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31 août 2016

Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Dilma Rousseff

En 2015, les problèmes économiques et les accusations de corruption nourrissent le mécontentement à l'endroit de la classe politique brésilienne. Principale cible de la contestation, la présidente Dilma Rousseff, accusée d'avoir manipulé les comptes publics, est suspendue de ses fonctions le 12 mai 2016 et destituée le 31 août.

Après avoir succédé en 2010 à Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil, Dilma Rousseff est réélue de justesse en octobre 2014 avec 51,6 % des votes. Ce deuxième mandat s'avère difficile. La croissance économique est à la baisse et le chômage à la hausse, incitant le gouvernement à adopter des mesures d'austérité. Une enquête est également déclenchée relativement à la société pétrolière brésilienne Petrobras, accusée d'avoir versé des commissions à des politiciens. Les noms de Lula da Silva, Rousseff et de plusieurs membres de leur formation, le Parti travailliste (PT), sont entachés. À l'été 2015, des manifestations monstres sont organisées contre la présidente dont la cote de popularité chute sous les 10 %. En décembre 2015, des procédures de destitution sont entreprises contre elle. Les accusations portent sur un présumé maquillage des comptes publics, orchestré avant l'élection de 2014 afin d'enjoliver les performances de l'économie brésilienne. Cette pratique aurait déjà été utilisée dans le passé, mais sur une échelle moindre que sous Rousseff. En mars 2016, l'ex-président Lula da Silva, également accusé de corruption, accède brièvement au poste de ministre et de chef de cabinet de la présidente. Ce geste est interprété comme une tentative de le mettre à l'abri des poursuites. Des partis de la coalition gouvernementale retirent leur appui à la chef de l'État. Le 17 avril 2016, plus des deux tiers des députés se prononcent en faveur de la poursuite des procédures de destitution. Le mois suivant, le 12 mai, le Sénat vote à 55 contre 22 pour une suspension d'une durée maximale de 180 jours. Le vice-président Michel Temer, du Parti du mouvement démocratique brésilien, succède à Rousseff. Bien qu'il compte des membres du PT, le cabinet qu'il forme est perçu par plusieurs comme un virage à droite. Le 31 août, Dilma Rousseff est destituée à la suite d'un vote du Sénat (61 contre 20).

Dans les médias...


Étienne Dubuis, « Michel Temer, un président fragile pour le Brésil »

«...Après des mois de crise politique, le Brésil se retrouve avec un nouveau président aussi suspect de corruption et encore plus impopulaire que son prédécesseur. La sortante, Dilma Rousseff, était accusée d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits publics en 2014 et 2015 via des tours de passe-passe budgétaire. Son successeur, Michel Temer, est soupçonné d'être impliqué dans l'affaire de corruption politique Petrobras. Les Brésiliens n'étaient plus ces derniers jours que 25% à souhaiter que la première reste à la tête de l'État. Ils étaient 8% à souhaiter l'accession du second à la magistrature suprême. (...) Le personnage est à l'image de son parti, poli et insaisissable. « Un parfait majordome de film d'horreur », résumera un député de Bahia. Volontiers cérémonieux, toujours attentif, éternellement réservé, Michel Temer se montre très pondéré sur le fond, tout en affichant une habileté manoeuvrière redoutable. Des qualités qui lui permettent de prendre la tête du PMDB, d'occuper la présidence de la chambre des députés pendant plus de cinq ans, puis de figurer comme candidat à la vice-présidence sur le « ticket » de Dilma Rousseff en 2010 et 2014. Le personnage est calibré pour ce poste. Sollicité sans cesse pour dénouer des crises et arracher des compromis, il complète parfaitement une cheffe de l'État plus raide et plus doctrinaire. Au point que certains ont pu croire que son ambition s'arrêterait là. Grossière erreur. »

Le Temps (Suisse), 14 mai 2016, p. 4.

Lami Oualalou, « La sortie de scène de Dilma Rousseff »

«...Dans cet entre-deux, Dilma Rousseff restera dans la résidence officielle, en gardant une équipe réduite et les moyens de se déplacer dans le pays. La première femme arrivée à la tête du Brésil laisse place à une équipe exclusivement masculine, un choix vivement critiqué, y compris par la presse conservatrice, pourtant acquise au nouveau gouvernement. La priorité affichée par Michel Temer est le redressement économique du pays. Pour cela, il nommera aux Finances Henrique Meirelles, qui était à la tête de la Banque centrale pendant les deux mandats de Lula (2003-2010). Les marchés financiers applaudissent ce choix, qu'ils voient comme une garantie d'austérité budgétaire. Comme le titulaire du portefeuille des Finances, la plupart des ministres de Michel Temer ont également fait partie du gouvernement de Lula, de celui de Dilma Rousseff, ou des deux. C'est certes une caractéristique du PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), la formation de Michel Temer, de s'accommoder de tous les locataires du Planalto pour être proche du pouvoir. Mais c'est aussi le résultat de l'échec de la politique pragmatique mise en place par Lula et reconduite par Dilma Rousseff, qui a cherché à intégrer les représentants traditionnels de l'élite brésilienne, en pensant les gagner à leur cause. C'est un processus frauduleux, dans le monde démocratique. On appelle cela un coup d'État. »

Le Figaro (France), 13 mai 2016, p. 8.

S.A., « Après la chute de Dilma Rousseff, le nouveau gouvernement brésilien ne séduit pas »

«...Censé apaiser un pays au bord de l'abîme économique, supposé réconcilier une nation déchirée entre les pour et les contre l'impeachment («destitution»), tenu à l'exemplarité à la suite des scandales de corruption éclaboussant le monde politique, le président par intérim à la tête du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre) a raté son entrée. (...) L'homme, resté dans l'ombre de Mme Rousseff pendant plus d'un mandat, multiplie les faux pas. Se sachant dans le viseur des marchés financiers, M.Temer a réduit drastiquement le nombre de ministères (23, contre 30 sous le second mandat de Mme Rousseff). Mais l'initiative, d'abord saluée, essuie les sarcasmes. «Isso é para o Ingles ver» , «une simple apparence», a commenté l'ancien président Fernando Henrique Cardoso (1995-2003, PSDB) remarquant que la réduction des ministères est en réalité le fruit d'un simple changement de statut. Plus préoccupant, la présence au sein du nouveau gouvernement de sept ministres cités ou faisant l'objet d'une investigation judiciaire. Un choix qui laisse perplexe: l'opération «Lava Jato», qui a mis au jour le scandale de corruption lié au groupe pétrolier Petrobras, a provoqué la colère de la rue, jetant le discrédit sur l'ensemble de la classe politique. »

Le Monde (France), 16 mai 2016.

Guy Taillefer, « Destitution de Rousseff - Régression brésilienne »

«...En même temps que le PT aura commis l'erreur capitale, comme en fait foi le tentaculaire scandale Petrobras, de s'accommoder de la corruption généralisée que pratiquait depuis des décennies une grande partie de la classe politique, au point d'en devenir un joueur de premier plan. Lula aura su « défendre les indigents sans affoler les nantis » et se sentir à l'aise au sommet de Davos comme au forum social de Porto Alegre, résumait cette semaine la correspondante du journal Le Monde. Héritière de cet arrangement, Mme Rousseff en paie aujourd'hui le prix. Avec le résultat, crise économique aidant, que la désaffection est profonde au sein de l'électorat du PT. Et que la droite, qui n'est pas moins éclaboussée par les scandales de corruption que le sont Rousseff et le PT, n'a rien perdu des outils utiles à la préservation de ses prérogatives. Le pseudogouvernement d'union nationale formé par Michel Temer sent le retour à la dictature. La démocratie brésilienne entre dans une phase de régression catastrophique. »

Le Devoir (Québec, Canada), 14 mai 2016, p. B4.

S.A., « Brazil's Political Crisis : An Unplanned Presidency »

«...Mr Temer could forgo immediate budget cuts in favour of fundamental reforms, such as delinking pensions from the minimum wage and granting independence to the Central Bank. But these measures would run up against a third problem: the perception, especially among Ms Rousseff's supporters, that Mr Temer has no mandate to do anything important. In 2014 voters rejected a blander version of Mr Temer's reforms, put forward by the PSDB's losing candidate, Aécio Neves. Impeachment is bringing about not just a change of personnel but a change of political philosophy that Brazilians did not vote for. It may be legal, but it is not legitimate, said Celso Amorim, a former foreign and defence minister, in an interview with the BBC. Most Brazilians, delighted to see Ms Rousseff gone, are not pleased about Mr Temer coming in. He and a majority of the most important members of his prospective team are septuagenarians with centuries of political baggage between them. Just 8% of Brazilians think they will do a better job than Ms Rousseff and her colleagues. Mr Temer might be able to change their minds, if he can enact the controversial reforms he espouses and Brazilians feel the economic benefits. The question is whether the newly promoted vice-president will get that chance. »

The Economist (Royaume-Uni), 14 mai 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 31 août 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Brésil
IntermédiaireMichel Temer

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

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