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25 octobre 2015

Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jimmy Morales

Un comédien sans expérience politique, Jimmy Morales, est élu à la présidence du Guatemala avec 67,4 % des voix. Au deuxième tour, il devance facilement l'ex-première dame du pays, Sandra Torres, qui ne récolte que 32,6 % des votes. Morales devra toutefois composer avec un Congrès où son parti est largement minoritaire.

Au pouvoir depuis 2012, le président Otto Perez Molina et sa vice-présidente Roxana Baldetti se retrouvent au coeur d'une controverse au printemps 2015. Une enquête de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala, créée en 2006 avec l'appui des Nations unies, dévoile leur implication dans un scandale de corruption dans lequel trempent des membres du gouvernement et de la fonction publique. Baldetti démissionne en mai et Perez Molina, dépouillé de son immunité présidentielle, en septembre. L'élection du 25 octobre permet à Jimmy Morales, un comédien n'ayant jamais occupé de poste en politique, de poser sa candidature. Un conservateur sur le plan social, opposé à l'avortement et aux mariages entre conjoints de même sexe, celui-ci dénonce la corruption et s'engage à restaurer l'intégrité de la présidence. Malgré son inexpérience, il arrive en tête au premier tour, le 6 septembre, avec 23,8 %, devançant l'ex-épouse de l'ex-président Alvaro Colom, Sandra Torres, qui obtient 19,6 %. À 6000 voix derrière elle, on retrouve Manuel Baldizon du parti Liberté démocratique renouvelée. Le même jour, cette formation arrive en tête au Congrès avec 44 élus, contre 36 pour l'Union nationale de l'espoir de Torres. Au deuxième tour, le 25 octobre, Morales remporte une victoire décisive avec 67,4 % des voix. La presse fait grand état de son passé de comédien, voyant dans sa popularité un désir de repartir à neuf avec quelqu'un n'appartenant pas à l'élite politique. Des points d'interrogation subsistent néanmoins, comme le contenu évasif de son programme et quelques promesses fantaisistes telles que l'acquisition d'un téléphone intelligent pour chaque enfant. De plus, son parti, le Front national de la convergence (FNC), ne détient que 11 des 158 sièges au Congrès. Certains s'inquiètent aussi des liens étroits du FNC avec l'armée, une relation qui remonte à sa création, en 2008.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Jean-Michel Caroit, « Guatemala : Morales, le comique devenu président »

«...Au fil de la campagne, il a ajouté quelques surprenantes propositions comme la distribution de smartphones aux écoliers ou le contrôle de la présence des enseignants par GPS. Evangéliste et conservateur, il est partisan de la peine de mort et opposé à l'avortement et au mariage gay. Le mystère demeure quant à ses principaux collaborateurs et à la composition de son gouvernement. Le plus visible est son frère Sammy, qui animait avec lui ses émissions humoristiques. Le Front de convergence nationale (FCN-Nacion, droite), le parti qui l'a présenté, n'a obtenu que 11 sièges sur les 158 que compte le Parlement. Pour gouverner, Jimmy Morales devra négocier avec les partis traditionnels dont il a dénoncé la corruption et le clientélisme pendant la campagne. Le FCN a été créé par des membres de l'Association des anciens combattants du Guatemala (Avemilgua), parmi lesquels figurent des officiers d'extrême droite accusés de massacres pendant la guerre civile, qui a fait plus de 200 000 morts entre 1960 et 1996. L'un d'eux, le colonel Edgar Ovalle Maldonado, qui a été élu député, a joué un rôle-clé dans la campagne de Jimmy Morales. Les organisations de défense des droits de l'homme craignent que sa victoire soit un obstacle à leurs efforts pour mettre fin à l'impunité des responsables de crimes durant la guerre civile. »

Le Monde (France), 28 octobre 2015, p. 6.

