20 juin 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

15 juillet 1958

Intervention de troupes américaines au Liban

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Camille Chamoun

Des tensions internes et l'évolution de la situation au Moyen-Orient, notamment le renversement de la monarchie irakienne, incitent le président libanais, Camille Chamoun, à demander de l'aide aux États-Unis. Le 15 juillet 1958, plus de 13 000 soldats et marines sont déployés sur le territoire dans le cadre de l'opération Blue Bat.

Le 1er février 1958, une union politique est formée entre l'Égypte et le Syrie : la République arabe unie (RAU). Cette nouvelle donne un élan à ceux qui, au Liban, au Yémen et en Irak souhaitent joindre la RAU. Ce différend accentue les tensions au Liban entre chrétiens maronites, pro-Occidentaux, et les musulmans favorables à la RAU et opposés au pacte de Bagdad liant le pays aux États-Unis. De plus, plusieurs dénoncent la volonté du président Camille Chamoun, un chrétien maronite en poste depuis 1952, d'être de nouveau candidat, ce qui contrevient à la Constitution. Des conflits éclatent dans les montagnes avec des rebelles que l'on dit appuyés par la RAU. Le 14 juillet, le renversement de la monarchie irakienne, favorable à l'Occident, ajoute aux tensions. Chamoun demande aux États-Unis d'intervenir. Dans le contexte de la guerre froide, ceux-ci perçoivent cette situation comme une menace communiste potentielle qu'il faut combattre, selon la doctrine du président Dwight Eisenhower. Cette région est également stratégique en approvisionnement pétrolier. Le 15, les États-Unis interviennent, une première au Moyen-Orient, en déclenchant l'opération Blue Bat. Avec 8000 hommes d'infanterie et 5400 marines, ils sécurisent le port, l'aéroport de Beyrouth et les routes principales. Cette action est dénoncée par l'Union soviétique. Dans les jours qui suivent, les Britanniques apportent une aide militaire au souverain jordanien pro-occidental Hussein, lui aussi contesté de l'intérieur. La diplomatie américaine s'active au Liban. C'est un chrétien modéré, le chef d'état-major de l'armée, le général Fouad Chehab, qui succède à Chamoun à la présidence le 23 septembre. Le lendemain, il nomme premier ministre le musulman Rachid Karamé, un chef des rebelles qui a dirigé le gouvernement en 1955-1956. Les troupes américaines quitteront le Liban à la fin octobre.

Dans les médias...


J.L., « Guerre civile au Liban »

«...S'il est vrai, comme le pensent et l'écrivent de bons connaisseurs des choses algériennes, qu'il n'est que deux solutions au problème algérien : la palestinienne et la libanaise, il serait cruel d'admettre que l'expérience réussie depuis quinze ans à Beyrouth est vouée à l'échec. La guerre civile qui afflige aujourd'hui le Liban n'impose pas une telle conclusion. Si ces lieux merveilleux que sont Baalbek et Chtaura sont aujourd'hui des noms de bataille, ou pour le moins d'échauffourées, ce n'est pas parce que Musulmans et Chrétiens se haïssent fondamentalement et veulent s'exterminer : c'est surtout parce que le chef de l'État a prétendu imposer à son pays, fragile et inséré dans un univers enfiévré par le nationalisme-neutralisme, une diplomatie anachronique. On viendra, naturellement, nous parler une fois de plus d' « amis de l'Occident » dont le retrait serait catastrophique, et l'on évoquera comme toujours Munich, comparant M. Chamoun au président Bénès. Parallèles absurdes. Car c'est en confondant l'Occident et des politiciens du style de M. Chamoun que nous ouvrons progressivement les voies au nationalisme xénophobe. C'est le naufrage du Liban qui serait une catastrophe. Mais M. Chamoun n'est pas le Liban. »

Esprit (France), juillet-août 1958, p. 145.

Jacques van Ypersele, « La crise libanaise »

«...Alors que le Liban est constitué d'une légère majorité musulmane regardant avec sympathie vers le Caire, et d'une minorité chrétienne orientée vers l'Occident, alors que le Liban traditionnellement était un trait d'union entre l'Occident et l'Orient, Chamoun s'est aligné complètement sur la politique occidentale. Comme l'a très bien souligné le patriarche maronite Mge Meouchy, l'ex-président a cru pouvoir imposer unilatéralement sa politique aux musulmans. Il avait rompu le fragile équilibre confessionnel : la base même de l'État libanais. (...) L'acceptation sans réserve de la doctrine Eisenhower, avant même que celle-ci ne fût ratifiée par le congrès américain et alors que les autres nations la rejetaient avec violence comme une ingérence dans leurs affaires intérieures, constitua une très lourde faute. La méfiance avouée, voire l'hostilité de Chamoun envers Nasser, a achevé de faire perdre au Liban sa position privilégiée entre l'Occident et l'Orient. En fait, il n'est pas exagéré de penser que ce fut l'Occident qui, en poussant Chamoun à suivre une telle politique, a fait éclater le Liban en deux parties. Les chefs de l'ancienne opposition, les musulmans surtout, ne pardonnent pas à leur ex-président d'avoir suivi à la lettre la politique occidentale, et d'avoir tenu pour nuls les sentiments de plus de la moitié du pays. »

La Revue nouvelle (Belgique), 15 octobre 1958, p. 457.

S.A., « L'Occident au pied du mur »

«...Épargné jusqu'ici par le mouvement révolutionnaire, le souverain jordanien annonce qu'il est décidé à lutter contre le nouveau régime irakien. Il compte sur le loyalisme de son armée, la coopération des tribus de l'Euphrate, traditionnellement favorables à la monarchie, et peut-être surtout sur une intervention extérieure. Du coup tout le problème de la politique occidentale au Proche-Orient se trouvait posé. Les signataires du pacte de Bagdad d'une part, les grandes puissances occidentales d'autre part, ont à décider dans les heures qui viennent leur ligne de conduite face à la révolution irakienne et, accessoirement, à l'insurrection libanaise. Les gouvernements de Washington, de Londres et de Paris ont pris des mesures de sécurité. Des décisions capitales paraissaient imminentes. Les États-Unis, pour leur part, ont pris la décision de débarquer cinq mille « marines » au Liban. Les derniers intérêts que possède aujourd'hui l'Occident en Orient sont menacés. Il s'agit de savoir par quels moyens les capitales occidentales comptent cette fois assurer leur protection. Les moyens militaires sont lourds de risques : rien ne saurait garantir qu'une guerre mondiale ne serait pas au bout de ce chemin. »

Le Monde (France), 16 juillet 1958, p. 1.

S.A., « The Nation : fighting fire »

«...Even as the U.S. troops moved to prevent the fire from spreading, Washington was well aware that the very fire fighting itself would scatter embers in a highly explosive area. But U.S. policymakers believed that the alternative of letting the fire spread through Lebanon and Jordan would weaken the free world's whole system of alliances, would weaken also all small pro-Western governments from Morocco to the Pacific. Under the circumstances, and in the light of the West's inability to answer free Hungary's call in 1956, the President's duty to act promptly was clear. So was his duty to act with enough force to handle any eventuality in the area. But with the fire damped, the U.S. policymakers saw their next job as extricating the troops from Lebanon, passing the fireman function over to a U.N. force. History's judgment on the U.S.'s answer to Lebanon cry for help would hang largely on what the U.S. did next. The troop movements were final proof that the U.S. was thoroughly committed to the Mediterranean. The long-range value of the whole effort could well be that, as a probing operation, it would enable the U.S. to decide quickly and precisely what its Middle Eastern objectives are and act accordingly. »

Time (États-Unis, édition canadienne), 28 juillet 1958, p. 11.

Gouvernance et gouvernement [ 15 juillet 1958 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Liban
LimitéCamille Nemr ChamounAbd' Rashin Sami as-Solh

États-Unis
ÉlevéDwight D. Eisenhower

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1953 - 1963



juillet
1958
Intervention de troupes américaines au Liban


Dans l'actualité


février
2018
L'appareil démocratique rouillé du Liban

novembre
2016
Michel Aoun : de militaire à président du Liban

février
2016
Liban : des actes de terrorisme aux conséquences multiples?

octobre
2014
La présidentielle libanaise : un casse-tête tant interne qu'externe

février
2010
« L'État » Hezbollah

février
2010
Le retour de la stabilité au pays du Cèdre?

février
2010
La politique étrangère d'Obama au Moyen-Orient

octobre
2008
Attaque du « Drakkar » au Liban : 25 ans déjà

mars
2008
Chrétiens et musulmans, main dans la main au Liban

décembre
2006
Une cinquième personnalité antisyrienne assassinée au Liban


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016