Université de Sherbrooke
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23 février 1981
Tentative de coup d'État en Espagne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Juan Carlos

Alors qu'ils sont réunis aux Cortes pour choisir un nouveau premier ministre, les députés espagnols sont pris en otage par un groupe de militaires. L'intervention du roi Juan Carlos fera échouer cette tentative de coup d'État.

En janvier 1981, l'Espagne est aux prises avec une économie chancelante et le problème aigu du terrorisme basque. L'instabilité politique affecte également le Parlement, les députés ne pouvant s'entendre sur le choix du successeur au premier ministre Adolfo Suarez. Réunis aux Cortes le 23 février, ils sont surpris par l'intervention armée d'une centaine de gardes civils dirigés par le lieutenant-colonel Antonio Tejero Molina. Le manque de fermeté des élus inquiète les militaires qui occupent également les rues de Valence. Au cours de la nuit, le roi Juan Carlos fait une intervention télévisée dans laquelle il rappelle à l'armée son devoir de loyauté à la Constitution. Celle-ci se rallie au roi et l'occupation prend fin sans combats. Le 25 février, l'ex-ministre des Affaires économiques, Leopold Calvo Sotelo, est élu premier ministre par 186 voix contre 158. Les instigateurs du coup sont dégradés et emprisonnés mais la situation du pays reste difficile. Le Parti socialiste ouvrier tentera de l'améliorer par des réformes après sa victoire aux élections du 28 octobre 1982.

Dans les médias...


Elisabeth Schemla, «La vraie victoire de Juan Carlos»

«...De la longue nuit qu'il a vécue, le roi retient encore que bien des officiers ne se sont ralliés à ses appels qu'après avoir marqué un temps -interminable pour lui- d'hésitation. Bref, la vraie victoire de Juan Carlos, ce sera d'avoir maintenu la légalité, non pas à cause, mais en dépit de ses généraux. Faut-il admettre qu'il paiera chèrement désormais leur adhésion ? «C'est mal poser la question», répond, à la fois subtil et carré, le leader de la droite parlementaire, Manuel Fraga Iribarne. «Il n'y a pas de prix à payer. Le problème est de savoir combien de fois le roi pourra recommencer. C'est-à-dire tenir...» Car il ne fait de doute pour personne que si le gouvernement de Calvo Sotelo ne parvient pas plus rapidement que celui d'Adolfo Suarez à mettre un terme à la guerre en Euskadi, les mêmes causes pourraient produire de plus grands effets. Vendredi dernier, le peuple de Madrid était appelé par tous les partis, de la gauche à la droite, à manifester son attachement à la démocratie. Le roi a, plus que d'autres peut-être, conscience que cette démocratie est pour une bonne partie entre les mains des généraux.»

Le Nouvel Observateur (France), 2 mars 1981, p. 38.

Jean-François Revel, «Le fantôme de Franco est mort»

«...Une autre leçon ressort de cette journée : le franquisme est bel et bien mort. Il est une force nostalgique, non politique. Nous le savions déjà sur le plan électoral, puisque l'extrême droite antidémocratique, l'Union nacional (...) n'a obtenu que 2% des voix aux dernières élections législatives. Restait une hypothèque à lever, relative à l'attitude possible de l'Armée. Ce n'est qu'à moitié fait. Les complicités qui se sont déclarées et celles qu'on devine n'ont certes pas entraîné l'Armée hors de la légalité, malgré la réussite technique de l'opération sur les Cortes. Mais on ne saurait non plus parler d'une simple pantalonnade d'excités sans ramifications. C'est plus grave et plus inquiétant. Reste heureusement que l'Espagne politique, aujourd'hui, n'est plus du tout ce qu'elle était en juillet 1936.»

L'Express (France), 7 mars 1981, p. 45.

Carlos Semprun Maura, «L'Espagne à plat ventre»

«...À l'évidence, Milans del Bosch et Tejero voulaient un impossible retour en arrière. Impossible car, sans Franco, il n'y a plus de franquisme. Si son régime représentait une Espagne profonde - bigote, chauvine, militariste, etc. - qui n'en finit pas de mourir, il avait en outre des traits particuliers, dus au charisme du Chef, au «culte de la personnalité» pour le Fondateur, représentant la légitimité et la «grandeur nationale». Or, aujourd'hui, celui qui représente doublement la légitimité c'est le roi, d'abord parce que roi et ensuite - c'est sans doute aussi important pour certains - parce que désigné par Franco lui-même comme son successeur. Non, je ne vois personne qui soit capable, à l'heure actuelle, de chausser les bottes de Franco, sauf le roi. Lequel, si j'ose dire, a changé de bottier... Ce qui ne signifie nullement que d'autres golpes nostalgiques soient impossibles. Et encore moins que l'armée n'accentue de façon «légale» sa pression pour infléchir à droite la politique espagnole. Aucune surprise n'étant à écarter dans l'Espagne post-franquiste, c'est sans doute cette dernière hypothèse qui est la plus probable dans un avenir proche. Ce qui ne garantit pas, c'est le moins qu'on puisse dire, la solution des problèmes.»

Esprit (France), avril 1981, p. 116.

Thomas A. Sancton

«...Earlier in the day, Juan Carlos had met with the leaders of all the major parties. He said that the crown was proud to have served the cause of democracy, but warned that he could not always be counted on to «confront circumstances of considerable tension and gravity». In his own diplomatic way he was telling the politicians that if they wanted to keep their democratic process alive, they would have to abandon their divisive sloganeering and learn to stand up to the military with a strong democratic government. Whether they could do that once the unifying emergency passed remained to be seen. The dangerous issues of Basque separatism, terrorism and police repression -all of which figured in the military contempt for democracy- continued to haunt the country. Still unanswered was the most critical question of all : Was the coup attempt a kind of last gap of the old order - or the first threat of the possible renewal ?»

Time (États-Unis), 9 mars 1981, p. 32.

Gouvernance et gouvernement [ 23 février 1981 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéJuan Carlos I de BorbónAdolfo Suárez González

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1976 - 1986]



5 juillet 1976 Adolfo Suárez González : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
3 mars 1977 Rencontre à Madrid entre trois leaders communistes d'Europe de l'Ouest
15 juin 1977[Résultats] Élections législatives
6 décembre 1978 Tenue d'un référendum constitutionnel en Espagne
1 mars 1979[Résultats] Élections législatives
23 février 1981 Tentative de coup d'État en Espagne
25 février 1981 Leopoldo Calvo-Sotelo Bustelo : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
28 octobre 1982[Résultats] Élections législatives
2 décembre 1982 Felipe González Márquez : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
22 juin 1986[Résultats] Élections législatives

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension