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9 mai 2016

Élection de Rodrigo Duterte à la présidence des Philippines

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Rodrigo Duterte

Après avoir dominé dans les sondages, Rodrigo Duterte, le candidat du Parti démocratique philippin-Pouvoir du peuple (PDP-Laban), gagne l'élection présidentielle aux Philippines avec plus de 38 % des voix. Il s'engage à combattre la corruption et à enrayer la criminalité comme il l'aurait fait à la mairie de la ville de Davao.

Comme le prévoit la Constitution, le président Benigno Quino III doit quitter ses fonctions après un mandat de 6 ans. Le libéral Mar Roxas, qui a été son candidat à la vice-présidence en 2010 ainsi que son secrétaire de l'Intérieur et du gouvernement local entre 2012 et 2015, se présente comme l'homme de la continuité. De janvier en mars 2016, c'est cependant l'indépendante Grace Poe qui domine dans les sondages. Elle est ensuite devancée par Rodrigo Duterte du PDP-Laban. Surnommé le « punisher », ce septuagénaire a acquis la réputation d'être un farouche opposant à la criminalité lors de ses 22 années à la mairie de Davao, une ville populeuse de l'île de Mindanao. Il promet d'obtenir les mêmes résultats à la présidence des Philippines, s'engageant à rétablir la peine de mort, à éliminer le trafic de drogues et à chasser les extrémistes du groupe islamiste Abu Sayyaf de l'île de Jolo. Plusieurs expriment des réserves face aux méthodes répressives utilisées par Duterte à Davao. Le discours populiste de ce candidat, qui parle aussi de donner davantage de pouvoir aux provinces, séduit néanmoins l'électorat. Le 9 mai 2016, il arrive en tête avec environ 38,5 % des votes. Il devance nettement Roxas et Poe qui arrivent respectivement au deuxième et au troisième rang. Malgré la popularité de Duterte, le PDP-Laban demeure un acteur mineur sur la scène nationale. C'est la libérale Leni Robredo qui gagne l'élection à la vice-présidence, devant Ferdinand « Bongbong » Marcos jr, fils de celui qui a dirigé le pays de 1965 à 1986. Le PDP-Laban fait également piètre figure aux législatives, ne récoltant que 1,7 % des voix et 2 des 239 sièges en jeu. Il se classe loin derrière les libéraux qui obtiennent les meilleurs résultats avec 41,7 % des votes et 111 sièges.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Arnaud Vaulerin, « Philippines : « Duterte Harry », un boutefeu aux portes du palais »

«...Quasi inconnu il y a sept mois, le «bad boy» Duterte a chamboulé la présidentielle, secoué les dynasties politiques qui gèrent leurs réseaux d'électeurs depuis leurs fiefs et exacerbé les tensions au point de susciter, dans la dernière ligne droite de la campagne, des rumeurs de coup d'État s'il devait être élu. Avec 33 % d'intentions de vote selon un récent sondage, il devance de 11 points la sénatrice Grace Poe, posée et sérieuse candidate face à l'aboyeur malpoli et bombardé en «gars authentique». (...) Poing levé et coup de taureau, Rodrigo Duterte, 71 ans, une épouse, quatre enfants et deux maîtresses, a précipité les élections de ce lundi (législatives, municipales, sénatoriales, provinciales) en un quasi-plébiscite autour de sa personne. Redoutant le retour de la dictature à laquelle les Philippines ont tourné le dos en 1986, le président sortant, Benigno Aquino III, est monté au créneau fin avril : «La question est : allez-vous autoriser ces petites frappes, qui se font des ennemis à chaque fois qu'ils ouvrent leurs bouches, devenir président ?» Des Philippins ont comparé Duterte avec l'autre sensation politique du moment : Donald Trump aux États-Unis. «La comparaison ne tourne pas franchement à notre avantage, fait remarquer Alfredo C. Robles, professeur de relations internationales à l'université de La Salle-Manille. On dit que Duterte a plus d'expérience que Trump qui n'a jamais été élu, mais peut-on se vanter des escadrons de la mort qui ont fait plus d'un millier de victimes dans la ville de Duterte au nom de la lutte contre la criminalité ?» »

Libération (France), 9 mai 2016, p. 10-11.

