Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 avril 2018

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19 octobre 2015

Élection au Canada du Parti libéral de Justin Trudeau

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Justin Trudeau

Le Parti libéral du Canada (PLC), dirigé par Justin Trudeau, cause une énorme surprise en obtenant 184 sièges et 39,4 % des voix, ce qui lui permet de former un gouvernement majoritaire. Il devance nettement son plus proche adversaire, le Parti conservateur (PCC) du premier ministre sortant Stephen Harper, qui récolte 99 sièges et 31,9 % des suffrages.

Au pouvoir depuis 2006, le premier ministre Stephen Harper déclenche le 2 août 2015 une campagne électorale qui durera 78 jours, ce qui en fait la plus longue au Canada depuis le XIXe siècle. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair, une formation de gauche qui tient un discours plus centriste, notamment l'engagement à maintenir l'équilibre budgétaire, domine dans les sondages. Le PC de Harper et le Parti libéral du Canada (PLC) du chef Justin Trudeau, le fils de l'ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau, le devancent toutefois dans les dernières semaines. Le PCC fait campagne sur une gestion budgétaire serrée, alors que le PLC, un parti de centre, envisage un déficit au cours des trois premières années de mandat afin de stimuler l'économie en misant sur les infrastructures. L'Ontario apparaît comme le champ de bataille le plus convoité, avec 121 des 338 sièges en jeu, mais plusieurs luttes à 3, et même à 4 au Québec, sont prévues à travers le Canada. Cette situation incite les observateurs à anticiper la formation d'un gouvernement minoritaire. Toutefois, le PLC se détache rapidement le soir du 19 octobre. Avec 184 sièges, les libéraux forment un gouvernement majoritaire, ce qui constitue une surprise. Plusieurs interprètent ce résultat comme un désaveu à l'endroit du gouvernement sortant, le PCC de Stephen Harper, qui fait élire 99 députés. La plus grande déception est la performance du NPD qui chute tout le long de la campagne et récolte 44 sièges avec 19,7 % des voix. Le Bloc québécois (BQ), favorable à l'indépendance du Québec, gagne pour sa part 10 sièges. Stephen Harper quittera ses fonctions de chef du PCC, alors que les spéculations débutent sur la composition du premier cabinet Trudeau. Chef du PLC depuis 2013, celui-ci deviendra, à 43 ans, le deuxième plus jeune premier ministre de l'histoire de son pays.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Pierre Jury, « La décennie Harper »

«...Maintenant que la décennie de Stephen Harper est définitivement derrière nous, quel bilan peut-on en faire? D'abord, le premier ministre sortant mérite le crédit d'avoir su réunir les forces de la droite au Canada de manière à offrir aux électeurs une alternative aux gouvernements libéraux successifs de Jean Chrétien et Paul Martin. La démocratie impose que les électeurs aient des choix nets pour gouverner le pays; M. Harper a su mettre sous un même chapiteau les restes du Reform Party et du Parti progressiste-conservateur tandis que le Nouveau Parti démocratique demeurait qu'une force d'opposition et le Bloc québécois noyautait la Belle Province. Nous savons maintenant que ce nouveau Parti conservateur était un échafaudage bringuebalant de forces d'une droite religieuse, d'inconditionnels de l'équilibre budgétaire, de conservateurs au plan social (immigrants, anti-mariage gai, anti-avortement), de gens du milieu rural (anti-contrôle des armes à feu), et de l'Ouest (contre le pouvoir traditionnel de l'Ontario et du Québec),etc. Cet édifice a principalement tenu en place par le contrôle absolu instauré par M. Harper et son équipe. Au fil des années, la politique de division a fait son temps. Des tensions ont émergé chez certains députés et militants qui se sont aperçus que leurs priorités étaient sacrifiées au nom du pouvoir au Parlement. Ils ont quitté ou ont simplement déserté le parti. »

Le Droit (Canada), 21 octobre 2015, p. 16.

Jean-Herman Guay, « La politique positive de Trudeau »

«...Derrière la victoire de Trudeau, il y a bien sûr l'écroulement du NPD, la fatigue des conservateurs, une saine volonté d'alternance, un charisme personnel, mais il y a peut-être aussi la nostalgie d'une époque qui semble bien ancrée dans la mémoire collective: grands projets publics, redistribution fiscale, justice sociale et politique étrangère médiatrice. (....) Pour être à la hauteur de ce qu'il a promis, Trudeau devra cependant ouvrir plusieurs chantiers importants. Pour réformer le mode de scrutin, il doit procéder dans les deux premières années et lutter contre des réticences au sein de son propre caucus. Sur la question des inégalités économiques, il devra démontrer une pugnacité avec les classes les mieux nanties. Sur la légalisation de la marijuana ou l'enquête sur les femmes autochtones disparues, il doit aussi agir promptement. En arrivant au gouvernement, il se fera évidemment dire par les hauts fonctionnaires qu'il doit mettre de l'eau dans son vin, pire, qu'il doit oublier certains engagements. Il verra que certaines choses se disent aisément et se font plus difficilement. Reste qu'au total, si le Parti libéral parvient à réaliser ne serait-ce que la moitié de ce qu'il a promis, sa victoire ne sera pas seulement celle d'un homme ou d'un parti. Elle deviendra peut-être le symbole d'une réhabilitation de la politique, et plus globalement du politique, dans toutes ses déclinaisons citoyennes. Qui sait? On a bien le droit de rêver! »

La Presse (Québec, Canada), 21 octobre 2015, p. A18.

