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16 janvier 2016

Élection de Tsai Ing-wen à la présidence de la République de Chine (Taïwan)

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Tsai Ing-wen

Pour la première fois de leur histoire, les Taïwanais élisent une femme, Tsai Ing-wen, à la présidence du pays. Celle-ci aura les coudées franches puisque sa formation, le Parti démocratique progressiste (PDP), fait élire 68 députés sur 113 et formera pour la première fois un gouvernement majoritaire.

Le Parti Kuomintang, qui a une riche histoire à Taïwan, gouverne de façon majoritaire depuis 2008. Au cours de ses deux mandats, la présidente Ma Jing-jeou favorise, entre autres, un rapprochement avec la République populaire de Chine sur plusieurs fronts (initiatives diplomatiques, ententes économiques, etc.). Des difficultés économiques, attribuables en partie au ralentissement de l'économie chinoise, contribuent cependant à plomber la popularité du Kuomintang. Celui-ci tire de l'arrière tout au long de la campagne électorale précédant les législatives et la présidentielle du 16 janvier 2016. Le PDP, principal parti d'opposition, remporte alors la victoire avec 68 sièges sur 113. Ce résultat lui permettra de gouverner de façon majoritaire pour la première fois depuis sa création. À la présidence, c'est la candidate de ce parti, Tsai Ing-wen, qui arrive en tête avec 56,1 % de voix, loin devant Eric Chu du Parti Kuomintang avec 31 % des suffrages. Ma Jing-jeou, qui avait démissionné de la présidence du Kuomintang en 2014, n'était plus sur les rangs lors de cette présidentielle. Les médias font état des enjeux économiques de Taïwan, du fait que Tsai Ing-wen est la première présidente du pays et de l'appui qu'elle accorde aux gays et lesbiennes ainsi qu'aux unions entre conjoints de même sexe. Le point focal des observateurs est cependant la position que Tsai Ing-wen adoptera face à la République populaire de Chine. Même si elle se dit favorable au maintien de bonnes relations, celle-ci a déjà exprimé un désir d'indépendance plus grand, comme le souhait d'adhérer à l'Accord de partenariat transpacifique signé par 12 pays, mais pas par la Chine, en octobre 2015. Certains redoutent même une dégradation des rapports entre les deux pays.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


François Brousseau, « Indépendantistes patients »

«...Au cours des huit dernières années, la dictature chinoise a multiplié accords et traités avec le gouvernement de Taipei, contrôlé par le parti Kuomintang (ancien ennemi juré de Pékin, devenu au fil des ans son meilleur allié, par un ironique retournement), dans l'espoir d'approfondir une relation « fraternelle » qui deviendrait, à force d'échanges économiques, fusionnelle. Mais les électeurs de Taïwan, qui se sentent de plus en plus taïwanais et de moins en moins chinois, ont bien vu le truc. (...) Même si la campagne achevée vendredi n'avait pas pour thème principal ou explicite l'identité taïwanaise (chinoise ou non-chinoise ?) et le statut constitutionnel de l'île (« indéterminé » ou officiellement indépendant ?), la question - en filigrane et dans le non-dit - restait omniprésente. C'est sur l'économie que Tsaï Ing-wen, rarissime femme présidente élue en Asie, a joué et gagné sa campagne. Avec une idée très simple : à savoir que l'étau économique de Pékin autour de la petite île, c'est aussi le pouvoir de quelques grosses compagnies complices de la Chine continentale. Des mouvements sociaux, comme l'occupation en 2014 du parlement par des jeunes qui refusaient une trop forte intégration avec Pékin, ont fait la jonction entre le social, l'économique et le politique. Avec un résultat que l'on voit aujourd'hui. »

Le Devoir (Québec, Canada), 18 janvier 2016.

