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6 décembre 2015

Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nicolas Maduro

Le mécontentement qui règne au Venezuela depuis quelques années s'exprime lors des élections législatives du 6 décembre 2015. La coalition d'opposition Table de l'unité démocratique (TUD) remporte à cette occasion 109 des 167 sièges en jeu, une victoire significative qui accentue la pression sur le président Nicolas Maduro.

La mort du président Hugo Chavez, en mars 2013, marque une étape importante dans l'histoire politique vénézuélienne. Élu de justesse lors de la présidentielle d'avril 2013, son successeur, Nicolas Maduro, s'avère beaucoup moins populaire que Chavez. De plus, la baisse du prix du pétrole, une forte poussée inflationniste, la violence qui mine le pays et les allégations de corruption contribuent à alimenter la grogne. Tout au long de la campagne précédant les législatives du 6 décembre 2015, TUD, la coalition de l'opposition de droite, domine dans les sondages. Cette avance se maintient et elle remporte une victoire éclatante sur la formation au pouvoir, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Avec 109 sièges et l'appui des trois représentants des peuples autochtones, la TUD atteint une majorité des deux tiers, ce qui pourrait lui permettre, entre autres, de révoquer des juges à la Cour suprême ou de convoquer un référendum. Le nouveau gouvernement pourrait aussi mettre en place une Assemblée constituante mandatée pour rédiger une Constitution remplaçant celle de 1999. C'est la première fois depuis 1999, et l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez, que la droite détient la majorité à l'Assemblée nationale. Un bras de fer s'annonce avec le président Maduro, l'ex-vice président de Chavez, un homme de gauche qui perçoit cette victoire comme la menace d'une contre-révolution. Le leader de la TUD, Jesus Torrealba, parle pour sa part du mandat qu'il a reçu pour effectuer des changements, notamment en ce qui a trait aux orientations économiques du pays. La possibilité de faire relâcher des opposants au régime emprisonnés est également envisagée. Près de 75 % des électeurs se sont prononcés lors de ces législatives, un total considéré comme élevé au Venezuela.

Dans les médias...


Véronique Kiesel, « Maduro en échec, la fin d'un rêve »

«...les électeurs vénézuéliens ont massivement décidé de tourner le dos au gouvernement en place. Beaucoup sont pourtant allés voter le coeur lourd. Ils avaient cru en l'évolution de Hugo Chavez qui avait renversé l'ordre des valeurs. Avant, une oligarchie bien née se partageait les revenus du pétrole sans s'occuper de la masse des déshérités. Chavez, malgré ses outrances, avait placé les pauvres, les oubliés, au centre de l'échiquier. Mais son héritier désigné, Nicolas Maduro, n,a pas le charisme ni la même vision politique que Chavez. Et depuis qu'il est au pouvoir, le cours du pétrole a dégringolé, plongeant l'économie, mal gérée, dans un cauchemar de pénuries, d'inflation et de chômage. (...) c'est surtout son gouvernement qui a perdu la confiance des familles, et donc les élections. De très nombreux électeurs ne connaissaient même pas les candidats de l'opposition pour lesquels ils allaient voter: ils ont simplement choisi le logo de l'opposition. Qui se retrouve avec une victoire qu'il ne sera pas simple de gérer. La Table de l'unité démocratique est née en 2006: face au bulldozer Chavez, les partis d'opposition peinaient à exister. Ils ont donc décidé de s'organiser dans une vaste coalition ratissant large. Avec des tendances fort différentes. »

Le Soir (Belgique), 8 décembre 2015, p. 14.

Gaël de Santis, « Un nouveau gouvernement pour repenser la révolution »

«...Dans l'immédiat, le chavisme a besoin de se renouveler. Nicolas Maduro a, parallèlement convoqué une réunion de consultation du Psuv, avec pour objectif que puissent être prononcées des « critiques et autocritiques constructives ». Car c'est l'avenir du chavisme qui est en jeu, avec le risque réel qu'une contrerévolution revienne sur le développement des services de santé, d'éducation, mais aussi de la redistribution des richesses qui ont permis au Psuv de s'assurer une base sociale dans les couches populaires. Le chavisme doit se repenser. Certes, il est victime d'une guerre économique, les entreprises privées ayant organisé une véritable pénurie de produits de base, créant des files d'attentes interminables et orchestrant une inflation vertigineuse. Mais il n'est pas parvenu, depuis l'arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999, à sortir le pays de la culture de la rente pétrolière, qui fournit au pays 96 % des devises. Les activités non énergétiques ont progressé sous le chavisme, mais n'ont pas encore produit d'exportations pourvoyeuses de devises. »

L'Humanité (France), 10 décembre 2015.

