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8 novembre 2015

Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Aung San Suu Kyi

Pour la première fois de son histoire, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti dont la secrétaire générale est Aung San Suu Kyi, remporte la victoire aux élections législatives au Myanmar. Elle obtient 255 sièges sur 440 à la Chambre des représentants et 135 sur 224 à la Chambre des nationalités.

La LND, dirigée par Aung San Suu Kyi, avait remporté les élections législatives de 1990 avec une forte majorité avant d'être évincée du pouvoir par l'armée. Arrêtée puis placée sous surveillance, la récipiendaire du prix Nobel de la paix de 1991 devient une cause célèbre à travers le monde. En 2010, lors des premières élections tenues depuis 1990, le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD) remporte la victoire. Thein Sein, un militaire, accède à la présidence. Le nouveau gouvernement adopte des mesures de démocratisation, permettant notamment la libération d'Aung San Suu Kyi qui est élue députée lors d'une élection partielle en 2012. Celle-ci prépare son parti en prévision des législatives de 2015. Le 8 novembre, les électeurs se tournent vers la LND qui obtient 255 des 440 sièges en jeu à la Chambre des représentants. Elle récolte aussi 135 des 224 sièges à la Chambre des nationalités. Il s'agit d'une nette majorité sur les quelque 90 autres formations, dont le PSUD qui ne fait élire que 29 et 12 députés dans ces deux chambres. Il s’agit d'une première pour la LND, ce qui laisse planer la possibilité d'autres changements. Toutefois, grâce aux 25 % des sièges qui lui sont accordés automatiquement à chaque élection, l'armée demeure un joueur important. De plus, puisqu'Aung San Suu Kyi est la veuve et la mère de Britanniques, elle ne peut constitutionnellement occuper la présidence qui est déterminée par un vote des élus. Elle affirme néanmoins qu'elle exercera une influence directe sur le gouvernement de la LND. De plus, elle appelle ses compatriotes et ses opposants politiques, qui lui concèdent la victoire, à une grande « réconciliation nationale ». Le Myanmar est un pays pauvre, mais qui connaît des taux de croisaance vigoureux depuis quelques années.

Dans les médias...


Arnaud Dubus, « Pour Aung San Suu Kyi, la victoire de tous les dangers »

«...l'écueil principal n'est pas celui de l'ampleur de la victoire de la Ligue, laquelle semblait presque acquise d'avance. Il réside dans la clause constitutionnelle interdisant à un Birman (ou une Birmane) marié à un étranger ou ayant des enfants de nationalité étrangère de devenir président. Cet article écarte d'office Aung San Suu Kyi, dont le mari, l'universitaire Michael Aris décédé il y a quinze ans, était Britannique. Ses deux enfants sont aussi ressortissants du Royaume-Uni. Malgré des efforts incessants depuis 2012, les parlementaires pro-Aung San Suu Kyi n'ont pas réussi à faire abroger cette clause. Seule manière de contourner l'obstacle: diriger le pays des coulisses. Interrogée à ce sujet, Aung San Suu Kyi a répondu: « Je serai au-dessus du président. » Ce propos, qui peut être considéré comme une provocation du point de vue de l'armée et du Parti de la solidarité et du développement de l'Union, le principal parti rival de la Ligue dominé par les militaires, illustre les difficultés auxquelles Aung San Suu Kyi devra faire face. Les militaires continuent à tenir le système politique birman, notamment grâce à la Constitution qu'ils ont fait rédiger en 2008. Composer avec les militaires, au moins dans un premier temps, peut donc sembler être dans l'intérêt d'Aung San Suu Kyi et de son parti. »

Le Temps (Suisse), 10 novembre 2015, p. 5.

Dorian Malovic, « L'armée birmane va « coopérer » avec Aung San Suu Kyi »

«...Après trente ans de lutte contre la junte, Aung San Suu Kyi se retrouve en position de force pour négocier avec les héritiers d'un régime militaire lui ayant fait passer plus de quinze ans en résidence surveillée. Thein Sein, dernier premier ministre de cette junte auto-dissoute en 2011, avait promis que le régime de transition ne truquerait pas ce premier scrutin libre depuis un quart de siècle. Avec l'adoubement, désormais, par le président et le chef de l'armée, une alternance historique est en marche. Viendra ensuite le temps des négociations. « La Dame gagne. La partie difficile commence », titrait hier en une le quotidien Mizzima, créé en 1998 par un groupe de journalistes birmans en exil. Lucide, l'éditorial pose les défis à venir pour la Nobel de la paix 1991: le passage de témoin entre les anciens et les nouveaux députés élus, et les négociations qui vont se poursuivre dans les semaines à venir entre l'armée et Aung San Suu Kyi, sur le destin politique de celle-ci. »

La Croix (France), 13 novembre 2015, p. 5.

