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26 juillet 1998

Tenue d'élections législatives au Cambodge

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hun Sen

Un an après le coup d'État qui a évincé le prince Norodom Ranariddh du pouvoir, des élections législatives sont organisées au Cambodge le 26 juillet 1998. C'est le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen, un des responsables du renversement de 1997, qui remporte la victoire avec 41 % des voix et 64 des 122 sièges en jeu.

Un accord signé à Paris en octobre 1991 ramène la paix au Cambodge. Des élections législatives, en mai 1993, entraînent la création d'un gouvernement de coalition entre le Front uni pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif (Funcinpec), une formation royaliste, et le PPC. Le prince Norodom Ranariddh du Funcinpec, fils du roi Norodom Sihanouk, devient chef du gouvernement et Hun Sen, du PPC, « deuxième » premier ministre. Des tensions persistantes sur des enjeux domestiques minent cependant le climat politique. Accusant Ranariddh de se rapprocher des Khmers rouges, toujours influents dans le nord du pays, Hun Sen le fait renverser en juillet 1997. On dénombre alors une cinquantaine de morts. Ung Huot, ministre des Affaires étrangères issu du Funcinpec, succède à l'ex-premier ministre qui a quitté le pays. Soigné en Chine pendant le renversement, le roi Sihanouk rentre au pays en août. Des combats déchirent le Cambodge avant qu'un cessez-le-feu ne soit proclamé en février 1998. Après avoir été condamné à une peine, le prince Ranariddh, qui est gracié par son père, rentre au pays pour participer aux élections législatives prévues par le plan de paix. Le 26 juillet, le PPC de Hun Sen arrive en tête avec 41,4 % des voix et 64 sièges, soit la majorité, devant le Funcinpec (34,7 % et 43 sièges). Pour être investi, le nouveau gouvernement doit toutefois avoir l'appui des 2/3 de la Chambre. Après une rencontre entre les leaders des partis et le roi, on s'entend en novembre pour former un gouvernement de coalition avec Hun Sen comme premier ministre et le prince Ranariddh comme président de l'Assemblée nationale. S'ajoute par la suite à ce compromis le ralliement de dirigeants des Khmers rouges dont le poids politique, quelques mois après la mort de Pol Pot (15 avril 1998), est à la baisse.

Dans les médias...


Arnaud Dubus, « Le Cambodge va voter dans un climat d'incertitude »

«...Malgré la corruption qui régnait dans son entourage quand il était au pouvoir, les apparitions du prince lors de la campagne ont attiré parfois jusqu'à 20 000 personnes, un chiffre considérable pour un meeting au Cambodge. Pour beaucoup de Cambodgiens, notamment dans les campagnes, le vote pour le Funcinpec (le parti du prince Ranariddh) est encore assimilé à un vote pour le respecté roi Sihanouk. La force du PPC réside, elle, sur son emprise, depuis 1979, sur tous les rouages de l'État, qui lui permet de prendre de multiples mesures d'intimidation au niveau des communes et des villages. Elles peuvent aller de l'adhésion forcée au parti jusqu'au meurtre de militants rivaux. « Ranariddh ou Hun Sen, les paysans cambodgiens s'en moquent. Ce qu'ils veulent, c'est pouvoir cultiver leur rizière tranquillement », assène un bon connaisseur du Cambodge. Ce qui revient à dire que, même si beaucoup de villageois détestent Hun Sen, ils pourraient voter pour son parti par peur. Quel que soit le résultat, les élections devraient déboucher sur la formation d'un gouvernement de coalition, la seule incertitude étant de savoir s'il sera ou non dominé par le parti de Hun Sen. »

La Croix (France), 25 juillet 1998, p. 6.

Jean-Claude Pomonti, « La victoire électorale de Hun Sen est contestée par l'opposition cambodgienne »

«...Le vote massif, bon enfant et dans le calme mis à part une attaque de Khmers rouges dans une région reculée du royaume, confirme que la stabilisation du Cambodge et la libéralisation de sa vie publique passent par un mariage de raison entre la monarchie et ce qui demeure encore l'État-PPC, dont la mise en place s'est amorcée, dans les années 80, sous la protection d'un corps expéditionnaire vietnamien. Sur ce chapitre, le vote organisé par l'ONU en 1993 a contribué à ouvrir la voie, même s'il a été fort coûteux et nettement plus turbulent. Les Cambodgiens se sont, toutefois, prouvé dimanche qu'ils pouvaient en faire autant, sinon mieux. Fin 1997, Hun Sen a fait le choix, pour financer ces élections, d'accepter la présence d'observateurs internationaux et de donner à ses adversaires la liberté de faire campagne là où ils l'entendaient. Le pari était sans doute moins risqué qu'il n'y paraissait puisque le PPC sort de l'épreuve consolidé. À moins que la controverse sur le scrutin prenne mauvaise tournure, cette issue pourrait contribuer à renforcer le calme dans un pays où les derniers rebelles armés, des Khmers rouges, ne se comptent plus que par dizaines. »

Le Monde (France), 29 juillet 1998, p. 3.

