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27 avril 1996

Tenue d'élections législatives en Inde

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

H.D. Deve Gowda

Après un mandat très difficile, le Congrès national indien - Indira (CNI-I) du premier ministre P.V. Narasimha Rao enregistre le pire résultat de son histoire, obtenant 28,8 % des voix et 140 sièges. Il est devancé par le Parti du peuple indien (Bharatiya Janata-BJP) qui, avec ses 161 sièges, reste cependant nettement à court d'une majorité.

Même s'il arrive en tête des partis aux législatives de 1989 et 1991, le CNI-I ne parvient plus à obtenir une majorité de sièges à la Lok Sabha. Le gouvernement que dirige P.V. Narasimha Rao entre 1991 et 1996 tente de moderniser l'économie en adoptant des mesures favorables à une plus grande libéralisation. Ce mandat est également marqué par des violences inter-ethniques et religieuses dans certaines régions, des accusations de corruption, des démissions de ministres et des divisions internes au sein du CNI-I. Le rapport Vohra met même en évidence l'infiltration du crime organisé au sein du gouvernement. Le BJP, qui fait campagne contre la corruption, pour le nationalisme hindou et un virage à droite de l'économie arrive en tête des législatives d'avril et mai 1996 avec 161 sièges, grâce à 20,3 % des voix. Il devance le CNI-I qui plafonne à 140 sièges, avec 28,8 % des votes, le pire résultat de son histoire. Plusieurs autres formations augmentent leur score. De façon générale, on observe d'ailleurs un morcellement des voix qui profite aux partis ayant des intérêts régionaux ou religieux, au détriment des formations « nationales ». Malgré des regroupements, aucun n'approche d'une majorité des 537 sièges. Atal Bihari Vajpayee du BJP forme un gouvernement qui ne dure que quelques jours. On fait ensuite confiance à H.D. Deve Gowda qui a l'appui du Front uni, une alliance d'une dizaine de partis, et est soutenu par le CNI-I. Ce gouvernement hétéroclite durera moins d'un an. Les élections d'avril et mai 1996 confirment la baisse de popularité de plus en plus évidente du CNI-I. Le plus grand fractionnement du vote, empêchant un parti national de conquérir une majorité, constitue aussi une nouvelle tendance électorale en Inde qui se poursuivra au cours des scrutins suivants.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Marc Epstein, « Inde : opération « Mains propres »

«...Des bidonvilles de Calcutta aux villages isolés du Rajasthan, les électeurs ne trouvent pas de mots assez durs pour condamner la classe politique. À leurs yeux, son âpreté au gain est d'autant plus choquante que nombre de ses représentants prétendent s'inspirer, jusque dans leur tenue vestimentaire, de la morale rigoureuse et du mode de vie ascétique prônés autrefois par le Mahatma Gandhi, l'apôtre de la non-violence. Le rejet des politiciens n'épargne personne. Aussi l'issue des prochaines élections est-elle imprévisible. (...) La corruption des fonctionnaires et des dirigeants politiques indiens est connue depuis longtemps. Mais la prudente ouverture de l'économie et l'arrivée de capitaux étrangers ont aggravé la tendance. En multipliant les mises en accusation, les juges ont contribué, à leur manière, à attiser la colère des électeurs. Le pays est en pleine mutation et la société civile demande des compte à ses dirigeants : comme en Italie, en France, aux États-Unis ou au Japon, une nouvelle exigence morale se fait jour. Comme si, soudain, la sanction du suffrage universel ne suffisait plus. »

L'Express (France), 9 mai 1996, p. 8.

