16 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

13 avril 1975

Renversement du président tchadien Ngarta Tombalbaye

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

François Tombalbaye

Des tensions entre le président tchadien Ngarta Tombalbaye et les militaires incitent ces derniers à effectuer un coup d'État le 13 avril 1975. Le renversement du président, qui est tué à cette occasion, marque un tournant dans l'histoire du Tchad qui n'a eu que Tombalbaye comme chef d'État depuis l'indépendance, en 1960.

François Tombalbaye - il changera de prénom pour Ngarta dans les années 1970 - devient président du Tchad lorsque ce pays accède à l'indépendance, le 11 août 1960. Son règne est marqué en 1966 par l'avènement du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), un mouvement défendant les intérêts du Nord musulman, ainsi que la contestation des Toubous, des nomades noirs. Cette instabilité entraîne l'implication de troupes françaises aux côtés du gouvernement. La lutte qui se poursuit mine la crédibilité du président qui perd des appuis dans le Sud, d'où il est originaire. Son comportement erratique provoque également des tensions croissantes entre lui et l'armée. Craignant un complot entre des militaires et des forces extérieures convoitant les richesses tchadiennes, le chef d'État fait emprisonner des leaders, comme le général Félix Malloum, en juin 1973. L'arrestation du chef de la gendarmerie, Djimé Mamari Ngakinar, et de son aide, le colonel Kotiga Guérina, le 2 avril 1975, incite des militaires à préparer un coup d'État. Ils le mettent à exécution le 13 avril. Le palais présidentiel de la capitale, N'Djamena, est occupé et Tombalbayé tué. Des leaders emprisonnés sont libérés, la Constitution est suspendue et l'Assemblée nationale dissoute. Après une courte transition, Malloum est placé à la tête de la junte, le Conseil supérieur militaire, le 15 avril, avant de devenir président. Malgré l'espoir d'un apaisement entre les nouveaux dirigeants et les rebelles du Nord, les tensions persistent. Le Tchad demeurera déchiré par une instabilité persistante, notamment des conflits dans lesquels d'autres pays interviennent (Libye, France, etc.).

Dans les médias...


Saleh Kebzabo, « Tout sur le putsch de N'Djaména »

«...Les militaires demandent à être jugés sur leurs actes, qu'on leur fasse confiance et qu'on prenne en considération leurs bonnes intentions. Ils affirment qu'il n'est pas question de poursuivre la même politique qui a trop fait souffrir le pays. Ils se veulent pratiques et pragmatiques, et se refusent, pour l'heure, à engager un débat public sur le contenu politique et leurs actions. C'est la seule pierre d'achoppement. Cherchant à rassurer ceux qui, nombreux, commencent déjà à s'agiter, à N'Djaména, ils disent sans ambages qu'il n'y aura pas de régime dictatorial au Tchad. Mais rappellent tous les jours que les activités, manifestations ou concertations à caractère politique sont formellement interdites. Cette démarche reflète l'état d'esprit des membres du CSM. Nullement préparés au pouvoir, les militaires tchadiens font en vérité leur apprentissage de la politique. Ils le reconnaissent humblement et disent vouloir partager le pouvoir avec les civils. On comprend les appels incessants lancés en direction des différentes catégories de Tchadiens de l'intérieur et de l'extérieur. Pour relever le défi de Tombalbaye qui disait sans modestie qu'après lui ce serait le chaos. Assurément le Tchad vit des jours délicats et peut-être décisifs. »

Jeune Afrique (France), 9 mai 1975, p. 33.

S.A., « La revanche des « humiliés »

«...L'homme qui n'eut pas de mots assez durs pour les « colonialistes » venus à son aide contre ses administrés musulmans du Nord et insulta copieusement M. Foccart (Jacques) en place publique est tombé sous les coups de ses officiers « humiliés et bafoués ». Il a, selon le premier manifeste des putschistes, nourri « l'animosité entre tribus » et « divisé pour régner ». C'est dire combien l'intervention française, arrêtée en juin 1971, paraît, avec le recul du temps, une équipée où Paris ne pouvait gagner que des horions. Faisant du tribalisme un moyen de gouvernement rejetant son pays, sous prétexte d'« authenticité », dans des pratiques d'initiation d'un autre âge, persécutant parfois affreusement les chrétiens, l'ancien instituteur protestant du Moyen-Chari aura été le type même de ces « mauvais chevaux » qu'il est imprudent de jouer et de soutenir dans leurs querelles internes. L'ancien partenaire « ombrageux » du général de Gaulle n'aura su, en fin de compte, que transformer la vie politique de son pays en antichambre des prisons et de l'exil. Le nouveau régime militaire qui s'installe au Tchad se montrera-t-il moins intolérant ? Bien des précédents portent au scepticisme. »

Le Monde (France), 16 avril 1975, p. 1.

S.A., « Death of a Dictator »

«...During 15 years of harsh and eccentric rule, President Ngarta Tombalbaye of Chad survived at least seven major assassination attempts. Last week his luck ran out. In a surprise sunrise attack, uniformed soldiers and police, led by General Mbailai Odingar, acting commander of Chad's 4,000-man army, stormed the white-walled presidential palace in Ndjamena, capital of this Central African nation. Tombalbaye's death was announced over national radio, and General Odingar claimed that the armed forces had « exercised their responsabilities before God and the nation. » Almost immediately, thousands of brightly swathed men and women poured into the dusty streets of the sun-scorched city, singing, dancing and joyfully chanting, « Tombalbaye is dead. » (...) Despite his ruthless oppression of political opponents. Tombalbaye was never able to gain complete control of Chad, a country torn by traditional religious and tribal animosities. (...) The Moslems, who constitute 52% of the population, resented the political dominance that Tombalbaye gave to the Bantu tribesmen of Chad's tropical south. More recently, Tombalbaye's opposition has come from fellow Bantu military officers and members of his own party as well. »

Time (édition canadienne), 28 avril 1975, p. 32-33.

Gouvernance et gouvernement [ 13 avril 1975 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tchad
FaibleNoël Milarew OdingarFrançois N'Garta Tombalbaye

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1965 - 1985



avril
1975
Renversement du président tchadien Ngarta Tombalbaye

février
1979
Début de la guerre civile au Tchad


Dans l'actualité


septembre
2019
La ruée vers l'or tchadien

février
2016
Idriss Déby : un règne incessant pour le Tchad

janvier
2016
Le G5 Sahel : une offensive antiterroriste amorcée

octobre
2015
Tchad : justice sera-t-elle rendue aux victimes d'Hissène Habré?

septembre
2013
Tchad : l'ancien président Hissène Habré devant la justice

février
2009
Les Nations unies remplaceront l'Union européenne au Tchad

novembre
2008
Tchad : quand le soutien français vacille

novembre
2006
La crise au Soudan s'étend : état d'urgence au Tchad


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019