S.A, « Désillusionné, le Guatemala a élu un clown président »

«...«J'ai voté pour Jimmy parce qu'il est l'option la moins pire, a raconté, désabusée, une électrice à un reporter du New York Times. Mais je ne crois pas que beaucoup de choses vont changer...» Comme elle, les citoyens ont fait un choix antipolitique, antisystème. Mais Jimmy Morales n'est pas Coluche, ni Beppe Grillo, le fondateur du mouvement citoyen italien «5 étoiles». Morales est certes une vedette de la télévision, connue pour avoir formé un duo comique avec son frère Sammy. Grimés, ils étaient les rois des grosses blagues beauf, mais qui faisaient rire des Guatémaltèques ayant besoin de se détendre. Mais Morales est aussi un évangéliste profondément religieux et très conservateur, partisan de la peine de mort et opposé à l'avortement et au mariage gay. Son parti, le Front de convergence nationale, a été fondé par des membres de l'Association des vétérans militaires du Guatemala, qui regroupe des officiers d'extrême-droite accusés de massacres pendant la guerre civile. Les défenseurs des droits humains craignent donc que le futur président, qui entrera en fonction le 14 janvier prochain, ne freine les tentatives de traduire en justice les criminels de guerre. Le candidat hors système ne l'est donc pas tant que cela. »

Le Soir (Belgique), 27 octobre 2015, p. 14.

Guy Taillefer, « Guatemala - Rien de drôle »

«...politique traditionnelle. « Ni corrompu ni voleur » était son slogan. Pour avoir surfé sur cette vague d'indignation dans le rôle de l'outsider intègre et sauveur, dont bien des Guatémaltèques ne sont probablement pas dupes, le défi l'attend maintenant de répondre aux besoins de justice, qui sont immenses dans ce petit pays où les écarts de revenus sont scandaleux, où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, où près de 50 % des enfants souffrent de malnutrition chronique, où la violence criminelle fait 6000 morts par année et où les systèmes de santé et d'éducation publics sont en lambeaux. Comment s'y prendra-t-il pour répondre aux attentes ? Il est resté fort vague. Ensuite, si M.Morales est novice en politique, cela n'en fait pas l'outsider qu'il prétend être, dans la mesure, fort inquiétante, où le parti qui l'a présenté, le Front de convergence nationale (FCN, de droite), a été créé par des membres de l'Association des anciens combattants du Guatemala, dont font partie des officiers d'extrême droite accusés de massacres pendant la guerre civile qui a fait plus de 200 000 morts entre 1960 et 1996. Où trouvera-t-il donc le courage de s'attaquer à l'impunité dont bénéficient toujours les militaires soupçonnés de crimes contre l'humanité ? »

Le Devoir (Québec, Canada), 28 octobre 2015, p. A6.

S.A., « Guatemala's New President : No joke »

«...The composition of his cabinet will suggest what kind of president he intends to be. Will he hire technocrats with the expertise he lacks, or surround himself with cronies? He is said to be sounding out four main groups: evangelical churches, big business, academics from the University of San Carlos (whose ex-chancellor, Jafeth Cabrera, will be the new vice-president) and former members of the army. Mr Morales's ties to the military, which committed atrocities during a decades-long civil war that ended in 1996, worry some Guatemalans. His party, the National Convergence Front (FCN), was formed in 2008 by former officers. Retired generals could soon be pulling the government's strings, says Anita Isaacs, professor of Latin American politics at Haverford College in Pennsylvania. The president-elect denies that the military has had any influence on his campaign. However he formulates his policies, he will have trouble pushing them through Congress, where the FCN won just 11 of 158 seats. That will force him to seek support from other parties, which may be less keen than he is on stamping out corruption. His honeymoon with voters will be short. « They will demand results from the first month, » says Eduardo Stein, a former vice-president. Protest groups have organised a demonstration for January 14th, the day Mr Morales takes office. If the comedian-turned-president fails to clean up government, laughter will quickly turn to tears. »

The Economist (Royaume-Uni), 31 octobre 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 25 octobre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Guatemala
IntermédiaireAlejandro Maldonado Aguirre

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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