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7 juin 2015

Tenue d'élections législatives en Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ahmet Davutoglu

Au pouvoir en Turquie depuis 2002, le Parti justice et développement (PJD) arrive en tête des élections législatives pour la quatrième fois consécutive. Avec 258 sièges sur 550, il reste cependant à court d'une majorité, ce qui constitue une surprise et ouvre la porte à la formation d'un gouvernement de coalition.

Après sa première victoire électorale, en 2002, le PJD gagne à deux autres reprises (2007, 2011), formant des gouvernements majoritaires dirigés par Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier devient président en 2014. C'est le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, qui lui succède comme premier ministre. Des élections législatives sont déclenchées au printemps 2015. Le PJD domine dans les sondages. Son objectif est d'obtenir plus de 367 sièges, soit les deux tiers des élus, ce qui lui permettrait de procéder à des changements constitutionnels sans avoir à tenir un référendum. On souhaite recourir à ces changements afin de renforcer les pouvoirs présidentiels et insérer dans la Constitution des dispositions sur le statut des Kurdes. Parmi les sujets abordés lors de la campagne, il y a le ralentissement économique ainsi que les orientations à adopter face au conflit en Syrie et à l'ascension de l'État islamique. Il est également question de corruption et de fraudes électorales, comme celles révélées après les municipales de 2014. La campagne est ponctuée d'actes violents, dont l'explosion de bombes. Le 7 juin, le PJD est reporté au pouvoir avec 40,9 % des voix et 258 sièges. Cette performance, la pire de son histoire au niveau des sièges, le laisse à court d'une majorité. Trois autres partis obtiennent le seuil de 10% des votes nécessaire pour avoir une représentation, soit le Parti populaire républicain (25 %, 132 sièges), le Parti d'action nationaliste (16,3 %, 80 sièges) et le Parti démocratique populaire (13,1%, 80 sièges), une formation de gauche pro-Kurde dirigée par un chef populaire, Selahattin Demirtas. Le recul du PJD, qui constitue une surprise, est interprété par plusieurs comme un désaveu à l'endroit du président Erdogan et de sa quête de pouvoirs présidentiels accrus. Les résultats entraîneront la formation d'un gouvernement de coalition, ce qui ouvre la porte à bien des spéculations. Certains prévoient même un retour anticipé aux urnes.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Marie Jégo, « Les Turcs privent M. Erdogan de majorité »

«...Avant tout, il s'agit d'un sérieux revers pour M. Erdogan, qui voit son rêve d'hyperprésidence lui échapper. « Le palais est tombé! » , titrait le quotidien Taraf lundi. (...) Pour « Tayyip Bey » (le surnom respectueux donné à M. Erdogan par ses partisans), il s'agit d'un sérieux camouflet, le premier de sa fulgurante carrière politique. Accusé de dérive autoritaire, coupable d'avoir semé la zizanie dans son propre camp, il a perdu son aura de rassembleur, sa magie d' « homme providentiel » comme il aimait à se présenter. La croissance en berne (2,9 % en 2014), la hausse du chômage (11 %) et de l'inflation (8 %) lui ont compliqué la donne. Mais la principale raison de son échec, c'est d'avoir tenté d'imposer aux Turcs un « Tayypisme » dont ils ne voulaient pas. Sa propension à ne faire qu'un avec la Turquie a déplu. « Ils disent que, si Erdogan obtient ce qu'il veut dimanche, on ne pourra plus l'arrêter », avait proclamé le président lors d'un rassemblement organisé samedi dans la province d'Ardahan, au nord-est du pays. « En réalité, ils veulent dire que l'on ne pourra plus arrêter la Turquie », avait-il précisé. Les affaires de corruption, la morgue des dirigeants de l'AKP, leur soumission aveugle à M. Erdogan avaient déjà contribué à refroidir l'ardeur de l'électorat. Le parti en était venu à fonctionner comme une confrérie, avec des adeptes prêts à tout pour leur guide spirituel. »

Le Monde (France), 9 juin 2015, p. 2.

Alexandre Billette, « La Turquie entre dans une phase d'incertitude politique »

«...Généralement prompt à intervenir, le chef de l'État a gardé le silence dimanche soir, laissant au premier ministre, Ahmet Davutoglu, la tâche de s'adresser à la petite foule depuis le balcon du siège du parti à Ankara. Derrière lui, la mine déconfite des ministres sortants tranchait avec le ton vindicatif du chef du gouvernement... Plusieurs facteurs expliquent le pire score obtenu par l'AKP depuis son arrivée au pouvoir en 2002: l'économie turque ne connaît plus l'embellie des années 2000 et l'inflation pèse lourdement sur les Turcs, sans compter la « surprésidentialisation » du pouvoir par Recep Tayyip Erdogan qui semble se retourner contre lui. La question kurde a également joué un grand rôle dans la redistribution du paysage électoral turc, notamment dans le sud-est, où les électeurs se sont massivement éloignés de l'AKP, conséquence du blocage du processus de paix et des positions pour le moins ambiguës du régime turc face à Daech lors du siège de la ville kurde de Kobane, en Syrie. Sortant de son silence, le président a exhorté hier les partis à « faire preuve de responsabilité », tandis que la presse d'opposition célébrait déjà la « fin de treize années de régime à parti unique ». »

La Croix (France), 9 juin 2015, p. 8.