Marie Delcas, « Au Venezuela, la déroute du pouvoir »

«...Il est trop tôt pour mesurer l'impact de la défaite dans les rangs du PSUV. Les économistes attribuent la responsabilité de la crise au modèle mis en place par Hugo Chavez lui-même. Mais le charismatique leader, déifié par ses partisans, fait aujourd'hui figure d'intouchable. C'est à Nicolas Maduro que les électeurs chavistes ont passé la facture. La victoire de l'opposition vénézuélienne fait suite à l'élection à la présidence de l'Argentine de Mauricio Macri (centre droit), le 22 novembre. Et au rapprochement entre Cuba et les États-Unis. C'est dire si elle semble marquer la fin d'un cycle, inauguré par l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1999 et le virage à gauche de l'Amérique latine. (...) Dans un pays profondément divisé depuis seize ans entre chavistes et anti-chavistes, d'aucuns craignaient des débordements de violences. « Le Venezuela va donner au monde une leçon de civisme » , avait prédit dimanche matin Tibisay Lucena. Et les Vénézuéliens l'ont sans doute donné, mais dans un sens qui a pris de court le pouvoir. L'absence de contestation des résultats, du moins jusqu'à présent, est un fait positif. Reste à voir si l'exécutif et le nouveau pouvoir législatif entament une cohabitation négociée ou musclée. »

Le Monde (France), 8 décembre 2015, p. 15.

François Brousseau, « La fin du chavisme ? »

«...Avec les historiques élections législatives tenues hier au Venezuela, au résultat apparemment catastrophique pour le parti du président Maduro, le moment est arrivé d'un éclaircissement décisif. Est-ce la « légitimité révolutionnaire » qui doit l'emporter ? Auquel cas, comme l'a répété Maduro au cours de la campagne, « nous défendrons la révolution dans la rue » en cas de défaite aux élections. Ou bien, au contraire, le « socialisme du XXIe siècle » n'était-il qu'un grand mirage messianique, révocable du jour au lendemain par le désaveu du peuple et la vulgaire mécanique des urnes ? Dans les toutes dernières heures de la campagne, le président - pressentant peut-être le profond rejet populaire de sa personne et de son gouvernement - a subitement changé de ton. Il a admis que le parti au pouvoir « ne peut pas gagner à tous les coups. [...] Au Venezuela, la paix et la démocratie doivent l'emporter. J'ai dit que si nous perdions, nous porterions la lutte dans les rues, mais je me suis peut-être trompé. » Superbe aveu ! Hugo Chávez était un grand chef charismatique qui a permis qu'on fasse, 14 ans durant, l'impasse sur l'ambiguïté fondamentale de ce régime : révolutionnaire, ou bien pluraliste-démocratique et voué à l'alternance ? »

Le Devoir (Québec, Canada), 7 décembre 2015, p. B1.

S.A., « Southern Comfort »

«...A rightward shift may be congenial to Washington, as it seeks to improve relations with Latin America. But in economic terms, spending cuts and other more « realistic » economic policies will not of themselves provide the answer. The factors that brought the left to power between 1998 and 2004 -widespread poverty and social inequalities - remain. A resurgent centre-right will neglect these problems at its peril. Nowhere is this problem more acute than in Venezuela, supreme example of the continent's failure to translate its vast resources into commensurate prosperity for its citizens. With power divided, it is vital that Mr Maduro and the opposition that now controls the National Assembly work together on economic reforms. Voters did not necessarily reject the ideological premises of Chavismo. What they were demanding was an end to the economic miseries of daily life: shortages of basic goods, black markets and runaway inflation. That will only be achieved by an end to price controls and subsidies, the installation of a single exchange rate and encouragement for the private sector. »

The Independent (Royaume-Uni), 10 décembre 2015, p. 2.

Gouvernance et gouvernement [ 6 décembre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Venezuela
LimitéNicolas Maduro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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[Résultats] Élection présidentielle

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Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives


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