Vincent Marissal, « La traversée du désert prend fin »

«...Les lendemains d'élections risquent d'être beaucoup plus difficiles pour le NPD, qui semblait, il y a huit semaines à peine, se diriger vers le pouvoir. Pour les néo-démocrates, c'est un deuxième deuil en quatre ans: ils ont perdu leur chef, Jack Layton, quelques mois après le déferlement de la vague orange, puis, hier soir, ils ont perdu une occasion en or de prendre, enfin, le pouvoir. Pour le NPD, c'est le mythe de Sisyphe: chaque fois qu'il gravit la colline vers le pouvoir, il redégringole. Il ne manquera pas de militants, d'élus et d'ex-élus néo-démocrates pour critiquer Thomas Mulcair, lui reprochant en particulier son «recentrage», qui aura finalement transformé le NPD en une réplique de ce qu'était traditionnellement le Parti libéral. Pendant ce temps, Justin Trudeau en aura profité pour se faufiler sur la gauche du NPD, raflant la part du lion du vote progressiste. Cela aura été le plus grand coup de Justin Trudeau dans cette campagne: se positionner comme le seul véhicule progressiste capable de chasser les conservateurs de Stephen Harper du pouvoir. Son pari le plus audacieux aura été de tourner le dos au dogme du déficit zéro, allant jusqu'à prédire trois années de déficit s'il prend le pouvoir. En contrepartie, le chef libéral s'est engagé à investir des sommes importantes dans un grand programme national d'infrastructures, une recette qui a déjà fonctionné pour Jean Chrétien dans les années 90. »

La Presse (Québec, Canada), 20 octobre 2015, p. A3.

Ludovic Hirtzmann, « Justin Trudeau hérite du Canada »

«...C'est une victoire libérale écrasante. Les résultats du scrutin sont sans appel pour les conservateurs de Stephen Harper, l'actuel chef du gouvernement. Le « petit Justin » , méprisé par ses adversaires pour son manque d'expérience et de compétences, obtient 184 députés à la Chambre des communes, contre 99 aux conservateurs et 44 aux néodémocrates (NPD). Les indépendantistes du Bloc québécois raflent 10 sièges et les écologistes un seul. Si la victoire des libéraux est incontestable, la majorité absolue étant à 170 sièges, elle surprend par son ampleur. Au début de la campagne électorale en août, personne n'aurait parié sur les chances de Justin Trudeau. Les libéraux, sous sa gouverne, semblaient une nouvelle fois promis à un échec électoral après presque dix ans de règne conservateur. Le leader de la gauche (NPD), Thomas Mulcair, paraissait assuré de l'emporter il y a encore trois semaines... jusqu'à l'affaire du niqab. Le chef néo-démocrate a pris position en faveur du port du voile intégral, lors des prestations de serment de citoyenneté canadienne. L'électorat s'est alors détourné de lui. La gauche s'est effondrée et Stephen Harper, franchement détesté, n'en a guère profité. À tel point que les Canadiens se sont rabattus sur l'héritier Trudeau. Le soir de sa victoire, l'outsider libéral jubilait. »

Le Figaro (France), 21 octobre 2015, p. 7.

Dan Leger, « Harper sowed seeds of his demise »

«...The new prime minister faces immense challenges, not least of all taking on the statesman's mantle and mending some of the wounds created by Harper's hyper-partisanship. Trudeau now has a duty to reach out to other progressives and to conservatives too, to tone down the nastiness in politics and avoid more breaches in national unity. He has a clear majority with seats right across the country. Rarely does a prime minister get such an opportunity or bear such responsibility. As to Harper, he has been solidly rejected by Canadians. He gave it his best shot, did what he thought was right, but ultimately Canadians disagreed. His political career is over. And now that he's gone, or at least going, potential successors will emerge and a potentially difficult period of disunity might start among the Conservatives. Harper embodied the party he created and it will be a test of his legacy to see how it survives his departure. It turned out that the 2015 election was all about Stephen Harper, not about niqabs, deficits or hair. And on the subject of Mr. Harper, Canadians have spoken. »

The Chronicle-Herald (Canada), 21 octobre 2015, p. A11.

Gouvernance et gouvernement [ 19 octobre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Canada
ÉlevéDavid JohnstonStephen Harper

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2010 - 2016



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2011
Réélection au Canada du Parti conservateur de Stephen Harper

mai
2011
[Résultats] Élections législatives

octobre
2015
Élection au Canada du Parti libéral de Justin Trudeau

octobre
2015
[Résultats] Élections législatives


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