Simon Leplatre, « À Taïwan, une alternance politique qui inquiète la Chine »

«...Le bilan de Ma Ying-jeou, l'ancien président, lui a sans doute facilité la tâche. Les Taïwanais ont sanctionné des années de stagnation des salaires et de croissance économique quasi nulle, alors que l'immobilier est très cher. Une bonne partie de l'opinion n'approuvait pas non plus le choix du KMT de multiplier les accords commerciaux avec la Chine, craignant que leur île, qui a toutes les caractéristiques d'un État indépendant sauf la reconnaissance à l'ONU, se retrouve livrée pieds et poings liés au géant chinois par sa dépendance économique. Pour Stéphane Courcuff, directeur de l'antenne de Taïpei du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC), cette victoire massive du DPP est une sanction de cette politique. « Le gouvernement a tellement mis sa crédibilité dans les relations avec la Chine qui devaient apporter un eldorado, qu'il en a oublié les réalités locales », dénonce-t-il. Le KMT a donc fait un mauvais pari: « Cette politique n'a rien rapporté, sauf à enrichir les riches hommes d'affaires taïwanais (qui investissent en Chine, NDLR), ce qui ne bénéficie pas aux Taïwanais. Il y a eu un massif mouvement de désindustrialisation depuis vingt-cinq ans à Taïwan », poursuit Stéphane Courcuff. »

La Croix (France), 18 janvier 1926, p. 10.

Patrick Saint-Paul, « Tsai, la présidente qui défie Pékin »

«...Inquiets de voir Pékin prendre le contrôle de leur île par le « soft power » en créant une dépendance économique et redoutant que Ma ne négocie secrètement l'unification avec la République populaire, les jeunes sont descendus dans la rue au printemps 2014, provoquant un sursaut national. Signe de son pragmatisme, Tsai a pris soin avant son élection de souligner que le statu quo serait maintenu, bien consciente qu'une majorité d'électeurs, même s'ils sont hostiles à un rapprochement excessif avec Pékin, ne veulent pas non plus la confrontation. Dès le soir de son élection, elle a toutefois montré qu'elle ne se laisserait pas intimider par Pékin. « Notre système démocratique, notre identité nationale et notre intégrité territoriale doivent être respectés. Toute forme de violation affectera la stabilité des relations entre les deux rives du détroit » , a-t-elle prévenu. De son côté, Pékin a averti que « Taïwan est une affaire intérieure à la Chine » . La stratégie d'attentisme de Tsai Ing-wen pourrait bien se heurter à l'impatience d'un Xi Jinping très offensif. Le numéro un chinois sait que le temps joue contre Pékin à Taïwan... Plus il passe, moins les Taïwanais se sentent chinois. »

Le Figaro (France), 18 janvier 2016, p. 41.

Peter Popham, « Win by Taiwan's pro-independence candidate leaves China in denial »

«...President Ma Ying-jeou of the Kuomintang, who will limp on until the handover in May, did more than any previous Taiwanese leader to build relations with the mainland. In September, in the first such event ever, he met China's President Xi Jin-Ping in Singapore. During his seven years in office, Mr Ma Ying-jeou oversaw the lifting of bans on travel across the Taiwan Straits. He also fostered a series of trade deals which brought the island and the People's Republic far closer than they have ever been since Kuomintang leader Chiang Kai-shek and his forces fled there in 1949, at the end of the Chinese civil war. But this new relationship proved to be too close for the Taiwanese: that was the electorate's verdict on Saturday. Taiwan's democracy, which dates back only to 1995, is a somewhat tender plant towards which the islanders feel very protective. They observe the way that Hong Kong is being slowly but surely digested by China, despite President Deng Xiao-ping's promise to Britain that its unique political and legal institutions and free press would be protected for half a century after the 1997 handover. And they are extremely wary of going down the same route. »

The Independant (Royaume-Uni), 18 janvier 2016, p. 17.

Gouvernance et gouvernement [ 16 janvier 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Taiwan
ÉlevéMa Ying-JeouMao Chi-kuo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2006 - 2016



janvier
2008
[Résultats] Élections législatives

mars
2008
[Résultats] Élection présidentielle

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2012
[Résultats] Élection présidentielle

janvier
2012
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
Poignée de main historique entre les présidents de la Chine et de Taïwan

janvier
2016
Élection de Tsai Ing-wen à la présidence de la République de Chine (Taïwan)

janvier
2016
[Résultats] Élection présidentielle

janvier
2016
[Résultats] Élections législatives


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Le premier ministre taïwanais et son cabinet emportés par le typhon Morakot

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2008
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2008
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