Camille Tang Quynh, « Suu Kyi : vers une victoire inachevée »

«...Le principal défi du nouveau parlement sera donc l'obligation du compromis jusqu'à la nomination du président. «Après les élections, on va rentrer dans une période complexe de négociations. En cas de victoire massive de la LND, cela lui donnera du poids dans les négociations, notamment pour changer la Constitution. Mais d'un autre côté, on peut craindre que les perdants ne soient pas enclins à leur faciliter la vie, notamment les 25% de militaires qui voudront s'accrocher à ce qu'il leur reste de pouvoir», commente Frédéric Debomy, spécialiste et auteur de plusieurs ouvrages sur la Birmanie. Le blocage pourrait également venir de certains représentants des minorités ethniques qui verraient d'un mauvais oeil que le pouvoir revienne aux Bamar, l'ethnie majoritaire du pays. Car les problèmes ethniques et religieux sont centraux en Birmanie. Ces dernières années, des campagnes anti-musulmans ont émergé dans plusieurs endroits du pays, ce qui a amené à de nombreuses persécutions des musulmans (en particulier les Rohingyas) par des extrémistes bouddhistes. La discrétion d'Aung San Suu Kyi, pourtant prix Nobel de la paix en 1991, sur ces massacres a étonné la communauté internationale, mais il pourrait s'agir d'une stratégie purement politique: l'opposante ne voulait pas se mettre à dos l'électorat bouddhiste, qui constitue 89% de la population. Si la LND remporte effectivement ces élections, elle aura gagné une bataille importante, mais il en faudra d'autres pour arriver à la démocratie tant espérée. »

Le Soir (Belgique), 9 novembre 2015, p. 13.

Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, « Birmanie - Des élections libres, un choix pragmatique »

«...Difficile de parler d'une véritable démocratisation en Birmanie. Les militaires conservent 25 % des sièges au Parlement, bénéficient d'un veto sur toute réforme constitutionnelle et gardent le plein contrôle sur trois ministères-clés : Défense, Intérieur, Frontières. Une grande partie de la population est aussi exclue de la vie politique. On pense au million de musulmans rohingyas, dont le droit de vote fut retiré quelque temps avant le scrutin, ou encore aux quatre millions de citoyens qui n'ont pas eu accès aux urnes en raison de conflits armés ou de dommages liés aux inondations survenues plus tôt cette année. On peut toutefois comprendre la transition comme une libéralisation politique, soit un processus par lequel des droits et libertés sont accordés à la population. On l'observe notamment dans l'abolition de la censure systématique de la presse, la libération de centaines de prisonniers politiques -- dont Aung San Suu Kyi --, l'élection de partis d'opposition au Parlement, la légalisation des syndicats, etc. Mais un retrait des militaires du Parlement ainsi qu'une inclusion citoyenne de tous les habitants s'imposent pour qu'on puisse vraiment parler de démocratisation. »

Le Devoir (Québec, Canada), 11 novembre 2015, p. B7.

Thomas Fuller, « Myanmar Army Keeps Influence Despite election »

«...The jubilation of Ms. Aung San Suu Kyi's political movement has been matched by the shock of the former generals at the breadth of their defeat. The Irrawaddy, a Myanmar news site, reported Tuesday that nearly all candidates who had served in the cabinet of President Thein Sein had been defeated. Other governing party losses included the speaker of the lower house of Parliament and the chairman of the party. (...) Out of 657 Parliament seats in contention, the National League for Democracy had been officially declared the winner of 163 seats, compared with 10 for the governing party. The election commission announced Wednesday that Ms. Aung San Suu Kyi had been re-elected to her seat. Mr. Thant Myint-U said the victory had raised enormous expectations for Ms. Aung San Suu Kyi to clean up corruption and improve the effectiveness of long-neglected and underfunded government services. But he cautioned that lack of direct control over institutions as crucial as the police, itself a focal point of corruption, could make that job much harder for Ms. Aung San Suu Kyi. « Ex-generals who knew the system well had trouble changing it, » he said. «It's going to be even more difficult for outsiders.» »

New York Times (États-Unis), 11 novembre 2015, p. A4.

Gouvernance et gouvernement [ 8 novembre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Myanmar
TransitionThein SeinThein Sein

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2005 - 2016



septembre
2007
Début des manifestations de moines bouddhistes au Myanmar (Birmanie)

mai
2008
Cyclone au Myanmar (Birmanie)

novembre
2010
Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

avril
2012
Élection d'Aung San Suu Kyi à l'Assemblée du peuple au Myanmar (Birmanie)

novembre
2015
Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie


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