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22 mai 2016

Élection d'Alexander van der Bellen à la présidence de l'Autriche

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alexander Van der Bellen

Alexander van der Bellen, un candidat indépendant appuyé par les Verts, est élu à la présidence de l'Autriche par une faible marge devant Norbert Hofer du Parti de la liberté d'Autriche (PLA), soit 50,35 % contre 49,65 %. Une victoire de Hofer aurait porté à la tête de l'État un candidat d'un parti populiste étiqueté « d'extrême droite », une situation unique en Europe.

Plusieurs formations considérées « d'extrême droite » obtiennent de bons résultats électoraux en Europe depuis le début du XXIe siècle. Le premier tour de l'élection présidentielle en Autriche, le 24 avril 2016, constitue néanmoins un choc dans ce pays. Norbert Hofer du PLA arrive en effet en tête avec 35,05 % des votes, devançant l'économiste Alexander van der Bellen, appuyé par les Verts, qui récolte 21,3 % des voix. Les candidats des partis qui ont dominé les législatives du 29 septembre 2013 se classent respectivement 4e et 5e, loin derrière les meneurs. Il s'agit de Rudolf Hundstorfer du Parti social-démocrate d'Autriche (PSDA), formation du président sortant Heinz Fischer, et d'Andreas Khol du Parti populaire autrichien (PPA). Ces deux partis, piliers traditionnels de la vie politique autrichienne, obtiennent respectivement 11,3 % et 11,1 % des suffrages. Hofer et le PLA prônent la défense de l'identité nationale, un État moins interventionniste, s'opposent à l'Union européenne et veulent resserrer le contrôle sur l'immigration. En 2015, l'Autriche aurait accueilli 90 000 migrants, une situation qui, combinée à un taux de chômage plutôt élevé, exacerbe les tensions. Même si le rôle du président autrichien est plutôt protocolaire, et que la majorité parlementaire appartient à un gouvernement de coalition PSDA-PPA, l'Europe s'inquiète d'une élection de Hofer que les derniers sondages favorisent. Lors du deuxième tour, le 22 mai, c'est cependant van der Bellen qui domine avec 50,35 % des voix, une victoire qui n'est acquise qu'avec le dépouillement des votes de l'extérieur du pays. À la lumière d'irrégularités commises lors de ce second tour, la Cour constitutionnelle décide le 1er juillet d'invalider les résultats et de reprendre le vote. Le 4 décembre, van der Bellen remporte la victoire avec une plus grande marge.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Nathanaël Vittrant, « Van der Bellen, la surprise venue de Vienne »

«...Alexander Van der Bellen sait qu'il doit plus sa victoire à l'opposition d'une majorité d'Autrichiens au FPÖ qu'à un véritable plébiscite de sa personne: 40% de ses électeurs du second tour citent la nécessité de faire barrage à l'extrême droite comme la principale raison de leur choix. Sa personnalité d'intellectuel peut-être un peu austère passe mal auprès d'une partie des électeurs. Les critiques fusaient encore ces derniers jours pour disqualifier le « professeur Van der Bellen », un « type arrogant » qui « nous prend de haut » . Le premier débat d'entre deux tours n'a pas aidé. Dans un dispositif un peu surréaliste, les deux hommes se sont retrouvés à discuter seuls à une table. Les bonnes manières de façade sont vite tombées et les deux hommes se sont écharpés comme rarement à la télévision autrichienne. Alexander Van der Bellenassure qu'il n'a pas perdu son sang-froid mais qu'il était simplement en colère. « Les médias voulaient du spectacle, ils ont eu un combat de gladiateurs. Il ne faut pas s'étonner que le sang ait giclé. Figurativement. (...) Reste qu'à l'arrivée, le pays sort exsangue de cet affrontement qui a divisé l'Autriche comme jamais. Alexander Van derBellen et le nouveau chancelier social-démocrate, Christian Kern, ont deux ans pour réconcilier les citoyens avec leurs politiques. Sans quoi, en 2018, ce n'est pas un président mais un chancelier d'extrême droite qui prendra la tête du pays. »

Le Temps (Suisse), 24 mai 2016, p. 4.

