23 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

30 mai 2016

Condamnation de l'ex-président tchadien Hissène Habré à la prison à vie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hissène Habré

Des Chambres africaines extraordinaires créées par une loi spéciale de l'Assemblée nationale sénégalaise entreprennent le 20 juillet 2015 de juger l'ex-président tchadien Hissène Habré. Le 30 mai 2016, celui-ci est condamné à la prison à vie, ce qui marque la première fois qu'un ex-chef d'État est jugé en Afrique pour des violations des droits humains.

Selon une Commission d'enquête tchadienne, le règne de l'ex-président Hissène Habré, au pouvoir de 1982 à 1990, aurait été marqué par une terrible répression. On estime le nombre de victimes du régime à 40 000. Renversé en 1990, et remplacé par le général Idriss Déby, Habré quitte son pays et trouve refuge au Sénégal. Des plaintes de victimes de cette répression ainsi que des pressions belges sont faites afin d'inciter le gouvernement de ce pays à juger l'ex-président. Les autorités tardent toutefois à agir, le président Abdoulaye Wade considérant même la possibilité d'extrader Habré dans son pays. La situation change après l'accession au pouvoir de Macky Sall, en avril 2012, et des pressions de la Cour internationale de justice. En décembre de la même année, une loi spéciale permet la création des Chambres africaines extraordinaires (CAE). Plusieurs pays participent au financement de ces Chambres mises sur pied en accord avec l'Union africaine et présidées par le Burkinabé Gberdao Gustave Kam. Leur mandat consiste à poursuivre les principaux responsables de crimes commis pendant la présidence de Habré. Entre le 20 juillet 2015 et le 11 février 2016, 93 témoins sont entendus, dont des femmes qui disent avoir été des esclaves sexuels. Présenté en direct à la télévision tchadienne, ce procès est le premier où les tribunaux d'un pays jugent le dirigeant d'un autre pays pour des violations des droits de l'homme, selon le principe de « compétence universelle ». Le verdict tombe le 30 mai 2016. Habré est reconnu coupable de crimes contre l'humanité - viols, exécutions, tortures, etc. - et condamné à la prison à perpétuité. À long terme, plusieurs observateurs pensent que l'utilisation de ces CAE pourrait être répétée dans d'autres pays, notamment en Afrique où l'on exprime des réserves à l'endroit de la Cour pénale internationale pour son insistance à juger davantage des personnalités politiques africaines que celles d'autres continents.

Dans les médias...


Vincent Hiribarren, « Le procès Habré fonde enfin une justice universelle »

«...Rapidement, la CPI s'est vue accusée d'être une arme juridique pointée par les anciennes puissances (néo-)coloniales sur les dirigeants africains et, conséquence logique, l'Union africaine menace régulièrement de se retirer de la CPI depuis 2013. Il est vrai que de toutes les enquêtes officielles ouvertes par la CPI, seule une d'entre elles concerne un pays non africain (la Géorgie). La CPI n'est pas seulement instrumentalisée par les Européens, mais aussi par les Africains. Le cas le plus criant est celui de l'Ouganda où le président Yoweri Museveni a utilisé la condamnation du dirigeant rebelle, Joseph Kony, pour agir en toute impunité dans son pays. A priori, les CAE de Dakar, qui ont condamné Hissène Habré, ont le mérite d'être des chambres uniquement africaines. Il s'agirait donc d'une victoire pour l'Afrique effaçant l'image d'une justice «blanche» jetant des dirigeants noirs en prison après utilisation n'aurait plus lieu d'être. Une affirmation qui est à relativiser tant le travail de la justice africaine a évolué depuis trois décennies. En particulier, les commissions vérité et réconciliation à travers le continent ont montré qu'une certaine forme de justice réparatrice postconflit pouvait opérer en Afrique. Il ne faut sans doute pas exagérer la portée de ces commissions tant l'exemple de l'Afrique du Sud montre qu'elles pouvaient rouvrir autant de plaies qu'elles permettaient d'en refermer. Cependant, l'image d'Africains jugeant d'autres Africains existe déjà, et le procès Habré en est un prolongement. »

Libération (France), 3 juin 2016, p. 25.