S.A., « Avec Duterte, les Philippines cèdent à leur tour aux sirènes du populisme »

«...« Les démagogues ne séduisent pas l'électorat avec une évaluation rationnelle du risque comme tendent à le faire les hommes politiques classiques », estimait récemment Richard Ashby Wilson, professeur d'anthropologie et de droit à l'Université du Connecticut. « Au contraire, ils surfent sur les menaces existantes, adoptent un discours de victimisation et jouent sur le désespoir », écrivait-il sur le site theconversation.com. (...) Pour Francisco Magno, président de l'Association philippine pour les sciences politiques, l'intolérance des populistes est aujourd'hui amplifiée par les réseaux sociaux, où la complexité n'a pas sa place: « Tout y est noir ou blanc, fort ou faible. » A l'instar de Donald Trump, Rodrigo Duterte fait des discours truffés de phrases incomplètes et spontanées, qui passent d'un sujet à l'autre, comme s'ils étaient un gage de sincérité. La montée en puissance des démagogues n'est que la manifestation d'un désenchantement massif envers les élites, rappelle Ian McAllister, politologue à l'Université nationale australienne. « Nous assistons depuis 10 à 15 ans à la montée en puissance d'hommes politiques +anti-hommes politiques+, des gens qui disent ce qu'ils pensent. » Pour autant les campagnes populistes se traduisent rarement par des révolutions, une fois ces démagogues au pouvoir, estime Simon Tormey de l'Université de Sydney. « En accédant au gouvernement, ils se retrouvent souvent englués dans la réalité du pouvoir », observe-t-il. « L'énergie des populistes semble disparaître face aux exigences des intérêts particuliers et au poids de la bureaucratie. » »

L'Express (France), 11 mai 2016.

Sylvie Kauffman, « Le triomphe de l'homme fort »

«...L'ironie est qu'un homme comme M. Duterte puisse être élu dans un pays dont les femmes sont une composante essentielle de l'économie : courageuses et déterminées, les Philippines forment le gros des bataillons de travailleurs émigrés dont les transferts financiers constituent pas loin de 10 % du PIB du pays. Mais l'attrait essentiel de celui qu'on a inévitablement surnommé « le Trump philippin » n'est pas là, ni dans ses blagues sexistes ni dans son goût du politiquement incorrect. Il réside dans l'immense frustration d'un électorat qui, malgré des chiffres prometteurs ces dernières années, continue de voir les inégalités se creuser. Que faire d'un taux de croissance à plus de 6 % si la corruption continue de gangrener les affaires publiques, si la criminalité empoisonne la vie quotidienne et si un quart de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté? C'est ainsi que les Philippines succombent (de nouveau) à la tentation de l'homme fort, une tentation qui, de fait, est une réalité dans la majeure partie des pays d'Asie. Si, dans plusieurs pays occidentaux, dont celui de Donald Trump et le nôtre, l'irruption du populisme et du désir d'autorité dans le débat politique est relativement récente, en Asie, le phénomène de l'homme fort est remarquablement implanté; loin de reculer devant la pression démocratique, il résiste, se perpétue, réapparaît. »

Le Monde (France), 17 mai 2016, p. 22.

S.A., « The Philippines : Fist of Iron »

«...The promise of the 1986 revolution has turned into what Miguel Syjuco, a Filipino novelist, calls « a resurgent oligarchy ». Political dynasties dominate local and national politics. Even the Marcoses have worked their way back into power: Imelda, Ferdinand's widow, is in Congress; Ferdinand junior is a senator locked in a tight race for vice-president; and his sister, Imee, governs Ilocos Norte province. This elite is well-connected, often Western-educated and its members present themselves well to the world, but they have grown increasingly disconnected from the people they supposedly serve. Mr Duterte exploited this gap. He mentioned his modest means repeatedly during the campaign. His supporters railed against trapos (« traditional politicians », a play on the Tagalog for « old rags »). His unpolished speech and impatience with convention and democratic processes became assets rather than liabilities; signs of authenticity and an indication that he will do things differently. His advocacy of a barely defined federalism appealed to simmering provincial resentment of the power concentrated in Manila. To win over voters in the capital, meanwhile, he touted his record in Davao, which he takes credit for turning from a violent city into a mini-Singapore: safe, clean and orderly. Residents frustrated by chaos and gridlock in the capital hope he will work the same wonders there. »

The Economist (Royaume-Uni), 14 mai 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 9 mai 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Philippines
IntermédiaireBenigno Aquino IIIposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



octobre
2011
Atteinte du cap des 7 milliards d'habitants sur la Terre

novembre
2013
Passage du typhon Haiyan sur les Philippines

mai
2016
Élection de Rodrigo Duterte à la présidence des Philippines

mai
2016
[Résultats] Élection présidentielle

mai
2016
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


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Rencontre entre Xi Jinping et Rodrigo Duterte : la renaissance des relations sino-philippines

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Philippines : lutter contre la drogue ou contre les droits humains?

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2017
Philippines : la lutte controversée de Duterte contre la drogue

janvier
2016
L'économie des Philippines : une pente ascendante en 2015

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2014
Philippines : le début d'une ère nouvelle

octobre
2011
Une paix possible entre le gouvernement philippin et le MILF ?

septembre
2009
Décès d'un emblème de la démocratie aux Philippines

novembre
2007
Libération d'un ex-président philippin condamné à perpétuité


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