Jérôme Fourquet, « Présidentielle autrichienne : quand la question des migrants reconfigure le paysage électoral »

«...Si la ligne de partage des eaux n'est donc pas apparue de façon très nette en termes électoraux, elle a fonctionné de manière particulièrement limpide (et caricaturale) sur d'autres critères. 60% des hommes ont ainsi voté pour Hofer quand 60% des femmes optaient pour le candidat écologiste. De la même façon, ce dernier a séduit 81% des diplômés du supérieur et 71% des bacheliers quand le représentant du FPÖ bénéficiait du soutien des deux tiers des électeurs ayant suivi la filière de l'apprentissage. Il fait littéralement le plein chez les ouvriers (86%) quand Van der Bellen est en tête chez les cadres (55%). On retrouve donc comme au 1er tour, mais de façon encore plus marquée, ce clivage entre diplômés et CSP+ d'un côté et peu diplômés et catégories populaires de l'autre. Le fait que cette ligne de fracture soit encore plus affirmée qu'au 1er tour et qu'elle se soit renforcée au 2nd tour indique que les reports en faveur du FPÖ et des Grünen dans chacun des électorats dont le candidat a été éliminé au 1er tour (droite, socio-démocrates, candidate indépendante Griss) se sont eux aussi structurés selon ces variables que sont le niveau éducatif et la catégorie socio-professionnelle. Les trois principaux candidats battus au 1er tour ont ainsi vu leur électorat respectif passer à la centrifugeuse et se scinder vers le FPÖ et l'écologiste au second tour selon une ligne de clivage très puissante. »

Atlantico.fr (France), 31 mai 2016.

Sarah Halifa-Legrand, Maël Thierry, « L'échec de Hofer est une mauvaise nouvelle pour le FN »

«...jusqu'ici, l'extrême droite n'avait jamais été si proche de parvenir à de telles responsabilités Ce qui se passe en Autriche, c'est l'écroulement d'un système politique. Les deux candidats représentant les partis historiques qui gouvernent le pays en coalition - conservateurs et sociaux-démocrates - n'avaient totalisé au premier tour que 22% contre plus de 50% pour le total des voix antisystème. La pratique de la grande coalition brouille les repères idéologiques. Faut-il y voir aussi un effet de la crise des migrants - l'Autriche est un des pays qui ont enregistré le plus de demandes d'asile en Europe en 2015? Ce sujet n'est pas nouveau en Autriche. Le pays est sur la route des Balkans, il a déjà connu un afflux de réfugiés lors de la guerre en ex-Yougoslavie. Mais il est vrai que Hofer a fait campagne sur ce thème. Il a promis d'utiliser son pouvoir de dissolution si le Parlement refusait des mesures de durcissement concernant l'immigration et l'accueil de réfugiés. Quarante-huit heures après le premier tour, le Parlement, à la demande du chancelier social-démocrate, a adopté une loi sur l'état d'urgence migratoire. Quel est le type d'extrême droite qui s'enracine aujourd'hui en Autriche? C'est une droite radicale, nationaliste, xénophobe et eurosceptique. Contrairement à l'ancien leader du FPÖ Jorg Haider, qui avait dérapé en parlant de la réussite du IIIe Reich sur l'emploi, Norbert Hofer n'a pas fait de dérapage national-socialiste ou antisémite. Il a effectué un voyage en Israël. La dédiabolisation là-bas est entamée depuis longtemps.»

L'Obs (France), 26 mai 2016, p. 54-55.

S.A., « Austria's presidential squeaker : So long, farewell ? »

«...Voters in Austria are fed up with the two mainstream parties, which have spent decades parcelling out state jobs to their supporters and have been in coalition together since 2007. The unemployment rate has risen slightly, to 5.7%. When the migrant crisis broke, the SPÖ-ÖVP government first endorsed Angela Merkel's pro-refugee policies, then reversed course. The FPÖ, with its dark warnings about foreign criminals, has looked more sure of itself. The two establishment parties together obtained just 22% of the vote in the first round of the presidential contest. Mr Van der Bellen won thanks more to strong anti-FPÖ turnout than to his own appeal. The continental dimension is the refugee crisis. Across Europe, parties of the populist right have made strides (...) by whipping up angst about the newcomers. Some, like Poland's Law and Justice party and Viktor Orbán in Hungary, are post-Soviet nationalists. Others, like Alternative for Germany, the Danish People's Party, the Party for Freedom (PVV) in the Netherlands and the UK Independence Party, are break-outs from the mainstream right. Then there are openly racist outfits like Hungary's Jobbik and Greece's Golden Dawn. The FPÖ, like Marine Le Pen's National Front in France, is in a fourth category: hard-right parties reaching new voters by smoothing over their extremism. »

The Economist (Royaume-Uni), 28 mai 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 22 mai 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Autriche
ÉlevéHeinz FischerChristian Kern

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



janvier
2013
Tenue d’un référendum sur la conscription en Autriche

septembre
2013
[Résultats] Élections législatives

avril
2016
[Résultats] Élection présidentielle

mai
2016
Élection d'Alexander van der Bellen à la présidence de l'Autriche

décembre
2016
[Résultats] Élection présidentielle


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