Hamidou Anne, « Hissène Habré : dernier tour de piste d'un vieil autocrate »

«...La stratégie, limpide, est d'user du tribunal comme d'un plateau de télévision. Surtout que le procès était retransmis. Agile. Mais les coups de théâtre successifs, la rengaine anti-impérialiste, les accusations de trahison et la volonté prêtée au tribunal de «rouler» pour les intérêts de l'Occident sonnent faux. En vérité, Habré paie aujourd'hui des décennies d'une vie normale, loin de la confrontation avec les visages des milliers de victimes de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), cette redoutable Gestapo des tropiques. La peur a changé de camp! Les mots du bâtonnier de l'ordre des avocats sénégalais à l'ouverture du procès sont saisissants de justesse: «Les princes accusés de crimes de sang ne se sentent plus à l'aise que dans leur propre pays.» Habré a joué, surjoué la victime, le martyr africain brimé par le méchant impérialiste occidental. Mais son scénario est devenu inefficace à force d'être ressassé à l'infini par d'autres avant lui. L'histoire retiendra qu'un dictateur sanguinaire, dont le voeu a toujours été d'échapper à un face-à-face avec ses accusateurs, vient d'être jugé et condamné. Justice est faite. Hissène Habré, à la barre du tribunal, s'est voulu Lumumba ou Sankara. Il ne sera hélas qu'un affligeant patriarche de 73 ans qui a décoché ses dernières salves guerrières face à une opinion internationale au mieux indifférente, au pire méprisante. »

Le Monde (France), 6 juin 2016.

S.A., « Procès Hissène Habré : prison à vie pour l'ex-président tchadien »

«...Le tribunal spécial africain qui juge Hissène Habré à Dakar pour crimes contre l'humanité a entamé lundi matin la lecture de son verdict, au terme d'un procès inédit censé servir d'exemple en Afrique, un quart de siècle après la chute de l'ex-président tchadien. (...) Après le verdict, l'accusé, resté jusque là impassible, en boubou et turban blancs, le regard dissimulé derrière des lunettes noires comme depuis le premier jour du procès, a salué ses partisans, levant les bras en l'air et criant : « A bas la Françafrique! ». Ce procès est le premier au monde dans lequel un ancien chef d'État est traduit devant une juridiction d'un autre pays pour violations présumées des droits de l'Homme. Une commission d'enquête tchadienne estime le bilan de la répression sous le régime d'Hissène Habré à quelque 40.000 morts, dont 4.000 identifiées nommément. Ce procès vise également à répondre aux griefs croissants contre la Cour pénale internationale (CPI), siégeant à La Haye, accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains, en montrant que le continent peut les juger lui-même. « C'est le couronnement d'une âpre et longue lutte contre l'impunité. Aujourd'hui, l'Afrique a gagné », a réagi à la sortie de l'audience le président de l'Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH), Clément Abaïfouta. « Nous disons merci au Sénégal et à l'Afrique qui a jugé l'Afrique ». »

LePoint.fr (France), 30 mai 2016.

S.A., « Crimes against humanity : One dictator down »

«...This is a landmark for African justice, and a coup for the victims who have pursued it with help from Human Rights Watch, a watchdog. Mr Habré grabbed $11m from public coffers in the last days of his regime and has lived in cosy exile in Senegal for most of the 26 years since. The court that finally tried him, known as the Extraordinary African Chambers (EAC), is the first in Africa to sentence an African leader following due process. And it is the first anywhere in which a national court has used the principle of universal jurisdiction (meaning it can hear a case regardless of where the crimes took place) to convict an ex-head of state for human-rights abuses. Lawyers hope it will not be the last. Usually war crimes are investigated by international tribunals such as the International Criminal Court (ICC), rather than national courts. In 2012, a special tribunal in The Hague sentenced Charles Taylor, a former president of Liberia, to 50 years in jail for supporting hand-chopping rebels in neighbouring Sierra Leone. But the ICC is unpopular with African governments, which (wrongly) accuse it of racism. It also costs a fortune (the annual budget is more than $100m) and has a dismal record for convictions (two so far). If more African courts could try human-rights abusers, either in their home countries or in those where they have taken refuge, then perhaps fewer tyrants would escape justice. »

The Economist (Royaume-Uni), 4 juin 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 30 mai 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tchad
FaibleIdriss DébyAlbert Pahimi Padacké

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2006 - 2016



mai
2016
Condamnation de l'ex-président tchadien Hissène Habré à la prison à vie


Dans l'actualité


septembre
2019
La ruée vers l'or tchadien

février
2016
Idriss Déby : un règne incessant pour le Tchad

janvier
2016
Le G5 Sahel : une offensive antiterroriste amorcée

octobre
2015
Tchad : justice sera-t-elle rendue aux victimes d'Hissène Habré?

septembre
2013
Tchad : l'ancien président Hissène Habré devant la justice

février
2009
Les Nations unies remplaceront l'Union européenne au Tchad

novembre
2008
Tchad : quand le soutien français vacille

novembre
2006
La crise au Soudan s'étend : état d'urgence au Tchad


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019