci agissait comme ministre des Travaux, des Mines et des postes de télécommunication. Cet accroc à la Constitution suscite des réactions négatives à l'extérieur du pays. L'approche répressive utilisée par le nouveau président avive également la contestation à l'intérieur. Même si celui-ci est élu avec 60% des voix le 24 avril 2005, l'opposition dénonce les irrégularités du scrutin qui se déroule dans un climat de violence, des altercations faisant des dizaines ou des centaines de morts selon les versions.

Dans les médias...


François Laloupo, « Fin de l'empire Eyadéma »

«...quarante ans du régime Gnassingbé Eyadéma ont fondé un « ordre » parfaitement structuré, qui a sa vie propre, agit selon sa logique, faisant fi des exigences ordinaires des règles communément admises dans le concert des nations. Une dictature absolue, forcément autiste. Qui plus est, une caricature sinistre de l'État post-colonial sans projet : un État inapte à se tourner vers son peuple tenu en respect par la soldatesque du chef, dont la raison réside pour l'essentiel dans la conservation de son territoire et des intérêts d'une coterie, et dans une allégeance immodérée à l'ex-puissance coloniale. On ne pouvait raisonnablement imaginer que ce système disparaisse du jour au lendemain, par le seul fait du décès du « grand timonier ». En somme, c'est le système que les actuels maîtres autoproclamés du Togo ont servi et dont ils constituent la chair et le sang qui, quarante ans plus tard, les « agit » davantage qu'ils n'en sont les éléments moteurs. C'est cette dynamique, incontrôlable, qui a commandé aux hommes ayant mis Faure Gnassingbé au pouvoir de commettre l'intolérable, aggravant un peu plus le sort subi par leur pays depuis des décennies. »

Le Nouvel Afrique-Asie (France), mars 2005, p. 9.

François Soudan et al., « Togo : De père en fils »

«...À 39 ans, Faure Gnassingbé revête donc l'écharpe de président de la République du Togo. Mi-nordiste, mi-sudiste (de par sa mère, une originaire d'Atakpamé), ancien étudiant à Georgetown et à Paris-Dauphine, discret et affable, celui qu'Eyadéma préparait à l'évidence pour sa propre succession est très différent de son père. Gestionnaire, ministre des Mines et des Télécommunications depuis 2003, Faure est un personnage discret, réputé modéré, très impliqué dans les négociations avec l'opposition et avec l'Union européenne. Toutes proportions gardées, il est à Eyadéma ce que Joseph Kabila, Bachar al-Assad ou Mohammed VI sont à leurs pères respectifs : élevés dans l'ombre tutélaire et parfois écrasante des leaders « historiques », ils se sont forgé une personnalité invisible jusqu'à leur accession au pouvoir. À en juger par ses premiers pas, celle de Faure paraît affirmée...»

Jeune Afrique/L'Intelligent (France), 13 au 19 février 2005, p. 14.

Colette Braeckman, « L'opposition redoute la politique du fait accompli »

«...Les protestations conjointes de l'Union africaine, par la voix de son président Alpha Omar Konaré, et de l'Union européenne, par la voix de Javier Solana et de Louis Michel n'y ont rien changé : Fauré Eyadema, le fils du président Gnassinbe Eyadéma a bel et bien prêté serment à Lomé dans un quartier présidentiel quadrillé par l'armée et la police. La population elle, avait accueilli avec une relative indifférence ce changement, se rappelant peut-être qu'au début des années 90, le pays avait été la proie de troubles violents, où la répression avait fait des dizaines de morts. De nombreux cadavres avaient alors été largués en mer et leur réapparition avait suscité un scandale international. La désignation du fils du président défunt aurait dû représenter une sérieuse entorse à la constitution, qui prévoyait qu'en cas de décès du chef de l'Etat, le pouvoir soit exercé par intérim par le président de l'Assemblée nationale en exercice. Mais dimanche soir, les députés ont modifié l'article concerné, afin de permettre la succession du fils du président, et l'avion qui ramenait au pays le président de l'Assemblée nationale, Fambaré Watchaba Ouattara, avait été détourné sur le Bénin. Celui qui aurait dû être le successeur légitime d'Eyadéma s'est cependant jusqu'à présent abstenu de tout commentaire, ce qui jette le doute dans les rangs de l'opposition. »

Le Soir (Belgique), 8 février 2005.

Camille Bauer, « Eyadéma est mort, vive Eyadéma ? »

«...Ce concert de réactions ne doit pas cacher un certain embarras. Au pouvoir depuis trente-huit ans, le président Eyadéma représentait un pôle de stabilité en Afrique de l'Ouest. Aux prises avec les tentatives de règlement des crises libérienne, sierra-léonaise et ivoirienne, la communauté internationale a eu tendance à faire preuve d'une certaine mansuétude vis-à-vis de régimes autoritaires mais stables. Par ailleurs, jouissant du statut de doyen des chefs d'État africains, Eyadéma s'était investi dans le règlement des conflits régionaux, notamment celui de la Côte d'Ivoire. Il a ainsi été salué par l'ONU comme ayant « apporté une contribution significative à la résolution pacifique des conflits en Afrique ». Il sera surtout regretté par la France. Cette dernière n'a jamais cessé de soutenir le dictateur qui en retour apportait son soutien à la présence française dans la région. La première réaction du président Chirac a d'ailleurs été samedi de regretter la disparition « d'un ami de la France » qui était aussi « un ami personnel ». »

L'Humanité (France), 7 février 2005, p. 12.

Gouvernance et gouvernement [ 5 février 2005 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Togo
FaibleFaure Essozimna GnassingbéKoffi Sama

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1995 - 2016



février
2005
Décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma

octobre
2007
[Résultats] Élections législatives

juillet
2013
[Résultats] Élections législatives

avril
2015
[Résultats] Élection présidentielle


Dans l'actualité


janvier
2018
Les Togolais révoltés contre Gnassingbé

novembre
2016
Le franc CFA : outil de développement ou abus de pouvoir colonial ?

mars
2010
Élections au Togo : un pas vers la démocratie ?


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019