Anne Andlauer, « La fin d'une ère pour l'AKP »

«...Politiquement, le vainqueur de dimanche est une formation en pleine ascension, le Parti démocratique des peuples (HDP). Issu du mouvement politique kurde, il rassemble une ribambelle de partis et d'organisations de gauche, féministes, LGBT et écologistes. Le HDP, qui présentait pour la première fois des listes aux élections législatives, a réussi son pari: dépasser le quorum électoral de 10% des voix au niveau national. Le HDP ayant convaincu 13,1% des électeurs, il sera représenté par 79 députés, soit 50 de plus qu'au précédent parlement, où ses élus siégeaient en tant qu'indépendants. Le HDP doit en grande partie son succès à son co-président, Selahattin Demirtas, figure montante de la vie politique turque, qui avait obtenu 9,7% des voix à l'élection présidentielle d'août 2014. Ces derniers mois, le HDP s'est éloigné de son carcan identitaire («le parti des Kurdes») pour s'imposer comme une formation politique à part entière, le «parti des exclus», un parti «de toute la Turquie». C'était loin d'être simple dans un pays où le mot «kurde» a longtemps été associé aux luttes armées et aux velléités d'indépendance. »

Le Soir (Belgique), 8 juin 2015, p. 10.

François Brousseau, « Démocratures »

«...De façon ironique, l'actuel président, l'« islamiste modéré » (expression consacrée, bien que contestable) Recep Tayyip Erdogan, celui-là même qui, il y a 13 ans, avait « civilisé » l'islam politique pour le rendre plus présentable, s'est peu à peu coulé dans les habits de ses prédécesseurs autoritaires. Aux élections législatives d'hier, son parti (l'AKP) n'a pas remporté la majorité absolue - et encore moins la majorité qualifiée de 67 % des sièges - qu'il espérait pour pouvoir changer la constitution à sa guise, et transformer la Turquie, de régime parlementaire faible en régime présidentiel fort, voire en démocrature à la Poutine. Au cours des dernières années, l'agressivité et les intimidations d'Erdogan envers l'opposition, les médias, les tribunaux rétifs, les associations rivales, envers quiconque osait le contredire, ont monté en flèche. Poursuites à répétition contre ses contradicteurs, assassinats de journalistes non élucidés, scandales de corruption étouffés, manifestations réprimées place Taksim en 2013... Cette arrogance montait en proportion directe de ses scores électoraux : 34 % des voix aux législatives de 2002, 47 % en 2007, 50 % en 2011. Ramené hier à 41 % des suffrages et à 46 % des sièges - conséquence d'une spectaculaire percée du parti kurde - Erdogan remballera-t-il ses rêves de sultan ? On peut en tout cas l'espérer. »

Le Devoir (Québec, Canada), 8 juin 2015, p. B1

Laura King, « Emperor Sans Clothes : Turkish Election Strips Erdogan of Former Glory »

«...For more than a dozen years, Recep Tayyip Erdogan's gilded career had taken him from one electoral triumph to the next, heaping spoils and glory not only on the Islamist-rooted political party he co-founded but on the 61-year-old leader himself. All that changed Sunday, when voters delivered the electoral equivalent of a stinging slap in the face to the man once considered the most popular politician in the country's modern history. The voting results deprived Erdogan's Justice and Development Party, or AKP, of the single-party power it had enjoyed since 2002, and derailed his personal vision of transforming the largely ceremonial post of president, which he assumed in August, into an overarching seat of power. The ballot-box verdict could be read as an affirmation of what had long been buzzed about in Turkey's ancient bazaars and spanking-new skyscrapers: that Ergodan, once seen as a savior, was in danger of becoming a national liability. Wearied by years of harsh crackdowns and grandiose gestures on Erdogan's part, many Turks came to view him as a leader who burned bridges rather than building them. The aura of fear and reverence dissolved into something unfamiliar and far more subversive: laughter. »

Los Angeles Times (États-Unis), 9 juin 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 7 juin 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
LimitéRecep Tayyip ErdoganAhmet Davutoglu

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



juin
2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juin
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
2013
Mouvement de contestation populaire en Turquie

août
2014
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
2015
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
2016
Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie


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Le double malaise turc


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