Naren Verma, « Mauvais temps en perspective »

«...Déjà le 16 mai dernier, jour de l'inauguration du nouveau gouvernement BJP, la Bourse de Bombay manifestait son euphorie. « Le marché est très, très content », disait un opérateur. Car le parti pro-hindouiste semble garantir que l'ouverture de l'Inde à l'économie mondiale, entamée par le gouvernement précédent tenu par le parti du Congrès, va se poursuivre. Mais le BJP se veut également nationaliste. Ne peuvent rentrer en Inde, disent ses chefs, que les investisseurs étrangers qui mettent leur argent dans les secteurs où capitaux et savoir-faire indiens font défaut. (...) Pro business-le BJP ? Il fut un temps où les observateurs le décrivaient franchement comme le parti des commerçants. C'était il y a plus d'une dizaine d'années. Mais aujourd'hui, la modernité vers laquelle le BJP veut pousser l'Inde se doit d'être « aux couleurs indiennes ». Pour guérir les plaies qu'il a ouvertes sur le corps de la société indienne, ses chefs ont certes mis un bémol à leurs agissements xénophobes d'antan, et son leader actuel, A.B. Vajpayee, apparaît comme la modération même. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), juin 1996, p. 52.

Christophe Jaffrelot, « Les intouchables rentrent dans le jeu »

«...Le Congrès a sans doute souffert d'une certaine désaffection du citoyen indien à l'égard de l'establishment politique en raison des récentes affaires de corruption. Au-delà, le dernier scrutin traduit des changements profonds. D'abord la classe moyenne urbaine, qui a pourtant le plus bénéficié de la prospérité et de la libéralisation des dernières années, a décidé de soutenir les nationalistes hindous du BJP (Bharatiya Janata Party, ou Parti du Peuple indien). Les hautes castes, de façon générale, apprécient la manière dont ce parti tend à rejeter la politique de discrimination positive en faveur des basses castes. En particulier le vote brahmane, qui était acquis aux Nehru, a fait défaut au parti du Congrès. À l'autre bout de l'échiquier, les intouchables (15 % de la population) et les minorités religieuses, notamment les musulmans (12 %), qui ont longtemps voté pour le Congrès, l'ont également abandonné au profit de formations de gauche et de centre-gauche, comme le Janata Dal. Ces partis militent pour l'attribution de quotas aux basses castes dans l'administration, dominée par les castes supérieures. Cette prise de conscience des basses castes qui décident qui décident de voter pour des partis défendant leurs intérêts est un autre changement très significatif dont souffre le Congrès. »

propos recueillis par François Schlosser dans Le Nouvel Observateur (France), 16 au 22 mai 1996, p. 36.

Sudip Mazumdar, « A Grown-Up election »

«...Following a campaign singularly devoid of the usual violence and lavish electioneering, India's have-nots shattered the country's political order - and the dream that a sole party could bridge the country's bitter divides. (...) The irony was that recent reforms finally promised to lift living standards in India's dusty villages and fetid slums. When he took office in 1991 following the assassination of Rajiv Gandhi, Rao inherited an economy with dwindling foreign-exchange reserves, 14 percent inflation and a budget deficit. Jettisoning protectionist policies in effect since independence, he lowered trade barriers, dismantled complex licensing laws, devalued and floated India's currency, began simpliflying the tax system and allowed private-sector banking. (...) Issues of caste and religion eclipsed the economic gains. « We could not project our achievements properly, » said Pranab Mukherjee, Rao's foreign minister. »

Newsweek (États-Unis), 20 mai 1996, p. 36-37.

Gouvernance et gouvernement [ 27 avril 1996 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
ÉlevéShankar Dayal SharmaPamulaparti Venkata Narasimha Rao

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1991 - 2001



mai
1991
Assassinat de l'ex-premier ministre indien Rajiv Gandhi

juin
1991
[Résultats] Élections législatives

avril
1996
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
1996
[Résultats] Élections législatives

février
1998
Tenue d'élections législatives en Inde

mars
1998
[Résultats] Élections législatives

septembre
1999
Tenue d'élections législatives en Inde

octobre
1999
[Résultats] Élections législatives

janvier
2001
Tremblement de terre dévastateur à Gujarat, en Inde


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