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2 février 1982

Début d'un conflit entre l'armée syrienne et les Frères musulmans à Hama

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hafez el-Assad

Une intervention de l'armée syrienne à Hama, une ville où les sunnites et les Frères musulmans exercent une forte influence, incite ces derniers à se soulever. Les troupes gouvernementales prennent rapidement le contrôle et écrasent cette rébellion dans le sang, faisant selon les estimations de quelques milliers à 30 000 morts.

À la fin des années 1970, les Frères musulmans multiplient les agressions contre le pouvoir. Ceux-ci sont des sunnites, formant la majorité de la population, opposés au régime de la minorité alaouite et au parti Baas du président Hafez el-Assad. Plus conservateurs, les Frères musulmans veulent des liens étroits entre politique et religion. Le 26 juin 1980, une tentative d'assassinat contre le chef de l'État vient près de réussir. Le gouvernement réplique par des mesures répressives, prévoyant même la peine capitale en juillet 1980 pour ceux qui joignent cette organisation. Des tensions subsistent, alors que des actes de guérilla sont commis à différents endroits. Le 2 février 1982, une altercation oppose des soldats aux Frères musulmans dans la ville de Hama. Située dans l'ouest du pays, celle-ci est considérée comme un bastion sunnite. Elle amène les Frères musulmans à proclamer un soulèvement contre le gouvernement de Damas. Les insurgés connaissent certains succès au début, mais la ville est cernée par un important déploiement de militaires, notamment des troupes d'élite, évalué à une dizaine de milliers d'hommes. Des bombardements aériens sont suivis par la pénétration de l'armée et des chars dans la ville, la 5e plus populeuse de Syrie. Beaucoup de destructions sont commises dans Hama, dont sa partie historique, alors que le siège dégénère en massacre. L'accès étant interdit aux observateurs étrangers, ceux-ci estiment que les combats font entre quelques milliers et 30 000 morts. Les Frères musulmans, qui malgré leurs appels reçoivent peu d'aide de l'extérieur, sont démembrés. Plusieurs de leurs partisans prennent la route de l'exil, entre autres vers la Jordanie et l'Iraq. À court terme, le régime de Hafez el-Assad semble consolidé. Toutefois, il devra miser sur des recours plus fréquents à la force pour assurer la stabilité du pays et une paix relative entre alaouites et sunnites.

Dans les médias...


S.A., « Un président en sursis »

«...les petites et moyennes puissances régionales et les États-Unis souhaitent et craignent le renversement du président syrien. Elles le souhaitent à cause de la radicalisation du régime de Damas qui entrave leurs projets à des degrés divers. Elles le craignent, et donc hésitent à déstabiliser plus gravement la Syrie, parce qu'au-delà d'Assad, c'est l'inconnu : aucun homme politique, aucun projet ne présentent dans l'opposition une alternative acceptable et le spectre de l'Iran hante toutes les mémoires. Alors ? Alors l'insurrection de Hama était bien une tentative de coup d'État fomentée par le Frères musulmans et fondée sur l'espoir d'une scission dans l'armée. Alors, une fois de plus, cette armée, engraissée, contrôlée, épurée et privilégiée par le régime est restée monolithique, malgré les rumeurs de ralliement qui ont couru les premiers jours. Et Assad a démontré, pour la centième fois, son aptitude à « mater ». Mais jusqu'à quand ce technicien de la répression pourra-t-il se maintenir au pouvoir ? Il est des fins de règne qui durent longtemps. Il n'en est pas d'interminables. »

Jeune Afrique (France), 24 février 1982, p. 49.

André Pautard, « Le régime marche au canon »

«...C'est donc une guerre interne sans merci qui se déroule en Syrie. À sa minorité alaouite - 12 % de la population - Hafez el-Assad confie toutes les rênes du pays. Situation de plus en plus mal supportée par les musulmans sunnites - 80 % des Syriens - mécontents de se voir évincer par ceux qu'ils tiennent pour des « hérétiques ». Cette sourde rancoeur va offrir un terrain propice à l'agitation déclenchée par les Frères musulmans. (...) Une fronde insuffisante pour mettre en péril un régime sans scrupules. Mais capable de le gêner, en l'obligeant à mobiliser toutes ses forces. Dès lors, il deviendrait plus malléable au projet occidental de redéploiement des forces de l'Onu dans la région. Ou, peut-être encore, moins catégorique dans son refus d'un règlement négocié du conflit israélo-arabe. Ou encore - qui sait ? - plus vulnérable si, d'aventure, les Israéliens réalisaient bientôt leur menace de frapper, sur le front Nord ou dans la plaine libanaise de la Bekaa, ces concentrations syriennes avant de rendre, comme ils s'y sont engagés, le Sinaï à leur ancien ennemi égyptien. »

L'Express (France), 26 février 1982, p. 61.

S.A., « Bloody Challenge to Assad »

«...« What has happened in Hama has happened, and it is all over. » With that terse declaration, Syria's President Hafez Assad last week acknowledged for the first time that his country's fifth largest city had been racked by fierce revolt in recent weeks. Assad insisted that life in Hama was back to normal, but the three-week rebellion is believed to have damaged much of the city's old quarter and killed more than 1,000 people. A Western diplomat who was able to get to the edges of Dama described destruction on the outskirts of the city as severe. A good many buildings had collapsed, and the streets were clogged with rubble. The uprising was the most serious challenge yet to the eleven-year-old regime of Assad and his ruling Baath Party. (...) The Brotherhood does not have a large following of its own in Syria, but has been directing an increasingly fierce terrorist campaign. Religious friction continues to smolder. Although the country is predominantly Sunni Muslim, Assad's minority Alawite sect dominates the government and armed forces. Assad has also been challenged by elements in his own military, most recently in January when some 150 officers in elite air force and armored units were arrested on charges of plotting a coup. Still, Western diplomats in the Middle East believe that Assad remains in command. There were no signs last week that the trouble in Hama was spreading elsewhere. »

Time (États-Unis), 8 mars 1982, p. 29.

Gouvernance et gouvernement [ 2 février 1982 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Syrie
FaibleAbu Sulayman Hafez el-AssadAbd ar-Rauf al-Kasm

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1977 - 1987



février
1982
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