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5 juillet 2015

Tenue d'un référendum sur un plan d'aide financière européenne à la Grèce

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alexis Tsipras

Le 27 juin 2015, le premier ministre grec Alexis Tsipras surprend en annonçant qu'il soumettra à un référendum les dernières propositions d'aide financière formulées à son pays par la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE). Il demande à ses compatriotes de les rejeter, ce qu'ils feront à 61,3 %.

Les difficultés économiques et financières de la Grèce sont accentuées par la crise de 2008. Des mesures d'aide de plus de 200 milliards d'euros sont apportées par des institutions comme la BM, le FMI et la BCE, en retour de mesures d'austérité qui suscitent une grogne sociale. Ce mécontentement s'exprime lors des élections législatives du 25 janvier 2015 qui se soldent par l'échec des formations traditionnelles et la victoire aux élections législatives du Syriza d'Alexis Tsipras, un parti d'extrême gauche opposé aux conditions de redressement. Il forme le gouvernement avec l'appui des Grecs indépendants, un parti de droite qui partage cette position. Au cours des mois qui suivent, les négociations pour fixer les modalités des prochains versements d'aide s'avèrent difficiles. Propositions et contre-propositions sont formulées, dont celle du 25 juin provenant des institutions financières que le gouvernement Tsipras repousse, notamment sur la question de la restructuration de la dette. Le 27 juin, celui-ci surprend en annonçant qu'il soumettra ce projet d'accord à la population lors d'un référendum prévu pour le 5 juillet. L'issue s'annonce cruciale, d'autant plus que les dispositions du plan d'aide cessant le 30 juin, le pays se retrouvera incapable de payer ses obligations. Pour éviter un effondrement du système bancaire, on ne permet donc aux citoyens que de retirer de petites sommes. Les sondages indiquent que les deux camps sont au coude à coude. Le 5 juillet, les Grecs se prononcent toutefois à 61,3 % pour le rejet du projet d'accord. Malgré la victoire du non, le ministre des Finances Yanis Varoufakis, un tenant de la ligne dure face à la stratégie de l'austérité, démissionne le 6 juillet. Les négociations reprennent et, le 15 juillet, le Parlement grec adoptera un plan d'aide européen appuyé par Tsipras. Il reste toutefois fort contesté par la population.

Pour en savoir plus: Discours du premier ministre grec dans le cadre d'un référendum sur un plan d'aide écon

Dans les médias...


Dominique Villemot, « La Grèce doit rester dans la zone euro »

«...il faut comprendre que la sortie de la Grèce de la zone euro se traduirait par une dévaluation très importante de la drachme et ferait exploser le ratio dette publique libellée en euros/PIB calculé en drachmes. En conséquence, la Grèce ferait faillite complètement et ne rembourserait rien. Pour la France, à qui la Grèce doit environ 40 milliards, cela veut dire, en cas de reprise des négociations, renoncer à 12 milliards et, en cas de sortie de la zone euro, renoncer à la totalité des 40 milliards. Pour pouvoir rembourser au moins une partie de ce que doit la Grèce, il n'y a qu'une seule solution : qu'elle retrouve le chemin de la croissance. Cela n'est possible que si on lui permet de souffler un peu. Ensuite, ne nous faisons pas d'illusions. Une sortie de la Grèce signifierait la fin de la zone euro, à plus ou moins brève échéance. On nous dit que ce risque n'existe pas, que la zone euro est beaucoup plus forte qu'en 2010, qu'elle s'est dotée des moyens d'organiser sa survie, avec la création du Mécanisme européen de stabilité et avec la politique d'achat de dettes publiques par la BCE. Certes. Mais une sortie de la Grèce de la zone euro signifierait que les peuples n'ont le choix qu'entre l'austérité ou quitter la zone euro. Cela démontrerait aussi que la zone euro n'est pas une union économique et monétaire, mais un simple mécanisme de changes fixes dont on peut sortir. Nous retournerions vingt-cinq ans en arrière, à l'époque du Serpent monétaire européen. »

Marianne (France), 10 juillet 2015, p. 49.

Dominique Moisi, « Aider la Grèce en dépit d'elle-même »

«...laisser la Grèce seule face à elle-même, à ses peurs, à ses démons, à ses souffrances, à ses blocages sinon à son irresponsabilité, se résigner en quelque sorte à ce qu'elle devienne dans les mois ou les années à venir, un « État failli » au nom d'une discipline budgétaire ou d'une vision de la justice ou de l'éthique trop étriquée, n'est-ce pas prendre un risque trop grand, non plus pour la Grèce, mais pour nous-mêmes ? Et, cette fois-ci, l'Europe est en première ligne. L'Amérique est restée exceptionnellement silencieuse, sinon passive. La Grèce, ce n'est pas son problème. Au-delà du référendum et de son résultat - loin d'être négligeable, puisqu'il confirme de manière éclatante le divorce qui peut exister aujourd'hui entre l'Europe et ses élites - se pose la question de l'avenir d'une Union européenne qui verrait se développer en son sein comme une excroissance de populisme et d'irresponsabilité. Aider la Grèce en dépit d'elle-même, c'est s'aider soi-même. Car la Grèce ne saurait être jugée à la seule aune de son poids économique. Alors que l'Europe fait face à ces trois défis majeurs que sont le djihadisme, le poutinisme et le populisme, la Grèce est, du fait de sa géographie et de son système politique, un pays particulièrement vulnérable, en étant tout à la fois un point de passage quasi obligé pour des migrants toujours plus nombreux, sinon une proie tentante, en cas de chaos, face aux ambitions islamistes ou russes. Si l'Europe est aujourd'hui le noyau faible de l'Occident, la Grèce est le noyau faible de l'Europe. »

Les Échos (France), 8 juillet 2015, p. 10.