Renaud Girard, « Le pari gagné de Hun Sen »

«...Pragmatique, Hun Sen s'était rapidement rendu compte des conséquences catastrophiques des événements de juillet (1997) sur l'économie du pays. Les échanges de coups de feu dans la capitale avaient fait fuir pour longtemps les touristes et les investisseurs étrangers. L'adhésion du Cambodge à l'Asean (Association politico-économique des pays de l'Asie du Sud-Est) avait été suspendue, jusqu'au retour à une démocratie normale. En suscitant le « pardon royal » qui permit à Ranariddh de rentrer au pays et en acceptant le jeu d'élections réellement libres, Hun Sen a doublement gagné son pari. Le scrutin ne lui a pas été défavorable il a même considérablement amélioré son score de 1993, et le Cambodge va pouvoir réintégrer pleinement la communauté internationale. Ranariddh, le fils mal-aimé de Sihanouk, le prince plus à l'aise dans ses villégiatures de la Côte d'Azur que dans le maniement des dossiers techniques, n'a pas non plus si mal joué. Tablant sur l'attachement viscéral des Cambodgiens à la famille royale, les films de sa campagne électorale télévisée reprenaient sans vergogne les images des années soixante, où l'on voyait son père Sihanouk parcourir les villages d'un pays alors insouciant et heureux...»

Le Figaro (France), 29 juillet 1998, p. 3.

Guy Taillefer, « Le Cambodge verrouillé »

«...Hun Sen n'a épargné aucun effort: il s'employait depuis des mois à fabriquer les résultats de ce scrutin «historique» auquel il s'était du reste résigné sous les pressions de la communauté internationale - qui comble en aide étrangère la moitié du budget de l'État cambodgien. Mais sa manipulation n'a pas été intégrale, ce qui est heureux, puisque la majorité des sièges semble lui avoir échappé. (...) Hun Sen a gagné son pari dans la mesure où, sous des apparences plus acceptablement démocratiques, il pourra demeurer le chef du gouvernement et perpétuer le contrôle que le PPC exerce sur la bureaucratie et l'armée. Le problème, c'est que ces élections ne corrigent pas Hun Sen pour s'être ri des accords de paix de Paris de 1991 et pour avoir décapité le vainqueur des élections de 1993, elles le confortent dans son autoritarisme. En ce sens, les élections donnent des airs d'échec aux efforts déployés à coups de milliards de dollars et de milliers de Casques bleus par la communauté internationale depuis le début de la décennie pour ramener un minimum de paix sociale et politique à ce pays miné par 20 ans de guerre civile, de dictature khmère rouge, d'occupation vietnamienne. Et la façon dont elles se sont déroulées font paraître bien prématurée la bénédiction donnée en début de semaine par le Groupement commun d'observateurs internationaux (JIOG), un organisme parapluie de l'ONU, qui a jugé le processus «libre et équitable à un point qui lui a permis de refléter la volonté du peuple cambodgien». »

Le Devoir (Québec, Canada), 31 juillet 1998, p. A8.

William Shawcross, « Can Cambodia be saved ? »

«...But Pol Pot and the tatters of the Khmer Rouge are not the real crisis facing Cambodia today. The country is without effective leadership; the coalition government established after the U.N.-sponsored 1998 election has wholly fallen apart. The U.N. sowed the seeds of a civil society, and there are still courageous human-rights groups, women's groups, journalists and a few politicians. But the government is increasingly corrupt and lawless. Now, with the factions of the two prime ministers, Prince Norodom Ranariddh and Hun Sen, fighting each other in street gun battles, many diplomats in Phnom Penh fear that the political violence will increase, especially as next's years elections approach. Already, Prince Ranariddh and his associates are warning that Hun Sen will use his party's control of local administration throughout the country to intimidate electors and corrupt the whole process. Ranariddh is seeking to strengthen his own position by dealing with the rump of the « respectable » Khmer Rouge, after Pol Pot has presumably been removed. »

Newsweek (États-Unis), 30 juin 1997, p. 44.

Gouvernance et gouvernement [ 26 juillet 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Cambodge
FaibleNorodom SihanoukUng Huot

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1988 - 2008



juillet
1998
Tenue d'élections législatives au Cambodge


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