Alain Frachon, « Grèce, torts partagés »

«...Le « Grexit » a un coût politique et stratégique énorme. Au moins dans les premières années, le retour à la drachme, même aidé et organisé par l'Union, risque de se traduire par une régression sociale plus accentuée encore pour les Grecs. Le dévissage d'une Grèce en faillite financière peut transformer le pays d'Alexis Tsipras en Venezuela d'Hugo Chavez. L'UE pourrait avoir à gérer en son sein un État failli, à sa bordure orientale sud, point d'immigration clé, voisinant avec des Balkans encore instables. Situation d'autant moins enviable qu'elle interviendrait en un moment de crispation avec la Russie, de poursuite de la guerre en Ukraine, pendant que notre arrière-cour moyen-orientale est livrée au chaos. En ces temps d'essoufflement du projet européen, on n'ose imaginer l'impact qu'aurait un « Grexit » sur la montée en force des formations eurosceptiques ou europhobes en Europe - un coup de pouce déterminant, par exemple, à ceux qui, au Royaume-Uni, souhaitent un « Brexit. « Grexit » (de l'euro) en 2016, Brexit (de l'UE) en 2017? Une sortie « organisée » de l'euro, si ça existe, ou un troisième plan d'aide à la Grèce, même lesté de contraintes pour Athènes, tout aura un prix. Celui d'une « gigantesque défaite collective » pour la zone euro, comme le dit Guntram B. Wolff, le directeur de l'institut de recherches bruxellois Bruegel. »

Le Monde (France), 10 juillet 2015, p. 22.

Ariane Krol, « Suspense grec »

«...La rupture est toujours évitable, mais on n'en a jamais été aussi près. Plus le temps passe, plus des Européens se font à l'idée que la Grèce pourrait quitter le bateau. Le Non retentissant au référendum, loin de donner au premier ministre le pouvoir de négociation escompté, n'a fait que braquer ses interlocuteurs les plus réticents, Allemagne en tête. Alexis Tsipras a beau avoir multiplié les déclarations en faveur de l'Europe, remplacé son ministre des Finances et promis d'arriver avec de nouvelles propositions aujourd'hui, il ne sera pas facile de trouver un terrain d'entente. La Banque centrale européenne a confirmé hier soir le maintien de ses prêts d'urgence au niveau actuel. Le risque que les banques grecques manquent de liquidités d'ici quelques jours est donc encore bien présent. Cette perspective ajoute une pression supplémentaire sur la population, mais présumer de son impact serait pour le moins hasardeux. Le Non a montré qu'il faut plus qu'un plafonnement des retraits et des guichets automatiques vides pour faire rentrer dans le rang cette population éprouvée par des années de pénibilité économique. Malheureusement, le rejet du dernier plan d'austérité n'a absolument rien réglé, hormis le sort du plan en question. Et les avenues qui s'offrent maintenant à la Grèce ne s'annoncent guère plus faciles. »

La Presse (Québec, Canada), 7 juillet 2015, p. A11.

Anthony Hilton, « Greek exit is an error that should be avoided »

«...It is absurd in hindsight that it demanded ferocious belt-tightening from the Greeks in return for funds largely used to bail out French and German banks rather than to tackle some of Greece's problems. Grasping the nettle of write-offs will be made more costly by the delay although the banks will escape most of it because they have passed the debt on to the institutions organising the bailouts. There are two other issues. The first is geopolitical. There is enough turmoil and instability at the far end of the Mediterranean and in the Balkans without dumping a failed state into the middle of it. Greece has to keep functioning as a country with a government that works and that will require money from somebody. If it is not the West it will be Putin's Russia or someone worse, and that is something no rational EU government should contemplate. And the risk would probably be enough to prompt the Americans to come in with a bridging loan or even as the driver of new talks to keep some sort of show on the road. Second, the overwhelming support of the Greek people for their government in the weekend referendum changes the game. It gives the Greeks a mandate to go it alone on a left-of-centre policy stance. That should concentrate the minds of Europe's Conservatives. Do they really want to give Greece's leaders a platform that might embarrass them with its success? More likely, they would prefer one last round of talks to return Greece to the fold. »

London Evening Standard (Royaume-Uni), 7 juillet 2015, p. 36.

Gouvernance et gouvernement [ 5 juillet 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Grèce
ÉlevéProkópis PavlópoulosAlexis Tsipras

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Tenue d'un référendum sur un plan d'aide financière européenne à la Grèce

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